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L’exploitation éhontée des femmes et des mineurs non accompagnés

De nombreux Marocains victimes de réseaux sévissant en Italie


Hassan Bentaleb
Jeudi 4 Août 2022

L’exploitation des femmes et mineurs non accompagnés (MNA) marocains en Europe est une réalité que de nombreux  rapports et études confirment. Dernier document en date à affirmer cet état de lieu est le rapport de l’ONG «Save the Children» publié récemment et qui  classe nos femmes et nos chérubins parmi     les nationalités les plus ciblées par les réseaux de la traite humaine.

En effet, les Marocains occupent la troisième marche du podium des pays d’origine des victimes avec 49 cas, soit 2,6% du total pour l’année 2021. Le Nigeria occupe la première place avec  1.254 (65,6%) suivi du Pakistan (86 cas) soit 4,5%. La Gambie arrive en quatrième place  (48 cas, soit 2,5%) suivie de la Côte d'Ivoire (44 cas, soit 2,3%). Le reste du classement est réparti entre le Sénégal (39 cas; 2,0%); le Mali (37 cas; 1,9%); le Bengladesh (36; 1,9%); le Brésil (34 cas; 1,8%); la Roumanie (29 cas; 1,5%) et autres nationalités.

Le document en question a rappelé que l’année précédente a enregistré une domination des personnes d’origine nigériane avec 57,3% des cas, suivies de celles en provenance du Pakistan (6,9%), de la Côte d'Ivoire (4,4%), du Maroc (3%), de la Tunisie (2,6%), du Bangladesh (2,3%),  du Sénégal (2,2%), du Brésil (1,9%), de la Colombie (1,7%) et  de la  Gambie (1,5%).

La comparaison de ces données avec celles des années précédentes, et en particulier 2019 (période pré-pandémique), révèle, cependant une  diminution du nombre de cas issus du Nigeria (-55%), de Côte d'Ivoire (-28%), du Bangladesh (-40%), du Sénégal (-28%), de la Gambie (-44%), du Ghana (-46%), du Cameroun (-58%), de la Guinée (-49%). En revanche, une hausse des cas a été constatée au niveau des personnes venues du Pakistan (+ 300%), de la Tunisie (+368%), du Brésil (+ 45%) et du Maroc (+32%).

A noter que les femmes demeurent majoritaires parmi l'échantillon des victimes (1.445 cas; 75,6%), suivies de la population masculine (hommes et garçons) correspondant à 410 sujets (soit 21,5%) sur l'ensemble des cas. Les personnes transgenres restent en troisième position avec 56, soit 2,9% du total. Les femmes âgées de 17 ans sont prédominantes par rapport à celles âgées de 15 à 16 ans. Les mineurs sont au nombre de 63, soit 3,3% du total.

En ce qui concerne les types d'exploitation, 48,9% des victimes soit 935 étaient exploitées sexuellement. 18,8% soit 359 cas, étaient exploitées dans le travail. Les cas restants sont répartis entre mendicité (15 cas; 0,8%); servitude domestique (13 cas ; 0,7%); mariages forcés (7 cas; 0,4%); adoptions internationales illégales (1 cas; 0,1%); destinés à l'exploitation (n = 470 ; 24,6%); victimes de violences (50 cas; 2,6%); trafic économique criminel forcé (n = 28 ; 1,5%).

En outre, et en référence aux données enregistrées en 2019 par le Counter Trafficking Data Collaborative, sur 23.432 cas signalés dans la base de données, 69,8% des victimes étaient destinées à l'exploitation sexuelle, 30% au travail et 0,2% des sujets étaient des victimes d'autres formes d'exploitation. Toujours pour 2019, le trafic sexuel est confirmé comme «féminin» avec 94,7% des femmes.

Les mineurs sont aussi victimes de cette forme d'exploitation. L'OIT et l'UNICEF ont signalé la présence en 2020 d'environ 160 millions de garçons, de filles et d'adolescents (63 millions de filles et 97 millions de garçons) contraints de travailler, avec une prévalence du travail dans les régions rurales presque trois fois plus élevée que dans les zones urbaines. 70% des mineurs (tranche d'âge 5-17 ans) étaient exploités dans les travaux agricoles, 19,7% dans le secteur tertiaire et 10,3% dans le secteur industriel.

Dans son dernier rapport sur la situation des mineurs, l'UNICEF et l'OIT (2022) confirment l'augmentation de l'exploitation par le travail, estimant une hausse de 8,9 millions de mineurs. Par rapport à l'exploitation par le travail (adultes et mineurs), en revanche, 51,4% des victimes sont des hommes et 48,6% des femmes.

S'attardant sur les méthodes de recrutement utilisées dans la traite d’enfants (tranche d'âge 0-17 ans), le Counter-Trafficking Data Collaborative rapporte qu'en 2019, dans la plupart des cas, les femmes ont été embauchées par l'intermédiaire d'un membre de la famille (environ 57%); dans une moindre mesure, mais non négligeable, une bonne partie des mineurs ont été exploités par le partenaire avec lequel on a une relation intime (18%) et dans d'autres cas, le contact a lieu par l'intermédiaire d'inconnus (17%) ou par des amis (environ 8%).

A rappeler que selon l’Office des Nations unies contre les drogues et le crime (ONUDC) et l’Organisation internationale du travail (OIT), ce trafic touche, aujourd’hui, près de 25 millions de personnes dans le monde, femmes, hommes et enfants, via exploitation sexuelle ou travail forcé. Ce phénomène touche en particulier les populations vulnérables telles que les migrants et les réfugiés. Une des tendances les plus inquiétantes concerne la part de plus en plus importante des enfants parmi les victimes, laquelle a triplé en 15 ans selon l’ONUDC. Ce crime générerait plus de 150 milliards de dollars de revenus annuels mondiaux alimentés par la corruption, les migrations irrégulières et le terrorisme.

Avec l’expansion mondiale de l’utilisation de la technologie, intensifiée par la pandémie de Covid-19 et la multiplication des plateformes en ligne, la traite des êtres humains a conquis le cyberespace. Internet et les plateformes numériques offrent aux trafiquants de nombreux outils pour recruter, exploiter et contrôler les victimes. En ligne, ils peuvent facilement organiser leur transport et leur hébergement, tromper les victimes et contacter des clients potentiels, mais aussi communiquer entre eux.

Hassan Bentaleb 


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