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Le scepticisme et l’inquiétude règnent malgré la découverte d’ un vaccin

Le chef du gouvernement a tenté de rassurer son monde à coups de démentis



En cette période de pandémie dans un pays où la barre des 6000 cas quotidiens a été franchie jeudi, persiste la fâcheuse impression que les polémiques sont un puits sans fin. La dernière en date a pour cible les vaccins contre la Covid-19. Espoir pour les uns, nouveau sujet d’inquiétude pour les autres, les résultats enthousiasmants de la course aux vaccins n’ont pas manqué de provoquer leurs lots de réactions contrastées.

Comme pour les avancées et les annonces des laboratoires américain Pfizer et allemand BioNTech concernant l’efficacité à 90 % de leur candidat vaccin contre la pandémie de Covid19, des doutes et suspicions infondés sont nés au sujet du vaccin chinois de Sinopharm promis au Maroc. La faute à une confusion entre le vaccin du laboratoire «Sinopharm» dont le Royaume participe aux essais cliniques, et celui des laboratoires «Sinovac» dont les essais ont été suspendus par les autorités brésiliennes après des complications constatées auprès d’un volontaire. Un absurde amalgame auquel le chef du gouvernement s’est senti obligé de réagir. «C’est un sujet qui est entre de bonnes mains. Des mains qui veillent sur la santé et la sécurité des citoyens», a tenté de rassurer Saad Dine El Othmani lors d’une allocution au Conseil de gouvernement avant d’enfoncer le clou : «Le choix marocain du vaccin repose sur la sécurité et l’efficacité, deux critères fondamentaux, sachant que les études cliniques ont jusqu’à maintenant prouvé que le vaccin remplissait ces deux conditions». Cela dit, on ne peut pas pour autant écarter les nombreuses questions scientifiques et zones d’ombre qui entourent ces potentielles armes contre la pandémie. Les personnes âgées seront-elles aussi bien protégées que les autres? Quelle sera sa sécurité sur le long terme? Combien de temps durera la protection? Ce sont là autant de questions sans réponses pour le moment. Des incertitudes où se nichent les «fake news» et autres théories du complot

La nature humaine est décidément fascinante et extrêmement déroutante. Difficilement convaincus et éternels insatisfaits, les terriens ont attendu fébrilement un vaccin qu’ils ne cessent désormais de suspecter et de regarder du coin de l’œil. Les fausses informations attestant que le vaccin sera obligatoire ont forcément conforté les suspicions des uns et des autres alors que ça n’a jamais été le cas par le passé dans le Royaume, exception faite du BCG (vaccin contre la tuberculose). Dans un pays où le scepticisme est un sport national qui ne se limite pas à la sphère radicale des anti-vaccins, les suspicions sont nées de la participation du pays au programme «Covax». Le futur dispositif d’accès mondial au vaccin contre le nouveau coronavirus est censé sécuriser l’approvisionnement de 2 milliards de doses dans les nations qui ont misé sur ce dispositif. Or, d’après les complotistes et les anti-vaccins, ce dispositif co-dirigé par l’alliance "Gavi" pour les vaccins, l’OMS et la Coalition pour les innovations en matière de préparation aux épidémies, serait en réalité un moyen pour Bill Gates de contrôler le monde.

L’argument principal des adeptes de cette théorie se base sur le fait que Bill Gates contrôle l’OMS. A dire vrai, ce n’est pas totalement faux. La Fondation Gates est l’acteur non étatique le plus puissant de la planète avec une dotation financière d’environ 46,8 milliards de dollars en 2018. Pour avoir un ordre de grandeur, ce montant est supérieur au produit intérieur brut (PIB) de la Côte d’Ivoire, de la Jordanie ou encore de l’Islande. Si la Fondation Gates était un Etat, selon les données de la Banque mondiale, elle serait le 91e plus riche du monde. Et comme la Fondation Gates est le deuxième contributeur direct au budget de l’OMS, on n’ira pas jusqu’à dire que le fondateur de Microsoft dirige l’OMS, mais affirmer que sa voix et son avis pèsent relève du doux euphémisme. C’est donc à partir de ce constat que l’on a vu fleurir des théories qui prêtent à Gates l’intention de contrôler et tracer la population mondiale en implantant souscutanés des puces par le biais du vaccin contre le coronavirus. L’objectif étant d‘héberger les données de santé des individus et d’utiliser la Covid-19 «pour la surveillance généralisée des humains». Pour couronner le tout, un article du Monde Afrique instille le doute. En effet, paru en 2019, l’article en question explique que la Fondation Gates aurait financé la même année un projet imaginé par une équipe du Massachusetts Institute of Technology (MIT). Il consistait à tester un «carnet de vaccination injecté sous la peau» au Kenya et au Malawi, avec pour but d’avoir une meilleure connaissance de l’historique vaccinal de chacun des pays où les dossiers médicaux sont parfois inexistants.

Ce climat de suspicion généralisé et la polémique sur le consentement au vaccin révèlent un autre constat : la perte de confiance des Marocains dans leurs institutions. Celle dans le monde scientifique a som¬bré depuis le début de la crise sani¬taire à mesure que le monde scientifique s’est divisé et désolidarisé, au même titre que l’appréciation globale sur la gestion de la pandémie par le gouvernement s’est dégradée. En septembre, seulement 40% des personnes interrogées en étaient satisfaites, contre 81% en juin, selon les résultats d’un sondage réalisé par le Policy Center for the New South (PCNS) et Ipsos Maroc qui révèle par la même occasion que l’inquiétude des citoyennes et citoyens s’accroît, notamment d’un point de vue économique. Pour le chef du gouvernement, l’inquiétude est également sanitaire. D’ailleurs, il exhorte la population à la vigilance, surtout que le découverte d’un vaccin a généralement pour conséquences un dangereux relâchement. Et ça c’est un fait.

Chady Chaabi 

​Chady Chaabi
Vendredi 13 Novembre 2020

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