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Le confinement sous tous ses angles

Quel impact psychologique et comportemental ?




Le confinement sous tous ses angles
L'état d'urgence sanitaire a été décrété au Maroc pour la période allant du 20 mars au 20 avril 2020. Désormais, les Marocains sont interdits de quitter leurs domiciles, de tout déplacement en dehors du lieu de résidence sauf en cas de nécessité absolue, de tout rassemblement, attroupement ou réunion d'un groupe de personnes. Une première dans l’histoire contemporaine de notre pays. Quels impacts psychologiques aura-t-elle sur les Marocains ?
Selon une enquête réalisée en Chine, pendant le confinement, sur la population générale, effectuée en ligne dans 36 provinces, 35% des répondants ont présenté un stress psychologique modéré et 5,14% un stress psychologique sévère.
Les femmes demeurent la catégorie qui représente le plus haut niveau de détresse parmi les personnes les plus exposées. Catherine Tourette-Turgis, directrice du master en éducation thérapeutique de la Sorbonne-Universités, a souligné, dans un entretien avec France Culture, que ce stress est plus palpable chez les femmes enceintes qui ont peur d'être infectées et de transmettre le virus. Idem pour les femmes qui ont des jeunes enfants, des bébés de quelques mois.
Les individus âgés entre 18 et 30 ans, et de plus de 60 ans ainsi que les travailleurs migrants ont également été très affectés. Les scores plus élevés dans le groupe des jeunes adultes (18-30 ans) semblent confirmer les résultats de recherches antérieures : les jeunes ont tendance à obtenir une grande quantité d'informations sur les réseaux sociaux qui peuvent facilement déclencher le stress. Etant donné que le taux de mortalité le plus élevé s'est produit chez les personnes âgées au cours de l'épidémie, il n'est pas surprenant que ces dernières soient plus susceptibles d'être affectées psychologiquement. De même, les personnes ayant fait des études supérieures avaient tendance à ressentir davantage de détresse, probablement en raison d'une grande prise de conscience de leur santé.
Il convient de noter que les travailleurs migrants ont connu le niveau de détresse le plus élevé parmi toutes les professions. Les inquiétudes concernant l'exposition au virus dans les transports publics lors du retour au travail, les retards dans le temps de travail et la privation subséquente de leurs revenus anticipés peuvent expliquer ce fait.
Deux facteurs peuvent expliquer le faible niveau de détresse chez les mineurs : un taux de morbidité relativement faible au niveau de cette tranche d'âge et une exposition limitée à l'épidémie due à la quarantaine à domicile.
En outre, une note de synthèse publiée le 14 mars 2020 par la revue The Lancet sur l'impact psychologique du confinement, (réalisée à partir de 24 études, dans dix pays différents, incluant des études autour du Sras, d'Ebola, du H1N1), a révélé que l’intensité du stress pendant la phase de confinement dépend en premier lieu de sa durée.  En effet, toutes les études ont affirmé qu’une durée de confinement de plus de dix jours provoque des syndromes post-traumatiques (stress, anxiété, insomnies,...).
A noter que le niveau de stress est plus élevé dans les foyers de l'épidémie. Parallèlement, les niveaux de détresse psychologique ont également été influencés par la disponibilité des ressources médicales locales, l'efficacité du système régional de santé publique et les mesures de prévention et de contrôle prises pour faire face à la situation épidémique. C‘est le cas de la ville de Shanghai où le niveau de détresse n'a pas été en hausse du fait que cette cité possède l'un des meilleurs systèmes de santé publique en Chine.
L’ennui est l’un des facteurs qui favorisent le stress qui touche les personnes en activité comme celles qui n'ont pas d'activité (chômeurs, retraités...).   
Qu’en est-il de l'impact du confinement sur les familles ? Catherine Tourette-Turgis estime que le fait d’avoir des enfants à charge peut constituer un facteur aggravant du stress puisque les parents ont pour mission de rassurer leurs enfants, de leur expliquer la situation et de les aider à faire leurs devoirs. Ce qui constitue une charge de plus pour ces parents qui se trouvent obligés d’assumer plusieurs fonctions dans la même journée, sans compter les courses à faire.  « En Chine, on a vite remarqué que les parents avaient du mal à gérer l'enseignement. Alors, les autorités ont très vite misé sur les chaînes de télé, avec des programmes éducatifs tous les matins : on a expliqué aux parents qu'ils pouvaient mettre leur enfant deux heures devant la télévision, et les adultes pouvaient alors se reposer, faire leur télétravail », a-t-elle précisé.
Le confinement a également des récupérations sur les couples puisque des conflits peuvent apparaître. Certaines études mettent aussi en avant des conséquences sur la manière de s'alimenter, sur la consommation d'alcool... « La situation de confinement crée elle-même ses propres troubles. L'anxiété va créer des effets secondaires : de la boulimie, une consommation de sucre excessive... et donc un autre effet secondaire qui est la prise de poids, qui peut engendrer  des problèmes cardiovasculaires. Ce sont des effets secondaires en cascade », explique Catherine Tourette-Turgis.
Après le confinement, le stress disparaîtra-t-il ? Absolument pas puisque d’autres sources de stress surgissent comme la situation économique notamment pour ceux qui ont perdu leur source de revenu, les gens en situation économique de transition, les travailleurs précaires ou les étudiants en fin de parcours universitaire, ou en phase de professionnalisation.
Ce stress économique ne va pas épargner également les dirigeants des petites et moyennes entreprises, les personnes stables professionnellement. Pire, Catherine Tourette-Turgis avance qu’il peut y avoir une soupape de relâchement après le confinement, avec des comportements de prise de risques accrus, d'échappement, comme ce fut le cas lors de l'après-guerre.
Pour limiter ces sources de stress, Catherine Tourette-Turgis a indiqué qu’en Chine, les autorités ont mis en place un système de soutien, avec des volontaires formés pour venir en aide par téléphone aux autres. « Il ne s'agit pas de parler d'aide psychologique, mais plutôt psychosociale : il faut prendre en considération les questions logistiques, les rapports entre le salarié et l'employeur... Il faut un accompagnement de proximité qui ne doit pas être intrusif, car la situation est difficile. C'est la situation qui crée un trouble », a-t-elle indiqué. Et d’ajouter : « De manière générale, il faut prêter une attention particulière aux groupes vulnérables, avec une mise en place de services de soutien, qui sont pratiquement les mêmes que dans les situations de désastre majeur ».
En outre, elle a noté que la Chine a utilisé des outils qui ont servi lors du tremblement de terre de Wenchuan en 2008 et de l'épidémie de H1N1 en 2009 : il faut traiter cette épidémie comme un désastre majeur, et déployer des interventions ciblées pour réduire le stress.  « C'est pour cela qu'il faut soutenir, jour après jour, la population, vu que l'on sait que c'est une situation difficile. Il faudra du soin de santé mentale pour certains, auprès de psychiatres, mais aussi des aides sociales, logistiques, pendant et après le confinement », a-t-elle conclu.  

Hassan Bentaleb
Mardi 24 Mars 2020

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