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L'informel, c'est juste la partie visible de l'iceberg

Tout débat sensé doit englober l'ensemble des composantes de l'économie souterraine



Quelques heures après le drame de Tanger, le chef du gouvernement a déclaré dans un message sur son compte Facebook qu’une enquête sera diligentée et qu’il y aura une délimitation des responsabilités induisant des sanctions contre les contrevenants. Pour lui, il y a eu des morts et cela ne doit pas passer inaperçu. Si quelques jours après ces propos, le propriétaire de l'unité industrielle où plusieurs personnes ont trouvé la mort le 8 février, a été effectivement mis en prison en attendant l'achèvement des procédures d'enquête, rien n’a été fait au niveau des entreprises dites informelles ni contre le secteur également dit informel. Un manque d’action qui n’a rien de nouveau puisqu'en 2018, plusieurs dispositions ont été annoncées avant d’être abandonnées. Comment peut-on expliquer cette inertie de l’Etat ? Pour Hicham Attouch, professeur d’économie à l’Université Mohammed V de Rabat, le débat sur ce sujet est erroné puisqu’il se concentre sur une partie de l’économie souterraine et n’englobe pas l’ensemble des composantes de cette économie. «Le secteur informel n’est que la partie visible de l’iceberg de l’économie souterraine», nous a-t-il indiqué. Et d’ajouter : «Souvent, dans les discours comme dans les études et recherches, il y a une tendance à occulter cette réalité qui définit cette économie comme un tout regroupant d’autres activités comme l’évasion fiscale, les transactions non déclarées, les sociétés écrans…». Notre interlocuteur donne comme exemple la dernière publication du HCP «Le secteur informel au Maroc : principales caractéristiques et tendances d’évolution» qu’il juge très réductrice. Selon cette publication, la part du secteur informel dans le volume total des emplois créés s’est élevée à 28,7%, et sa contribution au PIB a atteint 11%, selon les résultats de l’Enquête nationale réalisée par le HCP entre 2013 et 2014. Même évaluation concernant le dernier article de recherche, réalisé par Kamal Lahlou, Hicham Doghmi et Friedrich Schneider, qui a conclu que le poids actuel de l’économie souterraine est proche de 30% du PIB. «Ce genre d’étude se concentre uniquement sur l’économie informelle en tant que simple activité vivrière et ne s’intéresse pas aux autres facettes de l’économie souterraine», nous a-t-il expliqué. Selon Hicham Attouch, il a fallu la crise liée à la propagation de la Covid-19 pour que l’Etat se rende compte de la vraie ampleur du secteur informel qui dépasse celle du secteur privé. «En effet, les aides accordées par l’Etat ont fait ressortir qu’il y a 4,3 millions de ménages concernés par ce secteur, soit 50% de la population. A noter que ce chiffre ne comporte pas le monde rural qui n’est pas comptabilisé», nous a-t-il précisé. Et de souligner que la crise liée à la Covid-19 a également participé à la migration de plusieurs entreprises vers l’économie informelle. «Plusieurs entrepreneurs ont opté pour ce choix afin du survivre », a-t-il fait savoir. Une réalité déjà notée par le CGEM qui a tiré la sonnette d’alarme concernant cette transition en indiquant que l’informel a dépassé le volume de la simple activité vivrière et qu’aucun secteur n’est épargné tout en précisant que la concurrence déloyale qu’il livre à certaines activités a déjà poussé plusieurs opérateurs vers l’économie souterraine. La CGEM estime que les 9 millions de personnes exerçant dans l’économie non structurée et qui ne bénéficieront pas de la retraite à 60 ans, constitueront une vraie bombe à retardement qui interpelle notre modèle de développement. «L’ensemble de ces éléments rend toute gestion de ce dossier très délicate. Notamment pour les entreprises formelles qui pratiquent l’informel. Et si ces unités existent, c’est parce qu’il y a de la corruption», nous a expliqué Hicham Attouch. Et de poursuivre : «Ceci d’autant plus que l’Etat a opté dans sa lutte contre l’économie informelle pour une approche purement fiscale et comptable. En effet, cette question n’a jamais été abordée du point de vue social. La logique fiscale a toujours primé au détriment d’une approche multidimensionnelle». A ce propos, notre source nous a cité l’exemple du dispositif auto-entrepreneur destiné, entre autres, à lutter contre l’informel, qui a été, pour notre source, un vrai échec puisqu’il n’a réussi à toucher qu’une infime partie des entrepreneurs de l’économie souterraine. «Il y a également le manque de confiance envers les pouvoirs publics ainsi que le manque de transparence qui découragent le passage de l’informel au formel. A noter également que les adeptes de l’économie informelle ne sont pas des anges dont la conversion du jour au lendemain est acquise. Il s’agit, en effet, de professionnels ou d’entrepreneurs qui font appel à des experts pour passer sous les radars», a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb
Mardi 9 Mars 2021

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