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Le BAC, pour les profs non plus, c’est pas du gâteau

Surveiller, corriger, enregistrer les notes… pour des prunes provoque l’ire des enseignants




L’introduction des notes des épreuves du Baccalauréat dans la plateforme informatique « Massar » sera assurée par l’administration. Le calendrier académique ne sera pas perturbé et les résultats seront affichés dans les délais fixés au préalable.
« Plusieurs directeurs provinciaux se sont chargés d’assumer cette responsabilité dans les régions où les professeurs ont refusé de la prendre en charge», nous a déclaré Abdelkrim Safir, secrétaire général de l’Association des professeurs de philosophie de l'enseignement public (AMEP). Et d’ajouter : « En fait, si certains professeurs ont accepté  d’introduire les notes des épreuves dans Massar, une grande majorité a refusé ». Et pour cause : les mauvaises conditions dans lesquelles se déroule cette opération.
« Il y a eu beaucoup d’improvisation et de confusion dans la mise en œuvre de cette opération. En fait, le ministère de l’Education nationale, les académies et les directions provinciales n’ont pas jugé utile de mettre à la disposition des professeurs des centres équipés pour l’insertion des notes. Ils ont, à l’inverse, délégué cette mission aux directeurs provinciaux. Les centres existants ne disposent ni de connexion Internet ni d’ordinateurs », nous a précisé notre source. Et de poursuivre : « Les directeurs provinciaux ont dû employer leurs propres moyens et leurs relations pour se procurer des ordinateurs et des connexions  Internet.   Ce qui a impacté négativement le moral des professeurs. Ceci d’autant plus que cette mission ne relève pas de leurs responsabilités puisqu’elle a toujours été assurée par les cellules informatiques des académies qui gèrent le logiciel de la plateforme Massar qui est dotée d’un système de vérification et qui affiche les résultats et les classements».
Le secrétaire général de l’AMEP va plus loin. Il estime que les professeurs sont victimes d’injustice puisqu’ils assurent plusieurs tâches sans être rémunérés en conséquence.  « Les enseignants participent à la proposition des sujets des examens, aux contrôles et à la correction des épreuves, aux délibérations et à l’annonce des résultats. Et seule l’opération de correction est rétribuée. Une rémunération qui oscille entre 500 et 700 DH, à raison de 3,35 DH pour chaque feuille d’examen corrigée », nous a-t-il révélé. Et de poursuivre : « Une aberration puisque le budget alloué à la correction est de l’ordre de 1,4 milliard de centimes et que le nombre de correcteurs ne dépasse pas les 40.000 ».
Pis, notre source dénonce une redistribution inéquitable de ces ressources financières. « Il n’y a pas une distribution juste et conforme aux critères d’effort et de travail fournis comme en attestent le décalage entre les importantes rémunérations octroyées aux directeurs des académies et aux directeurs provinciaux et celles, modiques, perçues par les inspecteurs et qui ne dépassent pas les 150 DH », nous a-t-elle expliqué.
Pour elle, il est temps de se pencher sur cette question qui a été tant occultée du débat public. « Il faut que le ministère de tutelle prenne les mesures nécessaires pour que les indemnités de correction enregistrent une hausse substantielle de 1000% et que la rétribution soit conforme au critère de la méritocratie. Nous ne pouvons pas mettre sur un pied d’égalité un professeur des mathématiques et un professeur d’anglais chargés respectivement de corriger 16 pages et 1 ou 2 pages», nous a-t-elle précisé. Et d’ajouter: «Il faut penser à un système de rémunération forfaitaire ou à d’autres formules».    
Abdelkrim Safir pense également qu’il faut revoir le système des examens ainsi que l’approche adoptée en matière de lutte contre la triche lors des examens.  «L’évaluation des examens se fait au niveau central et il n’y a pas de feed-back au niveau des professeurs. Il faut également mettre un terme à l’approche purement pénale dans le traitement du phénomène de la  triche en optant pour une approche pédagogique qui questionne l’origine profonde de ce problème et pas  uniquement ses conséquences», nous a-t-il indiqué. L’AMEP a précisé dans un communiqué publié dernièrement que la triche n’est qu’une  réponse à une école médiocre et pervertie qui sous-estime l’intelligence des apprentis. Une école avec des méthodes d’apprentissage obsolètes et qui n’arrive pas à développer l’esprit critique ni celui de la créativité.

Hassan Bentaleb
Jeudi 15 Juin 2017

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