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Le Maroc rompt ses relations diplomatiques avec l'Iran


Soutien militaire avéré du Hezbollah au Polisario



Nasser Bourita, ministre  des Affaires étrangères  et de la Coopération  internationale.
Nasser Bourita, ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale.
Le Maroc a décidé de rompre ses relations avec l'Iran à cause de la «connivence avérée» et du soutien militaire de son allié le mouvement Hezbollah au Polisario, a annoncé, mardi, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita.
«Je viens de rentrer de la République islamique d'Iran, où j’ai eu une rencontre avec le ministre iranien des Affaires étrangères, Javad Zarif, que j'ai informé de la décision du Royaume du Maroc de rompre ses relations diplomatiques avec la République islamique d’Iran», a précisé le ministre lors d'une rencontre avec la presse nationale et étrangère.
L’ambassadeur de S.M le Roi à Téhéran a quitté ce jour l'Iran, a-t-il indiqué, ajoutant qu'il allait recevoir le même jour le chargé d’affaires de l'ambassade iranienne à Rabat pour lui demander de quitter le Royaume du Maroc “sans délai”.
Le ministre a tenu à préciser que cette décision est une «réaction à une implication confirmée de l’Iran à travers le Hezbollah, dont tout le monde connaît le lien avec l’Iran, dans une alliance avec le Polisario contre la sécurité nationale et les intérêts supérieurs du Royaume».
Cette décision est prise pour des «considérations purement bilatérales et n'a aucun lien avec les développements régionaux ou internationaux» précisant que le «Maroc ne prend jamais ce genre de décision sous influence ou sous pression, mais lorsqu’il s’agit de son intégrité territoriale, de sa sécurité nationale, de la sécurité de ses citoyens, il ne peut qu’être ferme et prendre des décisions claires».
Il a, à cet égard, rappelé que le Maroc a repris ses relations diplomatiques avec l'Iran en 2014, alors que ce pays était en crise avec des pays amis du Maroc.
Le chargé d’affaires est parti à Téhéran en 2015 et l’ambassadeur en 2016, ce qui montre que le Maroc, malgré le contexte régional et international, a renforcé ses relations diplomatiques avec ce pays à travers l’ouverture de l’ambassade et le retour de l’ambassadeur iranien il y a 3 ans, a encore rappelé Nasser Bourita, ajoutant que même sur des sujets qui concernent directement l’Iran, comme le programme nucléaire, la position du Maroc a toujours été claire et que la discussion doit avoir lieu dans des enceintes appropriées par rapport à l’efficacité de cet accord.
«Mais jamais le Maroc n’a pris de position hâtive ou des positions inappropriées» par rapport à l’Iran. Il est donc clair que la présente «décision est liée exclusivement au Maroc et à l’Iran», a tenu à préciser le ministre. 
«Le Royaume dispose de preuves irréfutables, de noms identifiés et de faits précis qui corroborent cette connivence entre le Polisario et le Hezbollah contre les intérêts supérieurs du Maroc», a insisté Nasser Bourita. Et de relever que la collaboration entre le mouvement séparatiste du Polisario et le Hezbollah a gagné en ampleur et en visibilité à partir de mars 2017, notant qu'une relation entre les deux mouvements s’est construite bien avant, déjà en 2016, lorsqu'un «comité de soutien au peuple sahraoui» a été mis en place pour la première fois au Liban, à la faveur d’une bienveillante protection du Hezbollah.
«En 2016, il y a eu la visite de hauts dirigeants du Hezbollah dans les camps de Tindouf pour rencontrer des responsables militaires du Polisario», a-t-il dit, ajoutant que «le point de basculement et l’élément le plus important qui a changé la nature de la relation entre le Polisario et le Hezbollah a été l’arrestation à l’aéroport international Mohammed V de Casablanca, le 12 mars 2017, de Kacem Mohamed Tajeddine, un des grands financiers du Hezbollah qui agit en Afrique».
Il a tenu à préciser que ce dernier a été arrêté sur la base d’un mandat d’arrêt international émis par les Etats-Unis d'Amérique pour blanchiment d’argent et appartenance à une organisation terroriste.
«A partir de ce moment là, a souligné le ministre, le Hezbollah a menacé de vengeance et commencé à renforcer sa relation avec le Polisario contre le Maroc», ajoutant que des artificiers et des encadrants militaires ont été envoyés à Tindouf pour entraîner des éléments du Polisario sur la guérilla urbaine et pour former des commandos dans le but de mener des actions contre le Maroc.
«Plus récemment, au cours de ce mois, une première livraison d’armes a été fournie au Polisario et notamment des Sam 9, Sam 11 et des Strellas ont été livrés par des dirigeants du Hezbollah aux milices armées du Polisario», a révélé le ministre.
Des éléments plus précis seront, et certains l’ont déjà été, partagés par les services marocains avec leurs partenaires de pays étrangers, a expliqué Nasser Bourita, relevant que le Maroc dispose «des preuves, des données et des dates qui montrent l’implication d’au moins un membre de l’ambassade d’Iran à Alger dans l’organisation de toutes ces opérations pendant au moins deux ans».
«L’implication d’un membre de l’ambassade disposant d’un passeport diplomatique iranien qui travaille à l’ambassade d’Iran à Alger, a été l'élément clé pour faciliter les contacts et les rencontres et fournir toutes les facilités logistiques pour que les hauts responsables y compris militaires du Hezbollah puissent partir à Tindouf et rencontrer les responsables du Polisario», a-t-il indiqué.
«Une telle décision stratégique d’aider militairement le Polisario et de former des gens du Polisario ne peut être prise sans la coordination, voire même le consentement de la République islamique d’Iran», a-t-il fait noter, précisant qu'il ne s'agit pas juste d'une rencontre ou d'une déclaration, mais de «deux ans de coopération, de deux ans de visites à travers l’ambassade d’Iran à Alger».
«Nous pensons que la République islamique d’Iran ne peut être étrangère à toute cette préparation», a souligné le ministre. Nasser Bourita a affirmé que le Maroc ne peut accepter «qu’un pays forme des commandos et des gens à la guérilla urbaine, livre des armes, entraîne militairement et encadre les militaires du Polisario», précisant que la décision de rupture «n’est pas contre les chiites, ni contre les peuples libanais et iranien, c’est une décision, une réaction contre des actions inacceptables menées par le Hezbollah avec la bénédiction, sinon plus, de l’Iran».
«Le Maroc n’a pas l’habitude de prendre ce genre de décision facilement et c’est pour cela que nous avons pris beaucoup de temps pour recouper les informations, pour vérifier chaque donnée, chaque date, chaque rencontre, et lorsqu’on a eu suffisamment d’éléments, d’indications et de preuves que des choses se préparent pour menacer la sécurité nationale du Maroc et la sécurité des citoyens marocains, le Maroc a pris cette décision», a-t-il insisté.
«Avant tout, nous avons voulu confronter l’Iran à ça, c’est ce que j’ai fait ce matin. Nous n’avons pas reçu de réponse qui remet en cause les éléments en notre possession et c’est pour cela que le Maroc a pris cette décision» de rupture des relations diplomatiques avec Téhéran.
Le Maroc, rappelle-t-on, avait déjà rompu ses relations avec l'Iran début 2009, pour protester notamment contre l'activisme religieux de Téhéran dans le Royaume et il les a rétablies en 2014.

Libé
Jeudi 3 Mai 2018

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