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Le “Pass jeunes ”, une chimère ministérielle


Chady Chaabi
Lundi 15 Novembre 2021

Vulgariser la culture, un voeu pieux

La culture pour tous les jeunes marocains ? Un objectif aux allures de vœux pieux, tant Mohamed Mehdi Bensaid, le nouveau ministre de la Jeunesse, de la culture et de la communication, ne semble pas en mesurer la véritable portée. Et ce n’est pas le “Pass Jeunes”, présenté comme une solution miracle, qui inversera la tendance et le cours de l’histoire dans un pays où un Marocain sur dix ne lit aucun livre douze mois durant et où les salles de cinéma sonnent toujours creux.
“Cette carte permettra de promouvoir l’accessibilité des jeunes aux structures muséales, suite à un partenariat conclu entre le ministère de tutelle et la Fondation Nationale des Musées du Maroc (FNM). Mais aussi de bénéficier de multiples prestations et avantages”, a annoncé Mohamed Mehdi Bensaid, en marge de l’ouverture de l’exposition « De rage et de désir, le cœur battant des Hommes» au Musée Mohammed VI d’art moderne et contemporain (MMVI). Sauf que la carte en question ou le “Pass jeune” tient plus du sparadrap sur une plaie que d’une solution durable à même de redonner ses lettres de noblesse à l’art et aux artistes nationaux, et encore moins de l’envie aux citoyennes et citoyens de retrouver le chemin des lieux culturels.
Dans le passé, du moins jusqu’au années 2000, la culture tenait une place essentielle dans le quotidien des marocains. Les théâtres étaient fréquentés, autant que les salles de concerts et de cinéma. Mais ces habitudes se sont estompées avec le temps. La faute principalement à des orientations politiques mais aussi à des infrastructures culturelles vétustes et en décalage complet avec le présent. Preuve en est parle sale état dans lequel se trouve actuellement la majorité des salles de cinéma du Royaume. Enfin, celles qui n’ont pas encore mis la clé sous la porte.
Alors, si Mohamed Mehdi Bensaid pense que « La culture joue un rôle majeur au sein de la société et permet aux citoyens de se poser les bonnes questions », on ne lui conseillera pas trop d’aller au cinéma ou d'assister à une exposition pour également se poser les bonnes et pertinentes questions. Car si le Ministre et son staff sont convaincus que la carte en question réconciliera avec la culture, les jeunes en particulier, qui plus est sont issus des quartiers populaires, alors ils sont à des années lumières du compte.
Dans le cas où le Ministère de tutelle s'intéresse réellement à la problématique, il aurait tout à gagner en commençant par aller à la rencontre des jeunes concernés et de cette frange de la population à laquelle il s’adresse. Comprendre leurs envies et mentalités pour établir un plan adapté, et non pas recopier ce qui se fait de l’autre côté de la méditerranée en tentant de transposer au contexte marocain une solution adaptée à la France.
En effet, le Pass Culture en France permet lui aussi de faciliter l'accès des jeunes à la culture. Depuis le 21 mai 2021, il s'adresse à tous les jeunes de 18 ans et à partir du 1er janvier 2022, il offrira la possibilité de bénéficier de 20 euros l'année de leurs quinze ans, 30 euros l'année de leurs seize ans et 30 euros l'année de leurs dix sept ans. Sans oublier les nombreuses offres de réduction mises en place pour les étudiants depuis belle lurette.
Bref, le contraste est saisissant entre le Ministère de la culture marocain qui lance le projet du “Pass jeune” comme on lancerait une bouteille à la mer, et les mesures détaillées et instaurées dans l’Hexagone. Vous l’aurez certainement compris, la solution miracle du ministère de tutelle, n’est ni plus ni moins qu’une pâle copie du “Pass Culture” français. A la différence notable que le Pass culture marocain ne prend en considération aucune des spécificités des nouvelles générations qu’il est censé rabibocher avec un monde qui leur est totalement inconnu.
Ce Pass, créé parle ministère en partenariat avec les opérateurs privés, les établissements publics et les collectivités territoriales, aussi utile soit-il, aura du mal à convaincre une frange de la population qui rechigne par exemple d’aller au cinéma, car elle considère cette activité comme exclusivement féminine. Pour le coup, le peu de considération accordé depuis des années à l’éducation artistique (Art plastique par exemple) dans les programmes de l’éducation nationale représente un frein considérable à la vulgarisation de la culture.
Et puis de quels évènements culturels parle-t-on au juste ? Ceux organisés par les structures culturelles privées et l’institut français au Maroc, ou bien ceux qui passent sous les radars par manque de visibilité. Sur internet, les évènements mis en avant par le Ministère de la culture ne sont pas légions. A tel point que l’on se demande comment le Ministère de tutelle compte captiver l’attention des jeunes alors que sa communication sur les réseaux sociaux, prisée par la frange de la population ciblée, laisse à désirer ? Une question qui restera sans doute en suspens, malgré les 60.000.000 de Dhs réservés aux industries de la culture dans le cadre du nouveau plan de finance.


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