Le Parti au service des causes nationales

L’USFP et la diplomatie parallèle


Rachid Meftah
Lundi 27 Avril 2026

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Il est des partis qui font de leur histoire un passeport. L’Union socialiste des forces populaires (USFP) est bien de ceux-là. Parti héritier d’une tradition militante forgée dans l’opposition, l’épreuve et parfois le sang -celui, entre autres, d’Omar Benjelloun, assassiné en décembre 1975 ou de Mehdi Ben Barka enlevé en 1965- la formation de la Rose n’a jamais conçu son combat comme purement domestique. Dès ses origines, l’USFP a nourri une vocation internationale qui, au fil des décennies, s’est transformée en une véritable machine diplomatique parallèle, au service du Royaume.

Et c’est au sein de l’Internationale socialiste que l’USFP a construit son ancrage mondial le plus solide. Membre omniprésent et actif de cette organisation qui regroupe les grands partis progressistes de la planète, le parti des forces populaires siège à ses instances dirigeantes avec une autorité partout reconnue. En effet, l’USFP occupe la vice-présidence de l’Internationale socialiste, portant avec autorité un grand sens de responsabilité des causes du continent africain. Cette position est, par ailleurs, loin d’être honorifique, elle confère au parti une tribune pour peser sur l’agenda progressiste mondial et notamment pour y défendre les intérêts du Maroc.
Ce qui distingue fondamentalement la diplomatie usfpéiste, c’est
sa capacité à concilier identité d’opposition et loyauté nationale
Là-dessus, le moment le plus emblématique de cette stratégie prodigieuse a sans doute été la tenue, en décembre 2024 à Rabat, des réunions du conseil mondial de l’Internationale socialiste. Organisé pour la première fois au Maroc, cet évènement a rassemblé plus de 200 personnalités issues de 60 pays, sous la présidence de Pedro Sanchez, également président de l’Internationale socialiste. Ainsi, recevoir l’Internationale à Rabat, c’était envoyer un message fort : le Maroc n’est pas à la périphérie du monde progressiste, il en est un foyer.

Par ailleurs, la relation avec le Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) occupe une place particulière dans la diplomatie ittihadie. Le 24 décembre 2024, à Rabat, Pedro Sanchez sortait d’une réunion bilatérale avec le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, et affirmait devant les caméras que «le Maroc et l’Espagne vivent le meilleur moment de leur relation ».  Cette déclaration, formulée dans le sillage du Congrès de l’Internationale socialiste, résume, à n’en point douter, l’importance de l’axe Rabat-Madrid pour la diplomatie partisane marocaine. A travers le canal socialiste, l’USFP entretient avec le PSOE un dialogue privilégié qui renforce les liens bilatéraux bien au-delà des échanges gouvernementaux officiels.

D’autre part, si l’USFP cultive ses relations internationales sur des thèmes variés (justice sociale, droits humains, développement durable), la question de l’intégrité territoriale du Royaume, la souveraineté marocaine sur le Sahara demeure le fil conducteur de toute son action diplomatique extérieure. Le parti de la rose défend constamment la cause nationale, la question du Sahara marocain, dans l’ensemble des instances de l’Internationale socialiste. C’est une priorité absolue pour lui.

D’ailleurs, cette mobilisation prend des formes concrètes et systématiques. En novembre 2020, à la suite de l’intervention des Forces Armées Royales à El Guerguarat, le parti de la Rose a lancé une vaste campagne de sensibilisation à l’échelle mondiale.

En effet, l’USFP a adressé plus de 160 lettres à l’Internationale socialiste, à l’Alliance Progressiste et à divers partis sociaux-démocrates du monde entier, revenant sur les derniers développements de la situation du Sahara marocain. Pour sa part, la Chabiba Ittihadia, bras jeune du parti, n’est pas en reste. Elle a adressé des lettres à plus de 80 organisations de jeunes affiliées à l’Internationale de la Jeunesse socialiste pour défendre avec grande détermination la justesse de la cause nationale.
Khaoula Lachguar
On ne peut pas être progressiste à domicile et conservateur à l’international.
L’Afrique n’a pas besoin de charité. Elle a besoin de cohérence

A cet égard, il convient de souligner que les résultats de cette mobilisation sont bien tangibles. Ainsi, comme l’a indiqué Driss Lachguar, il est d’ores et déjà acté au sein de l’Internationale socialiste que le Polisario ne peut plus prétendre être l’unique représentant de la population séquestrée à Tindouf. Pour la première fois, un mouvement, « Sahraouis pour la paix » encouragé par l’USFP, a été accepté au sein de l’Internationale socialiste. Ce fut alors une percée diplomatique majeure, obtenue, non par les canaux officiels mais par le travail de terrain de la diplomatie partisane usfpéiste.

Dans ce sillage, le Premier secrétaire de l’USFP, Driss Lachguar, a rappelé que les acquis réalisés au sujet de la cause nationale sont le résultat de la politique sage et clairvoyante de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, précisant notamment que la reconnaissance américaine de la pleine et totale souveraineté du Maroc sur ses provinces du Sud a fait passer le plan d’autonomie d’un cadre strictement administratif à un caractère politique et souverain.

Là-dessus, au-delà du dossier du Sahara, l’USFP aspire à jouer un rôle de premier plan dans la reformulation de l’agenda socialiste à l’échelle africaine. Lors de la Global Progressive mobilisation organisée à Barcelone en avril 2026 par Pedro Sanchez, Driss Lachguar a mis l’accent sur le rôle central de l’USFP dans la reformulation de l’agenda socialiste aux niveaux africain et international, se positionnant comme la voix du continent africain au milieu du leadership progressiste mondial.

Dans cette veine, Khaoula Lachguar, membre du Bureau politique de l’USFP et vice-présidente de l’Internationale socialiste, y a interpellé directement l’auditoire : « On ne peut pas être progressiste à domicile et conservateur à l’international. L’Afrique n’a pas besoin de charité. Elle a besoin de cohérence », une formule qui résume , en tout état de cause, l’ambition d’un parti qui entend peser depuis Rabat sur les grands équilibres politiques du monde.

Enfin, ce qui distingue fondamentalement la diplomatie usfpéiste, c’est sa capacité à concilier identité d’opposition et loyauté nationale. Et comme l’a exprimé si bien un parlementaire ittihadi : « En termes de relations internationales et de cause nationale, il n’y a pas de majorité ou d’opposition, il y a le Maroc ». Et l’USFP incarne parfaitement cette formule bien savante : parti de gauche, critique du gouvernement en place, il n’en demeure pas moins un défenseur intransigeant de l’intégrité territoriale du Royaume sur la scène internationale.
 
En somme, l’USFP est à la fois un acteur d’opposition interne et un bras armé de la diplomatie nationale à l’extérieur. Un double rôle qui, loin d’être contradictoire, constitue peut-être la marque la plus authentique d’un grand parti populaire : la gestion des affaires publiques à l’intérieur, la défense de la patrie partout ailleurs…

Rachid Meftah

Rachid Meftah
Lundi 27 Avril 2026
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