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La faute à l’autre ! Le danger que représentent les margines stupidement ignoré

Une catastrophe écologique pointe du nez




«La situation est catastrophique. Les eaux de l’oued d’Odour sont devenues complètement noires à cause de la pollution par les margines (liquide résiduel produit par le processus de trituration des olives lors de l'extraction de l'huile) sans parler de ses effets néfastes sur la faune et la flore ainsi que sur la population locale. Notamment au niveau de l’approvisionnement en eau puisque ce fleuve approvisionne un barrage», s’alarme Mesbah Abdghani, président de l’Association Oulidate Aghra Ankadi. Le même cri d’alarme a été lancé par Abdelatif Houmadis, un agriculteur de Safi, région qui a commencé à s’adonner à l’oléiculture. « La région est sur le point d’être touchée par un véritable drame écologique dû au stockage des margines sur une étendue d’eau. Les effets néfastes de cette situation ont déjà commencé à se faire sentir : odeurs nauséabondes, impact sur l’environnement, etc.  Le hic, c’est que personne ne bouge le petit doigt pour mettre fin à cette tragédie », nous a-t-il déclaré.
En effet, les alertes concernant la pollution par les margines s’enchaînent et se ressemblent depuis des années sans que rien ne semble avoir été fait pour mettre fin au drame. « Nous avons déjà contacté les responsables nationaux et locaux mais chacun impute la responsabilité à l’autre. Nous avons contacté le défunt secrétariat d’Etat chargé de l’Eau qui nous a renvoyés vers le gouverneur, lequel nous a promis de mettre sur pied une commission idoine.  Du côté des responsables de l’Agence du bassin hydraulique du Loukkos, l’affaire est close puisqu’ils ont déjà rédigé un PV et c’est maintenant à la justice de trancher », nous a indiqué Mesbah Abdghani. Et de poursuivre: «Il y a de la confusion et nous ne savons pas à qui nous adresser alors que la situation est dramatique puisque cet oued est long de 60 km et traverse d’autres villes (Ouazzane, Ksar El Kébir…) et passe à côté d’un lycée qui compte près de 1.200 élèves, un dispensaire et une école».   
Même cas à Safi. « Personne ne s’intéresse à cette situation.  Les questions environnementales ne font pas partie des préoccupations des présidents des communes qui ignorent ce genre de problème », nous a-t-il expliqué tout en précisant que cette question est liée à une problématique d’aménagement du territoire. « Ce problème n’est pas du seul ressort des autorités locales puisqu’il est transversal et concerne d’autres sujets comme l'assainissement, la gestion des déchets industriels, la protection de la qualité de l’air, la prévention de la pollution industrielle et des risques ainsi que de la protection et valorisation de la biodiversité ».
Des faits qui nous interpellent aujourd’hui à propos du rôle et la mission de la Police de l’eau récemment créée et qui a pour vocation principale de surveiller le domaine public hydraulique et de le protéger. Sachant que les plans d'eau naturels (lacs, étangs, lagunes et marais); les sources hydriques de toutes natures y compris les résurgences d'eau douce en mer; les cours d'eau en tout genre (berges des cours d'eau); les francs-bords à partir des limites des berges; les alluvions, le sable, les roches et les ouvrages hydrauliques constitués (puits et forages artésiens, puits et abreuvoirs à usage public, canaux d'irrigation ou de drainage affectés à un usage public, etc.) font partie des périmètres d’intervention de cette Police de l’eau.
Mais, il n’y a pas que le rôle de celle-ci qui est en cause. Celui du ministère de l'Energie, des Mines, de l'Eau et de l'Environnement  qui a déjà prévu d’élaborer un Plan national de lutte contre la pollution hydrique issue de l’industrie de trituration des olives. En fait, ce département vient à peine de constater que les margines constituaient une source importante de pollution pour les ressources en eau et le sol, vu leur acidité et leur forte teneur en matières organiques, en sels et autres substances nocives. Sachant que l’extraction de l’huile d’olive nécessite l’utilisation de l’eau aux différentes phases de son processus, notamment le lavage, le malaxage et l’extraction et génère entre 500 et 1.000 kg de margines par tonne d’olives, selon le système de trituration utilisé.  Pour le département de  tutelle, il est question d’établir des prévisions de développement de l’activité et de son impact sur les ressources en eau à l’horizon de 2030, en tenant compte des retombées de la pollution oléicole sur le plan national de réutilisation des eaux usées en cours de lancement. Cependant, rien n’a filtré sur ce plan, ni sur sa mise en œuvre.
Des interrogations des plus légitimes dans un contexte où le nombre d’unités de trituration des olives est en hausse. Selon les chiffres du site du journal les Eco.ma, le Maroc compterait des milliers  d’unités, dont les traditionnelles occupent le haut du pavé, traitant annuellement environ 1.834 millions de tonnes d’olives, ce qui génère près de 1,8 million de m3 de margines par an. Le bassin de l’Oum Errabiâ compte le plus d’unités de trituration, suivi du bassin du Tensift, du Sebou et de la Moulouya.

