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"La vraie vie", un premier roman très réussi d'Adeline Dieudonné




Encore un premier roman remarquable de cette rentrée littéraire, décidément pleine de découvertes. La jeune primo-romancière belge Adeline Dieudonné signe "La vraie vie" (L'Iconoclaste), un roman au cordeau qui raconte l'histoire d'une violence familiale à travers le regard d'une enfant surdouée.
L'histoire : La narratrice, une adolescente, vit avec sa famille dans un lotissement des années 70 baptisé le "Demo", "un projet pilote, à la pointe de la technologie du préfabriqué". Dans sa maison, quatre chambres : "La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents, et celle des cadavres". Le père est un chasseur, "un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d'équarrisseur. Des mains de géant qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca". La chambre des cadavres renferme la collection de trophées de chasse du père.
La mère ? Une ombre. Une femme effacée que la jeune fille compare à une amibe, "une femme maigre, avec de longs cheveux mous". Et surtout, elle a peur du père. Il faut dire que l'homme, qui en dehors de la chasse a deux passions dans la vie, la télé et le whisky, a la main lourde. La famille redoute ses accès de colère froide, qui finissent toujours par s'abattre sur la mère. La jeune fille dépense toute son énergie à faire diversion. A égayer cette vie amère. Ils rendent visite à Monica, une voisine un peu excentrique, qui vit derrière le Bois des Petits Pendus. Ils guettent aussi l'arrivée de la camionnette du marchand de glace, annoncée par La valse des fleurs, de Tchaïkovski. Une glace avec de la chantilly pour la jeune fille, en cachette, parce que c'est interdit. Ils traînent aussi à la casse, jouant dans les carcasses abandonnées. La jeune fille réussit à faire naître le sourire sur le visage de son frère. Et c'est tout ce qui compte, jusqu'au jour où un malheureux accident bouleverse ce fragile équilibre…
Adeline Dieudonné déroule ce récit avec une implacable efficacité, en peu de mots, construction impeccable (elle dit avoir lu tous les livres de Stephen King, ça doit être pour ça). Dès la première phrase, elle nous happe, nous attache à ce magnifique personnage de jeune fille en construction. Intelligente, sensuelle, courageuse, avec un instinct de vie à toute épreuve. Une ode à la féminité.
Le monstre (le père), ses amis chasseurs, l'amibe, le petit frère tombé en folie, ou le professeur de physique quantique (la jeune fille est douée) et sa femme défigurée… Les personnages secondaires, eux aussi sont dessinés avec une justesse d'orfèvre, et certaines scènes sont dignes des meilleurs films d'Hitchcock ! La jeune romancière belge use aussi volontiers d'un humour noir bien dosé. Résultat, on rit avec la chair de poule.

Jeudi 30 Août 2018

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