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La recherche scientifique entre les défis à devoir relever et les promesses à faire gober


Hassan Bentaleb
Mercredi 11 Mai 2022

La berceuse barbante du ministre de l’Enseignement supérieur dans l’Hémicycle

La recherche scientifique entre les défis à devoir relever et les promesses à faire gober
“Constituer une nouvelle génération de doctorants sélectionnés parmi les meilleures compétences, créer des institutions de recherche thématiques en relation avec les priorités du développement national et initier un système intégré d’innovation qui se base sur un partenariat fort entre l’université et son environnement économique et social, qui stimule la création et l’esprit d’initiative, via la valorisation des résultats de la recherche scientifique et le transfert de la technologie au profit des secteurs productifs», telle est la recette proposée par le ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de l’Innovation pour instaurer les fondements d’une recherche scientifique avec des critères internationaux. Intervenant lundi dernier devant la commission de l’enseignement, de la culture et de la communication relevant de la Chambre des représentants, le ministre a annoncé la formation annuelle de 2.000 doctorants à l’horizon 2030 afin de hausser la capacité des universités dans le secteur public et privé au niveau de l’encadrement pédagogique et du renforcement du système de recherche scientifique. Il a également annoncé la création d’un cadre incitatif via un programme de bourses attractif pour les compétences ainsi que l’élaboration de recherches en doctorat sous l’encadrement commun d’institutions universitaires de renommée au niveau international. L’intervenant a également mis en avant l’importance de la coopération internationale en matière de recherche scientifique et la nécessité d’améliorer le système national dans ce domaine Pourtant, une question s’impose : le ministre comptet-il solutionner un problème de taille qui dure depuis des décennies avec uniquement ces mesurettes? En effet, les déficits en matière de recherche scientifique sont à la pelle (mauvaise gouvernance, faiblesse des ressources financières, manque de rentabilité, déprédation au sein des doctorants, faible production d’articles scientifiques …). Selon le dernier rapport de la Cour des comptes, la production scientifique dans les universités demeure faible au vu du nombre d'articles publiés et de projets de recherche, rapporté au nombre d'équipes, de laboratoires et de centres de recherche, au nombre d'enseignants-chercheurs et d'équipements scientifiques, et au nombre d'étudiants chercheurs doctorants. « Bien que les universités aient enregistré un nombre important de publications scientifiques, le taux de publication dans des revues à comité de lecture reste faible. Le nombre de brevets demeure également faible et leur valorisation est médiocre. D'autre part, il a été constaté que les études dans le cycle doctoral n’aboutissent pas pour un grand nombre de doctorants puisque le pourcentage de déperdition au niveau du cycle doctoral atteint 70% auprès des étudiants inscrits, alors que seulement 25% d’entre eux arrivent à finir leur doctorat au bout d’au moins 5 ans», précise le rapport. Et d’expliquer : «Une situation due, selon le ministère de tutelle, au facteur économique qui pousse les étudiants inscrits au doctorat à abandonner leurs études doctorales et à saisir les meilleures opportunités dès qu’elles se présentent». En outre, le document a observé l’inexistence de procédures de suivi des activités des différentes structures de recherche scientifique depuis la date de leur adoption jusqu'à l'évaluation de leurs réalisations. S’agissant du financement de la recherche scientifique au Maroc, le document de la Cour des comptes avance que les crédits pour la recherche scientifique dans le budget des universités ont diminué après la phase du «Programme d'urgence», et pendant la période 2015-2018, puisque le taux de subvention pour la recherche scientifique n'a pas dépassé 5% du total des subventions allouées aux universités. Alors que l'année 2019 a vu une augmentation significative de cette subvention, atteignant 7%. Le rapport a relevé, en outre, que la délégation du décaissement des crédits alloués à la recherche scientifique aux responsables des institutions universitaires n’a pas été accompagnée par le suivi des activités des différentes structures de recherche scientifique des institutions universitaires, afin d'évaluer leurs réalisations et résultats obtenus et de mesurer l’utilisation de manière optimale des ressources financières et des équipements scientifiques mis à leur disposition. Des lacunes qui ont persisté malgré les financements importants alloués par le Fonds national d'appui à la recherche scientifique et au développement technologique. En effet, le Fonds a pour mission d'encourager et de relancer les programmes de soutien à la recherche scientifique et au développement technologique, d'organiser et d'évaluer les activités de recherche scientifique. Par ailleurs, les juges de la Cour des comptes ont noté des défaillances au niveau de l'exploitation conjointe des équipements et fournitures scientifiques. Bien que les contrats de financement stipulent que le matériel peut être collecté et exploité en commun et qu’il devait être placé dans un centre facilement accessible à tous les enseignants-chercheurs, il a été constaté que lesdits équipements restent souvent l'apanage du bénéficiaire du financement du projet et sont difficilement accessibles aux autres enseignants, chercheurs, ou ayant connaissance de leur existence faute de communication. Des défaillances et des manquements qui ont été soulignés également par un autre rapport, à savoir celui du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique, qui a révélé tant de défis à surmonter. Tel est le cas de la pérennisation du cap stratégique, de l’augmentation et la rationalisation du financement, du renforcement des incitatifs nationaux en recherche développement, de la prise en considération des particularités des champs disciplinaires et de l’interdisciplinarité, du développement du tandem université-entreprise ainsi que de la promotion du capital humain en recherche et de la capacité d’anticipation pour assurer la relève des chercheurs. Le même document a noté également comme défis, la mise en place d’une communauté scientifique dynamique, le multilinguisme dans la recherche, l’arrimage d’une partie de la recherche aux priorités régionales, la vulgarisation de la recherche et de la culture scientifique dès le jeune âge, la collaboration internationale, l’équilibre entre priorités du pays et science universelle, l’évaluation du système de recherche et enfin la liberté académique sans oublier la responsabilité et l’éthique. Les quelques actions proposées par le ministère de tutelle seront-elles à la hauteur de ces défaillances et défis ? Affaire à suivre.


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