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Le mode de gouvernance est assurément à blâmer

Le stress hydrique n'est pas que la conséquence d'une radinerie du ciel


Hassan Bentaleb
Samedi 17 Février 2024

L’ancienne secrétaire d'Etat chargée de l'eau, Charafat Afilal, considère que « le problème de l'eau au Maroc n'est pas une question d'infrastructure mais plutôt de gouvernance ». Dans de récentes déclarations à la presse nationale, elle soutient que «le véritable facteur qui a conduit à la crise de l'eau est principalement lié à l'agriculture car celle-ci est le principal consommateur d'eau avec 87% de la consommation totale».

Problème de gouvernance

Pour l’ancienne secrétaire d’Etat, la crise de l’eau au Maroc "était prévue et elle est devenue plus inquiétante car elle a touché les grandes villes". Des propos qui n’ont rien de nouveau puisque plusieurs experts ont déjà soulevé cette question, affirmant que le problème de la gouvernance se pose avec acuité, dans un contexte national marqué par un niveau de mobilisation des ressources hydrauliques qui oscille entre 11,7 et 12 milliards de m3 et une demande qui se situe entre 13 et 14 milliards de m3, soit un déficit de deux milliards de m3. Selon certaines prévissions, si le statu quo se maintient jusqu’en 2030, le déficit pourra atteindre 5 milliards de m3 du fait du développement économique, de la croissance démographique et de l’urbanisation.

Ce problème de la gouvernance se manifeste davantage au niveau local, expliquent les spécialistes, du fait de l’absence de mesures d’accompagnement et du manque de vision et de concertation chez certains acteurs locaux. Ils estiment que les troubles sociaux relatifs à l’approvisionnement en eau, enregistrés ces dernières années dans plusieurs villes du Maroc, sont dus en grande partie à la mauvaise gestion. Ils citent le cas édifiant de la culture des pastèques dans le Sud puisqu’il s’agit d’un problème de gestion plus que d’autre chose. «C’est de l’absence de la gestion concertée avec la population et entre les différents intervenants qu’il s’agit. En effet, il n’y a pas d’utilisation rationnelle de l’eau, soumise à une réglementation claire pour éviter d’épuiser les ressources. Le retard enregistré dans la construction de barrages collinaires censés approvisionner les populations locales et rectifier les erreurs commises dans l’exploitation des nappes phréatiques reflète clairement ce problème de gouvernance lié également au manque de ressources financières», nous a déclaré l’un de ces experts.

Du déjà-vu

Un rapport d'enquête parlementaire a également soulevé ces défaillances de la gouvernance, à travers l’exemple de la Stratégie nationale de l'eau 2009-2020. Présenté le 9 février 2021 à la Chambre des conseillers, ledit document a pointé du doigt plusieurs lacunes au niveau de l’opérationnalisation de cette stratégie, spécialement en matière de délais et de réalisation des projets. A souligner qu’un rapport du CESE avait déjà constaté en 2014 que «les menaces sur la qualité et la pérennité des ressources en eau, en raison des activités de l’Homme, ont atteint des niveaux inquiétants (prélèvements intenses et pollution de plus en plus étendue)».

Le PMV sur le banc des accusés

En outre, Charafat Afilal a critiqué  le modèle agricole national le tenant pour responsable de la crise actuelle de l’eau. Selon elle, et  jusqu’aux années 1960 et 1970, la politique agricole du Maroc allait dans la bonne direction avec sa dépendance à l'agriculture en jachère et son ambition de réaliser l’autosuffisance. «Mais le changement de cap a été entamé avec le programme Plan Maroc Vert en 2008 qui, bien qu'il ait apporté des choses positives, a également entraîné un développement déraisonnable et non contrôlé des zones irriguées, ce qui a conduit à la crise de l’eau que connaît le Maroc », explique-t-elle.

Et d’ajouter que l'une des lacunes fondamentales du PMV était «d'accorder une grande importance à l'extension des zones équipées de techniques locales d'irrigation (goutte-à-goutte), visant à rationaliser la consommation d'eau. Mais, le résultat obtenu a été à l’inverse de l’objectif escompté puisqu’il y a eu élargissement des superficies irriguées. Ce qui a poussé les agriculteurs vers les cultures agricoles consommatrices d’eau et dirigées vers l'extérieur».

A ce propos, Afilal a souligné que le Maroc s'est orienté vers une expansion des superficies irriguées d'une manière dépassant la capacité en eau de chaque région, ce qui a incité les politiques gouvernementales dans certaines régions à réduire la superficie irriguée et à rechercher des cultures adaptées au contexte climatique local.

Ressources limitées

A rappeler qu’au niveau des réseaux hydrographiques, le Maroc demeure un pays relativement bien irrigué, exception faite des régions sahariennes et présahariennes. Les hautes montagnes du Rif, du Moyen et du Haut Atlas, constituent de grands châteaux d’eau d’où part l’ensemble des rivières et des fleuves (du Rif vers la Méditerranée, du Moyen et du Haut Atlas vers l’Atlantique ou le Sahara). Si le pays dispose des rivières et fleuves les plus importants au niveau du Maghreb (Oum Errabiâ, Sebou, Moulouya, Loukous, Bouregreg, Souss...), il souffre, cependant, du problème de l’irrégularité de leur cours. Ainsi, si les inondations constituent la règle dans les plaines littorales, dans les zones semi- désertiques, c’est la sécheresse qui domine plutôt, durant toutes les saisons. En outre, si la circulation souterraine est souvent intense sur la majeure partie du pays, il reste que parfois la salinité rend ces nappes phréatiques impropres à la consommation et à l’utilisation sans parler «des eaux stagnantes sous forme de lacs occupant de vastes dépressions ou vallées».

Les ressources mobilisées par forages, puits et sources constituent 3 milliards de m3 dont les deux tiers sont utilisés pour l’irrigation. Le tiers restant est utilisé pour l’approvisionnement en eau potable. A noter que 2 milliards de m3/an s’écoulent directement vers les mers et l’océan.

Hassan Bentaleb
 


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