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Le Royaume-Uni accusé de laisser les femmes migrantes à la merci des violences


Libé
Vendredi 1 Juillet 2022

Le Royaume-Uni accusé de laisser les femmes migrantes à la merci des violences

Miriam s'est retrouvée bloquée sans un sou à l'étranger quand son mari violent, britannique, a décidé de l'abandonner avec leurs trois enfants il y a plusieurs années. Une situation répandue face à laquelle le gouvernement laisse des femmes migrantes livrées à elles-mêmes, dénoncent des associations.


Désormais installée au Royaume-Uni, Miriam (prénom d'emprunt) a dû mener une âpre bataille pour obtenir le droit de vivre dans le même pays que ses enfants, qui ont la nationalité britannique. Elle se trouve aujourd'hui à la merci des caprices de son ex-mari, faute de titre de séjour permanent.


Après 10 ans d'attente, Londres doit enfin ratifier le mois prochain la convention d'Istanbul, qui protège les droits des femmes. Mais seulement en partie: le gouvernement britannique refuse les dispositions pour aider les femmes migrantes à fuir les maris violents. "C'est vraiment une situation affreuse", dénonce Elizabeth Jimenez-Yanez, coordinatrice du mouvement #StepUpMigrantWomen, estimant que le Royaume-Uni envoie un signal "vraiment dangereux". "On envoie aux agresseurs le message qu'ils ne subiront aucune conséquence s'ils s'en prennent à des femmes migrantes", dénonce-t-elle.


S'il est difficile de dire combien de femmes migrantes sont victimes de maris violents, les associations affirment que la majorité restent dans des relations violentes par crainte d'être forcées de quitter le pays où elles se sont installées.
 La convention d'Istanbul du Conseil de l'Europe, adoptée en 2011, représente le premier instrument contraignant dans le monde pour prévenir et lutter contre la violence contre les femmes.


Le Royaume-Uni a annoncé qu'il ne mettrait pas en oeuvre son article 59, qui impose aux Etats d'accorder le séjour aux victimes dont le statut migratoire dépend d'un conjoint ou d'un compagnon. 
Une commission parlementaire de la Chambre haute des Lords a exhorté récemment le gouvernement à ratifier le texte avec cet article.
 La mise en oeuvre de cette disposition permettrait aux femmes comme Miriam, qui dispose d'un visa de 10 ans tant que ses enfants se trouvent au Royaume-Uni, de vivre sans inquiétude quant à ses papiers.


Elle craint constamment d'être expulsée si le père de ses enfants part avec eux à l'étranger: "Où est-ce que je vais? Quelles sont les possibilités pour des femmes comme moi?", demande-t-elle. "Il n'y en a pas beaucoup..."
Selon elle, son ex-mari utilise la fragilité de sa situation "comme un outil" pour exercer un contrôle sur elle.


Les femmes migrantes n'ayant pas droit aux aides de l'Etat, Miriam explique qu'il lui a fallu un an pour enfin trouver un soutien financier.


Pour Elizabeth Jimenez-Yanez, la décision du gouvernement fait que les femmes se trouvent "doublement victimes": "des agresseurs", mais aussi "du système". "Imaginez à quel point la situation est terrible pour quelqu'un qui a plus peur de la police que de son agresseur", déclare-t-elle à l'AFP.


Le gouvernement britannique fait valoir que l'article 59 ne sera pas mis en oeuvre alors qu'un programme pilote pour aider les femmes migrantes, menée par l'Association Southall Black Sisters est à l'essai.


Le projet se concentre sur l'importance d'apporter soutiens financier et en matière de logement, "mais ne regarde pas l'impact du droit au séjour", selon Hannana Siddiqui, responsable de la politique et de la recherche au sein de l'organisation. "Les deux sont nécessaires: les aides et le titre de séjour", explique-t-elle, accusant le gouvernement d'utiliser le programme comme "excuse" pour éviter l'article 59.


Le fait de refuser de soutenir les femmes migrantes est une extension de la politique "anti-migrants" du gouvernement de Boris Johnson, estime Elizabeth Jimenez-Yanez. "Quiconque a subi des violences conjugales doit être traité avant tout comme une victime, peu importe son statut migratoire", a déclaré à l'AFP le ministère de l'Intérieur. Quant à la position du gouvernement sur l'article 59, elle est "à l'étude" et pourrait changer.


Londres a récemment conclu un accord hautement controversé avec le Rwanda pour y envoyer les demandeurs d'asile arrivés illégalement sur le sol britannique.
 Le premier vol est resté cloué au sol à cause d'une décision in extremis de la Cour européenne des droits de l'Homme, mais le gouvernement l'assure, il persistera.




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