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La marche de Rabat devrait interpeller toutes les parties : Tant de revendications à satisfaire au Rif comme partout ailleurs




Ils étaient des milliers à  manifester leur solidarité avec le Hirak d'Al Hoceima.  Leur nombre a oscillé entre 12.000 et 15.000, selon certaines sources et plus de 20.000 selon d’autres. Des gauchistes, des amazighs, des adlistes, des jeunes du Mouvement du 20 février (M20), des militants des droits de l’Homme et des syndicalistes se sont saisis de l’aubaine pour réclamer haut et fort le droit à la liberté, à la dignité et à la justice sociale. Une scène qui rappelle certaines marches du M20.
S’agit-il d’une réédition du M20 ? «La marche du dimanche avait pour objectif initial de se solidariser avec la population du Rif et son Hirak et de réclamer la libération des détenus arrêtés lors des manifestations d’Al Hoceima. Il est vrai que les manifestants qui ont battu le pavé à Rabat ont brandi des slogans exprimant certaines revendications à caractère général comme la liberté, la dignité, la justice sociale ou à caractère local comme la construction d’hôpitaux et d’université, la création de  postes d’emploi, ... Il n’en demeure pas moins que ces slogans sont communs à toutes les manifestations organisées au Maroc », nous a indiqué Aziz Idamine, chercheur en sciences politiques. Et de poursuivre : «La marche du dimanche n’est pas une renaissance du M20 février et ce n’est pas le même contexte ni les mêmes revendications. Celles du M20 ont exigé des réformes constitutionnelles et politiques».
Et qu’en a-t-il été de la participation d'Al Adl Wal Ihsane ? « Il faut d’abord préciser que la marche du dimanche a été une manifestation regroupant une palette des sensibilités politiques (gauche, droite et centre)  avec l’hégémonie d’Al Adl Wal Ihsane qui se veut une force politique disciplinée, organisée et fortement présente sur la scène politique», nous a  indiqué notre source, tout en précisant que l’actuelle sortie de cette association interdite mais tolérée n’est pas innocente et sans enjeu politique. «Le timing de cette participation suppose deux lectures. Cette sortie peut être analysée comme une sorte de réaction face aux intimidations que subissent les cadres et militants de cette association depuis quelques mois et une tentative visant à sortir de son isolement. La deuxième lecture estime que la Jamaa apporte par une telle démonstration de force,  un soutien moral au gouvernement El Othmani, d’autant que le PJD est sorti affaibli des dernières négociations pour la constitution du gouvernement», nous a-t-elle expliqué. Et d’ajouter :«Le PJD et Adl Wal Ihsane ont les mêmes objectifs et portent le même projet politique malgré des différences au niveau de la lecture et de l’approche. Il y a une sorte de distribution des rôles entre eux. Le PJD joue l’islam politique dans les institutions et Adl Wal Ihsane en dehors de celles-ci».
Et les partis politiques? «Les partis politiques sont souvent absents des manifestations. A l’exception de la Fédération de la gauche unie, les autres formations politiques préfèrent attendre l’occasion idoine pour surfer sur la vague des manifestations. Il suffit de voir leurs positions antérieures et postérieures au 18 mai dernier pour avoir une idée claire de leur positionnement. Elles sont toujours dans l’expectative et ne prennent pas l’initiative», nous a déclaré Aziz Idamine.
Faut-il s’attendre à d’autres marches ? « Les mouvements sociaux sont comme des boules de neige et personne ne peut augurer du développement ou de l’ampleur qu’elles vont prendre. Il est probable qu’elles fondent ou qu’elles prennent des orientations imprévues», nous a précisé notre source. Et de conclure : «Autant de probabilités des plus risquées notamment dans un contexte international et régional en mouvement. L’avenir dépend également de la position de l’Etat. Si ce dernier continue à s’entêter, ces manifestations pourraient sûrement continuer».

86 personnes déférées en justice

Selon les derniers chiffres officiels, 86 personnes ont à ce jour été présentées à la justice, dont une trentaine ont été placées en détention préventive, accusées de lourdes charges, et notamment "d'atteinte à la sécurité intérieure". Des sources médiatiques ont également annoncé que de nouvelles arrestations auraient été opérées récemment.
Dans la rue, les manifestations se poursuivent depuis quinze jours à un rythme quotidien à Al-Hoceima, ainsi que dans la localité voisine d'Imzouren, autre haut-lieu de la contestation.
Elles ont lieu de nuit pour cause du Ramadan, et se déroulent la plupart du temps sans incident, mais parfois dans un climat de vive tension alors que la police, omniprésente, tente de prévenir tout rassemblement.
Ces derniers mois, des sit-in et rassemblements de soutien ont eu lieu dans certaines localités du Nord, et plus marginalement dans d'autres villes du Royaume, mais la manifestation de ce dimanche est la première d'une telle ampleur hors de la province d’Al-Hoceima. Elle intervient alors que la mobilisation dans le Rif ne faiblit pas, et que la fermeté affichée par l'Exécutif est contestée par la classe politique.

Hassan Bentaleb
Mardi 13 Juin 2017

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