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La “diplomatie des otages ” inquiète dans les milieux d'affaires étrangers en Chine


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Jeudi 30 Septembre 2021

La “diplomatie des otages ” inquiète dans les milieux d'affaires étrangers en Chine
La libération simultanée de la directrice financière de Huawei par le Canada et de deux Canadiens par Pékin suscite l'inquiétude dans les milieux d'affaires étrangers en Chine, certains estimant que la "diplomatie des otages" a fonctionné.

Après être restée trois ans au Canada en instance d'extradition vers les Etats-Unis, qui la soupçonnent de fraude bancaire, MengWanzhou, la fille du fondateur du géant chinois des télécoms, est rentrée samedi en héroïne dans son pays.

Simultanément, Michael Spavor et Michael Kovrig, arrêtés en Chine quelques jours après Mme Meng, retrouvaient le Canada après avoir connu les prisons chinoises sous l'accusation d'espionnage. Les médias de Pékin n'ont guère soufflé mot de leur arrestation ni de leur libération. Le régime chinois assure que les deux affaires n'ont pas de lien entre elles mais la simultanéité des libérations montre que "la diplomatie des otages a fonctionné dans une certaine mesure", relève le sinologue Jean-Pierre Cabestan, de l'Université baptiste de Hong Kong.

Dans ce contexte, certaines entreprises étrangères s'inquiètent de voir leur personnel expatrié servir à leur tour de monnaie d'échange lors de différends diplomatiques. "Il semble de plus en plus que les entreprises sont les victimes de la politique", s'inquiète Steven Lynch, directeur de la Chambre de commerce britannique en Chine. Certains patrons ont mis en place des plans d'urgence en cas de détention de leur personnel, d'après le chef d'une entreprise canadienne à Shanghai. "Il y a pas mal d'inquiétude de voir n'importe qui se faire arrêter en pleine rue du jour au lendemain", témoigne-t-il.

Les effectifs expatriés ont déjà beaucoup diminué en Chine du fait de l'épidémie de Covid-19 et des restrictions à l'entrée dans le pays mises en place par Pékin. Avec la pression politique, certaines entreprises canadiennes ont décidé que les risques étaient trop élevés pour elles et ont commencé à réduire leurs activités dans la deuxième économie mondiale.

"Tout étranger en Chine doit savoir que ses heures sont comptées dans le pays", estime un chef d'entreprise canadien. Outre le cas des "deux Michael", plusieurs étrangers employés en Chine ont été arrêtés ces dernières années, notamment un pâtissier français mis en cause et condamné dans une affaire de farine périmée. Il avait pu rentrer en France fin 2019. Un homme d'affaires irlandais est en détention depuis 2019 après que son employeur a été impliqué dans un différend juridique. Et une journaliste australienne de la chaîne chinoise CGTN a été arrêtée l'an dernier au moment où les relations entre Pékin et Canberra tombaient au plus bas.

L'hypothèse d'une "diplomatie des otages" s'est accrue avec le retour aux Etats-Unis dimanche de deux jeunes Américains retenus en Chine depuis 2018, alors que leur père est poursuivi par Pékin pour "crimes économiques".

Outre les milieux d'affaires, des diplomates occidentaux s'inquiètent de devoir rentrer en Chine sans une immunité diplomatique totale. "Le risque de se retrouver pris dans un différend similaire est trop élevé", déclare un diplomate à l'AFP.

Dans un contexte général de détérioration des relations entre la Chine et l'Occident, certaines multinationales se sentent de plus en plus dans le viseur de Pékin. C'est le cas des grandes marques qui ont dû présenter des excuses ces derniers mois après avoir été accusées de partialité anti-chinoise sur des questions sensibles telles que Hong Kong, Taïwan, ou encore le traitement de la minorité musulmane ouïghoure dans le Nord-Ouest chinois.

"Les entreprises s'efforcent plus que jamais d'éviter la politique et de ne pas franchir les lignes rouges, où qu'elles soient", reconnaît un membre d'une Chambre de commerce européenne à Hong Kong. Et la condamnation internationale de la "diplomatie des otages" n'aura pas un grand impact sur le régime communiste. "Je pense que la Chine pourrait être tentée d'y recourir à nouveau", estime Jean-Pierre Cabestan, même si elle a "contribué à détériorer l'image de la Chine dans le monde".


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