Les margines

Les sous-produits de l’huile d’olive, qui sont les déchets résultants de la trituration des olives, polluent. Ce dilemme est en centre d’un chapitre du Programme national de prévention et de lutte contre la pollution industrielle. Au Maroc, la trituration d’un quintal d’olive produit, en moyenne, 20 litres de margines dont  l’élimination est devenue un problème pour les unités productrices.  Ceci d’autant plus que le secteur de trituration d’olive est caractérisé par la coexistence de près de 20.000 moulins traditionnels (maâsras) dont la capacité annuelle de trituration couvre près de 50% de la production nationale et d’unités semi-industrielles et industrielles.
Il en résulte un impact négatif sur l’environnement et la santé qui se traduit notamment par le colmatage des sols et la pollution des eaux superficielles et souterraines.
Selon un rapport datant de 2014, les industries de l’huile d’olive et du sucre sont à l’origine de la pollution des bassins hydrauliques mais aussi de divers incidents écologiques. Une autre étude similaire indique que « la pollution par les margines est manifestement observée grâce à leur teneur en polyphénols qui se situe entre 1,76 et 7,47 mg par litre, quantités qui dépassent généralement la norme fixée par le Conseil national de l’environnement (0,01 mg/l) pour la qualité des eaux destinées à la production de l’eau potable ».

Quid de la filière oléicole ?

La filière oléicole contribue à hauteur de 5% au PIB agricole national, selon le ministère de l’Agriculture, de la Pêche maritime, du Développement rural et des Eaux et Forêts.
S’étendant sur une superficie de 784.000 hectares, les exploitations nationales totalisent une production de l’ordre de 1.500.000 tonnes d’olives. Le pays produit également 160.000 tonnes d’huile d’olive et 90.000 tonnes d’olives de table. En termes d’exportations, 17.000 tonnes d’huile d’olive et 64.000 tonnes d’olives de table se retrouvent sur les marchés internationaux.
Les principales régions de production couvrent presque la totalité du territoire national, à l’exception de la bande côtière atlantique. La principale variété produite est la «picholine marocaine» à hauteur de 96 % des plantations. Mais on retrouve également d’autres variétés comme la picholine du  Languedoc, la manzanille, le picual, la hojiblanca, l’arbequine, l’ascolana dura, le frontoio, le gordal, etc.
Les objectifs du Plan Maroc Vert à l’horizon 2020 visent à porter la superficie dédiée à cette filière à 1.220.000 ha, la production totale d’olives à 2.500.000 tonnes, la production d’olives de table à 320.000 tonnes et celle de l’huile d’olive à 330 000 tonnes.

Hassan Bentaleb
Samedi 5 Janvier 2019

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