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Le Plan Maroc Vert menacerait-il la sécurité alimentaire ?

La baisse des superficies céréalières n’est pas vue d’un bon œil par tout le monde




De nouveau, l’Institut Royal des études stratégiques (IRES) tire la sonnette d’alarme : notre dépendance extérieure en céréales s’accentuera sur le long terme en raison de l’augmentation de la population et de la fréquence élevée des sécheresses. En effet, le taux de dépendance aux importations est passé de 14,03% entre 1963 et 1971 à 43,44% entre 2002 et 2013, rappelle la sixième édition du Tableau de bord stratégique sur l’évolution du positionnement international du Maroc rendue publique dernièrement.
« La régression des superficies emblavées en céréales est une réalité palpable aujourd’hui. Notamment dans certaines régions semi-arides du Maroc. Une diminution due à deux facteurs : les changements climatiques en cours et la baisse des marges bénéficiaires par rapport aux coûts de production », nous a indiqué Abdeltif Houmadis, agriculteur de Sebt Gzoula (région de Marrakech-Safi). Et d’expliquer : « La culture des céréales consomme trop d’eau et demande une irrigation moderne ou des précipitations dépassant les 50 ml et bien réparties. Ceci d’autant plus que le prix de vente sur le marché est généralement inférieur au coût de production ».     
Notre source nous a précisé que nombreux sont les céréaliculteurs qui se sont reconvertis et ont planté  des câpriers ou des oliviers. « Ces derniers ne consomment pas trop d’eau et rapportent davantage à l’agriculteur. Notamment les petits qui sont aujourd’hui conscients que cette reconversion est dans leur intérêt», nous a-t-elle affirmé. Et de poursuivre : « En fait, un hectare de céréales produit dans les meilleurs des cas, cinq tonnes et rapporte 12.500 DH. Mais on soustrayant le coût de production estimé entre 6.000 et 7.000 DH, le bénéfice net est de 6.500 DH, soit près de 600 DH par mois, ce qui n’est pas suffisant. A l’inverse, un hectare de 50 oliviers rapporte 300 DH par arbre, soit 15.000 DH de bénéfice pour 20 DH de charge par arbre, soit une marge bénéficiaire nette de 14.000 DH ».    
Cette mutation a été voulue et encouragée par l’Etat qui prévoit dans le Plan Maroc Vert un programme de reconversion des terres dédiées à la céréaliculture  vers des utilisations plus valorisantes, notamment l’arboriculture fruitière et les plantations pastorales. Lesquelles sont en outre suggérées par les différentiels de rentabilité de la terre utilisée : alors que les céréales accaparent 59% de la superficie agricole utile (SAU) et ne participent à la valeur globale de la production agricole qu’à hauteur de 18%, le maraîchage, avec seulement 3% de la SAU, contribue à hauteur de 21% de la production agricole globale. Selon le ministère de l’Agriculture, l’importance de la superficie des céréales (59% de la SAU) ainsi que la jachère (12% de la SAU), témoignent des énormes possibilités d’intensification et de reconversion. L’extension de la superficie céréalière s’est faite parfois sur des terres marginales, rendant l’activité agricole encore plus précaire dans ces zones d’extension. La dominance de la SAU par les céréales rend l’agriculture faiblement diversifiée et, par conséquent, plus vulnérable aux aléas climatiques avec leur conséquence sur la variabilité de la production et de la croissance du secteur. A cet effet, le Plan Maroc Vert  prévoit de faire baisser de 22% les superficies qui lui seront dédiées en l’an 2020 en espérant voir la production suivre une courbe contraire et passer de 53 millions de quintaux actuellement à 76 en cette même année, moyennant l’injection de quelque 11 milliards de DH.
Cette reconversion garantira-t-elle,  pour autant, la sécurité alimentaire de notre pays où le taux de dépendance aux importations céréalières s’élève à 54% selon les statistiques de la BAD ? En fait,   le Maroc consomme plus de céréales importées que de céréales produites localement ce qui est trois  fois supérieur à la moyenne mondiale estimée à 16%.
Pour Abdeltif Houmadis, l’importation de céréales ne pose pas problèmes tant que le Maroc arrive à exporter ses propres produits. « Il faut un jeu d’équilibre entre les importations et les exportations pour que ces dernières arrivent à combler l’écart avec les premières. Ceci d’autant plus que la culture de céréales demeure présente dans certaines régions et ne peut nullement disparaître dans la région de Chaouia, du Gharb, de Saïss ou des Sraghna », nous a-t-il déclaré.   
Un optimisme qui n’est pas partagé par nombre d’observateurs qui pensent que la sécurité alimentaire du pays est en jeu. Ceci d’autant que la balance alimentaire reste déficitaire pour plusieurs produits et que le taux d'autosuffisance alimentaire se situe pour les produits de base, en moyenne, à 80% pour les céréales, 60% pour le sucre et  85% pour le lait et dérivés. Une situation que le Plan Maroc Vert ne semble ne pas avoir prise en ligne de compte puisqu’il a renvoyé l’incontournable notion de sécurité alimentaire aux calendes grecques.

Hassan Bentaleb
Mardi 4 Décembre 2018

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