Le découpage électoral : Une bataille démocratique avant les urnes

Le Bureau politique appelle à la concertation et au consensus autour du système électoral


Mohamed Assouali
Jeudi 12 Mars 2026

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A l’approche des élections législatives de 2026, le débat sur les règles devant prévaloir dans le rapport à la chose publique revient au centre de la scène politique. C'est d'ailleurs dans ce cadre que peut s'inscrire l'appel par l'USFP à une concertation nationale sur les décrets encadrant le processus électoral, mettant ainsi en exergue une question essentielle : celle de l’équité du découpage électoral et de la valeur du vote de chaque citoyen.
 
Une concertation nécessaire
 
Dans un contexte marqué par le retour du débat national sur les conditions d’organisation des prochaines élections législatives, le Bureau politique de l’Union socialiste des forces populaires a appelé à l’ouverture d’une concertation nationale sérieuse autour des décrets d’application encadrant le processus électoral.

Cette initiative intervient à un moment politique particulier, après l’annonce par le gouvernement, de manière unilatérale, de la date des élections législatives prévues le 23 septembre 2026. Une décision qui a immédiatement suscité des interrogations légitimes quant aux considérations pouvant justifier le choix, en l'absence de toute concertation avec les premiers concernés, en l'occurrence les partis politique, de la date de l'organisation de l'un des plus importants exercices démocratiques au niveau national. 

Une telle annonce, lorsqu’elle intervient en dehors d’un cadre concerté, nourrit inévitablement le sentiment de suspicion. Elle donne l'impression que la majorité gouvernementale cherche à contrôler l’ensemble des paramètres du processus électoral à venir.

Au-delà de cette polémique, le débat soulevé par la déclaration du Bureau politique remet au centre du débat une question fondamentale : celle des règles du jeu démocratique.
Car les élections, comme exercice démocratique, ne concernent pas que le jour où les citoyens votent. Elles commencent bien plus tôt, au moment où se dessine la carte électorale qui détermine le poids réel de chaque voix.
 
Les règles du jeu démocratique
 
Il n'est pas anodin donc que le débat autour du système électoral refasse surface comme l’un des indicateurs les plus révélateurs de la maturité de l’expérience démocratique marocaine.
Une élection ne se réduit pas à une simple opération de vote. Elle constitue un moment fondateur pour la légitimité des institutions et pour l’équilibre des forces politiques dans la société.

C’est dans cette perspective que l’appel à une concertation nationale autour des décrets d’application prend toute sa signification. Il vise à replacer la discussion là où elle doit se situer : sur les règles du jeu avant les résultats.

Les textes réglementaires qui organisent les élections — qu’il s’agisse du découpage électoral, de la révision des listes électorales, de l’organisation de la campagne électorale ou encore de la création des bureaux de vote — peuvent paraître techniques.
En réalité, ils constituent l’architecture même de la crédibilité démocratique.
 
Une représentation devenue inégalitaire
 
Le découpage électoral n’est pas une simple opération administrative consistant à diviser le territoire en circonscriptions. Il s’agit d’une décision profondément politique qui détermine la forme et l’équilibre de la représentation nationale.

Dans la plupart des démocraties, la carte électorale est régulièrement révisée sur la base des recensements de la population afin de garantir une représentation équitable des citoyens.
Au Maroc, plus de quatorze ans se sont écoulés depuis l’adoption du découpage électoral actuel sans qu’une révision globale n’intervienne, alors même que la carte démographique du pays a profondément évolué.

Les résultats du recensement général de la population et de l’habitat de 2024 ont d’ailleurs confirmé l’ampleur de ces transformations. Les dynamiques de migration interne et l’urbanisation accélérée ont profondément modifié la répartition de la population entre les régions et les grandes villes.

Si l’on retient comme référence un ratio moyen d’environ 86.000 habitants par député, les écarts observés entre certaines circonscriptions apparaissent particulièrement significatifs.
Dans plusieurs grandes circonscriptions urbaines — comme Tanger-Assilah, Al Menara ou Sidi Bernoussi — le nombre d’habitants par siège parlementaire dépasse désormais 170.000 à 200.000 habitants. À l’inverse, dans d’autres circonscriptions, ce chiffre peut descendre en dessous de 35.000 habitants, ou se situer autour de 60.000 habitants seulement.

Un tel déséquilibre remet en cause le principe fondamental d’égalité entre les citoyens dans la valeur de leur vote. Il introduit également une distorsion dans le poids politique des territoires et influence inévitablement la nature de la représentation parlementaire.
 
Petites circonscriptions et influence locale
 
A ces déséquilibres démographiques s’ajoute un autre problème structurel : la taille même de nombreuses circonscriptions électorales.
Environ 60% des circonscriptions ne comptent pas plus de deux ou trois sièges. Dans ces espaces électoraux restreints, la compétition politique tend à se réduire et laisse souvent place aux logiques d’influence locale.
Dans ce type de configuration, les réseaux d’intérêts, les notabilités locales et parfois l’argent électoral prennent le dessus sur le débat politique et programmatique.

Il arrive même que les résultats apparaissent prévisibles avant l’ouverture des bureaux de vote. Une situation qui fragilise la crédibilité du processus électoral et affaiblit le rôle des partis politiques qui s’efforcent de défendre la transparence et l’intégrité du scrutin.
 
Un test démocratique pour 2026
 
La question du découpage électoral dépasse désormais le simple cadre technique. Elle constitue un enjeu politique majeur qui touche au cœur même de la crédibilité des institutions représentatives.

Après les transformations démographiques révélées par le recensement général de la population et de l’habitat de 2024, continuer à s’appuyer sur une carte électorale conçue il y a plus d’une décennie apparaît difficilement compatible avec les exigences d’une démocratie moderne.

Les élections législatives de 2026 seront, à cet égard, un moment décisif. Leur réussite ne se mesurera pas uniquement au taux de participation, mais à la capacité des institutions à garantir des règles du jeu équitables, transparentes et respectueuses du principe d’égalité entre les citoyens.
Car la confiance dans la vie politique ne peut être décrétée ; elle se construit à travers des institutions crédibles et des procédures justes.

A l’approche de ces échéances, le Maroc a l’occasion d’envoyer un signal clair : celui d’un processus électoral fondé sur l’équité, la transparence et la responsabilité politique.
Car, au final, une démocratie solide ne se juge pas seulement à la tenue des élections, mais à la justice des règles qui permettent aux citoyens d’y participer sur un pied d’égalité.

Par Mohamed Assouali
Membre du Bureau politique
Secrétaire provincial de l’Union socialiste des forces populaires à Tétouan

Mohamed Assouali
Jeudi 12 Mars 2026
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