Facebook
Rss
Twitter







Augmenter la taille du texte
Diminuer la taille du texte
Partager

Le gouvernement ne dit pas tout

Il y a bien d’autres aspects que les indicateurs macroéconomiques pour évaluer un bilan


“Tous les indicateurs macroéconomiques sont stables ou en amélioration malgré une conjoncture économique mondiale morose», c’est ce qui ressort du bilan gouvernemental 2017-2021 en matière d’économie. Selon ce document, il y a eu une amélioration au niveau du taux de croissance, une réduction du déficit budgétaire, une progression des devises et une optimisation de la balance commerciale, du compte courant des balances de paiement ainsi qu’une stabilité de l’endettement et de la trésorière. Mais qu’en est-il du taux de croissance économique qui est passé de 4,1% du PIB en 2017 à 3% en 2018 et à 2,5% en 2019 avant de se replier à moins de 7% en 2020 ? Quid du taux d’endettement public global qui dépasse les 80% du PIB (82,2% du PIB en 2018 et 80,4% en 2019) et qui a plafonné à 92% du PIB en 2020 sous l’effet de la crise actuelle ? Qu’en est-il également du déficit de la balance commerciale qui s’est affiché autour de 18,3% en 2018 et 18,2% du PIB en 2019, avant d’enregistrer un léger repli en 2020 à 16,3% en raison de la crise du coronavirus ? Et least but not last, qu’en est-il du déficit budgétaire qui a atteint 7,4% du PIB ? « Le gouvernement joue le jeu de quantité. Il met en avant certaines réalisations et occulte d’autres. En effet, en statistiques, on peut jouer des indicateurs à faire apparaître et ceux à faire disparaître », nous a indiqué Hicham Attouch, professeur d’économie à l’université Mohammed V-Rabat. Et de poursuivre : « En d’autres termes, l’Exécutif met en avant le quantitatif et cache le qualitatif et, du coup, l’image de notre économie paraît rose. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas eu de réalisations notables. La question est de savoir quels effets ou impacts ont eu ses réalisations sur la réalité». Pour notre interlocuteur, il suffit de rappeler le cas de trois millions de ménages nécessiteux et celui d’un million de salariés qui ont perdu leur travail ou qui sont en arrêt de travail pour se rendre compte de la résilience de notre économie. « Il est vrai que le Maroc subit, comme beaucoup d’autres pays, une crise inédite, mais cela n’empêche pas l’obligation du gouvernement à souligner les failles et lacunes de notre économie. », nous a-t-il affirmé. Et d’ajouter : « Ledit bilan gouvernemental est plutôt un manifeste électoral destiné à mettre en valeur les réalisations de l’équipe gouvernementale plus qu’un véritable diagnostic de la réalité socioéconomique du pays ». En évoquant la crise liée à la pandémie de Coronavirus, Hicham Attouch estime que la gestion de la crise ne peut être mise à l’actif du gouvernement qui s’est contenté de mobiliser les outils classiques de l’économie pour faire face à la crise et ses répercussions socioéconomiques. « Les dégâts ont été limités grâce au Fonds spécial de gestion de la pandémie mis en place au début de la crise qui a récolté plus de 33 Md MAD via la contribution du budget de l’Etat (pour un tiers) et des dons des entreprises et institutions publiques et de la population et a pu absorber 24,7 Md MAD de dépenses exceptionnelles liées à la crise (financement des mesures d’urgence et augmentation des capacités du ministère de la Santé). Même la mobilisation de la Ligne de précaution et de liquidité accordée par le FMI n’est pas une mesure provenant purement de l’initiative de l’Exécutif puisque cette Ligne est l’œuvre des gouvernements précédents et a déjà été mobilisée », nous a-t-il expliqué. Sur un autre registre, notre source estime qu’il ne peut y avoir une évaluation objective du bilan du gouvernement sans la prise en compte des objectifs fixés lors de son investiture. « Or, ces objectifs n’existent pas dans la déclaration gouvernementale », rappelle-t-elle. En effet, le programme gouvernemental El Othmani II s’articule autour de cinq piliers, à savoir le partenariat et la cohérence dans l’action gouvernementale ; la transparence dans la gestion et l’efficience dans la réalisation ; la solidarité dans la responsabilité ; la concertation régulière avec les partis de l’opposition et la démocratie participative quant aux rapports avec les partenaires économiques et sociaux et les représentants de la société civile. D'autre part, le programme s’articule autour de cinq dispositions et mesures inscrites dans le programme gouvernemental (2017-2021) d'avril 2017, à savoir, le soutien à l’option démocratique et aux principes de l’Etat de droit et la consécration de la régionalisation avancée; le renforcement des valeurs d’intégrité, la réforme de l’Administration et la pratique de la bonne gouvernance ; l’épanouissement du modèle économique, la promotion de l’emploi et du développement durable ; le renforcement du développement humain et de la cohésion sociale et territoriale ainsi que le rayonnement international du Maroc, dans le monde, notamment en ce qui concerne ses causes justes. «Bref, la crise liée au Covid-19 et la mise en place de la Commission spéciale sur le modèle de développement ont démontré les limites de l’action du gouvernement et ces deux éléments en disent long sur le bilan gouvernemental», a conclu Hicham Attouch. 

​Groupe socialiste : Un bilan ne se mesure pas que par les réalisations et les chiffres, mais surtout par son impact pour un avenir meilleur

Le bilan d'étape du gouvernement, discuté lors d'une séance plénière lundi à la Chambre des représentants, a suscité des réactions partagées entre la majorité qui l'a qualifié de "positif," et l'opposition qui a critiqué un manquement aux engagements inclus dans le programme gouvernemental. Le Groupe socialiste a salué le bilan du gouvernement et les réalisations dans divers domaines dans une conjoncture exceptionnelle, marquée par les répercussions socio-économiques de la pandémie. Et de se demander si "le gouvernement a été réellement à la hauteur de ce moment historique que vit le pays et s'il a agi avec le courage éthique, politique et juridique requis pour le traitement des grandes questions de la société ?". Il a estimé que le bilan ne se mesure pas seulement par les réalisations et les chiffres, malgré leur importance, mais par les changements à moyen et long termes, y compris les réponses aux problèmes actuels à travers de nouvelles approches pour garantir un avenir meilleur.

Hassan Bentaleb
Mercredi 14 Juillet 2021

Lu 588 fois

Nouveau commentaire :

Votre avis nous intéresse. Cependant, Libé refusera de diffuser toute forme de message haineux, diffamatoire, calomnieux ou attentatoire à l'honneur et à la vie privée.
Seront immédiatement exclus de notre site, tous propos racistes ou xénophobes, menaces, injures ou autres incitations à la violence.
En toutes circonstances, nous vous recommandons respect et courtoisie. Merci.

Actualité | Dossiers du weekend | Spécial élections | Les cancres de la campagne | Libé + Eté | Spécial Eté | Rétrospective 2010 | Monde | Société | Régions | Horizons | Economie | Culture | Sport | Ecume du jour | Entretien | Archives | Vidéo | Expresso | En toute Libé | L'info | People | Editorial | Post Scriptum | Billet | Rebonds | High-tech | Vu d'ici | Scalpel | Chronique littéraire | Billet | Portrait | Au jour le jour | Edito | Sur le vif | RETROSPECTIVE 2020 | RETROSPECTIVE ECO 2020 | RETROSPECTIVE USFP 2020 | RETROSPECTIVE SPORT 2020 | RETROSPECTIVE CULTURE 2020 | RETROSPECTIVE SOCIETE 2020 | RETROSPECTIVE MONDE 2020



Flux RSS