Le "Neffar", une tradition ramadanesque qui persiste à Taroudant


Libé
Vendredi 6 Mars 2026

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Durant le mois de Ramadan, le "Neffar" qui réveille les gens pour le S’hour, sillonne les ruelles de la médina de Taroudant. Cette tradition séculaire qui a disparu dans les grandes villes, persiste encore dans cette cité impériale et fait partie de l’ambiance du mois béni.

Ce personnage appelé Meseharati dans d’autres pays du Moyen-Orient, entre en scène dès l’apparition du croissant lunaire pour annoncer le début du mois sacré. Il incarne un riche patrimoine et constitue un symbole du charme de la culture locale.

Cette tradition, également appelée "Ghayat", consiste à annoncer dans chaque mosquée de la vieille ville, l'heure du S’hoor et la fin des prières de Tarawih. Cela crée ainsi une ambiance particulière durant le Ramadan, mêlant spiritualité et convivialité, tout en préservant un lien vivant entre passé et présent, ce qui renforce l'identité culturelle de la ville.

Nombreux sont les habitants de la ville qui tiennent à préserver cette tradition ancestrale, la considérant comme faisant partie intégrante de la mémoire collective transmise de génération en génération. Le son de la trompette ne se limite pas à annoncer l'heure du S’hoor et la fin des prières de Tarawih, il symbolise également un esprit de solidarité et d'attachement à l'identité culturelle à l'ère de la modernisation rapide et des moyens de communication sophistiqués.

Cette tradition est inscrite comme patrimoine immatériel du Maroc. Avant l'apparition des systèmes d'alarme modernes, la trompette était le principal moyen de réveiller les gens pour le repas du S’hoor. Malgré les transformations sociales et technologiques, cette coutume demeure très chère aux habitants de Taroudant, qui y voient un symbole d'authenticité et de continuité.

A Taroudant, le "Neffar" porte une tenue traditionnelle, souvent composée d'une djellaba et d'un tarbouche. Portant sa trompette, instrument à vent traditionnel au son distinctif audible de loin, il gravit chaque jour le minaret de la mosquée pour annoncer l'heure du S’hoor et la fin des prières de Tarawih.

Ismail Asqrou, qui a longtemps pratiqué ce métier saisonnier, confie à la MAP que le rôle du "Neffar" n'était pas une simple tradition ou occupation passagère, mais une responsabilité quotidienne exigeant une grande précision et un engagement constant durant tout le mois de Ramadan.

Il a indiqué qu'il s’applique pour mener sa tâche comme il se doit, en se rendant en pleine nuit à la mosquée avec sa trompette, monte au minaret pour réveiller les gens avant l’aube au moment opportun, selon un horaire précis transmis de génération en génération parmi les habitants du quartier.

Asqrou a ajouté que ce rôle était largement respecté par les habitants : enfants et jeunes attendaient avec impatience sa voix dans les ruelles de la vieille ville, tandis que les adultes comptaient sur lui pour se réveiller et prendre leur dernier repas d'avant le jeûne.

Il a souligné que la persistance de cette tradition, malgré les moyens modernes, témoigne de l'attachement des habitants de Taroudant à leurs coutumes authentiques et de leur volonté de les préserver.

De son côté, l’acteur associatif Mehdi Oublal estime que la préservation de cette tradition relève de la responsabilité culturelle et sociale de la ville. Elle représente, pour lui, un lien entre les générations et reflète l'identité profondément enracinée de Taroudant ainsi que la richesse de son patrimoine immatériel.

Il a ajouté que le maintien de cette tradition contribue à renforcer le sentiment d'appartenance et permet aux habitants de vivre un Ramadan unique, alliant spiritualité et convivialité.

Taroudant est réputée pour ses remparts historiques et ses quartiers anciens, témoins d'un riche patrimoine. Cette richesse confère une dimension particulière à la tradition du "Neffar" : sa voix est en harmonie avec le paysage architectural traditionnel, ce qui crée une ambiance qui évoque des pans entiers de l'histoire de la ville.

Plus qu'une voix qui appelle au réveil pour le S’hoor, le "Neffar" incarne ainsi en partie la mémoire collective, un symbole de l'authenticité qui imprègne l'atmosphère du Ramadan et un témoin vivant de l'attachement des habitants de Taroudant à leurs traditions transmises de génération en génération.

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