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L’état de l’enseignement et de l’apprentissage au Maroc épinglé par PISA-2018

Plutôt que de s ’ attaquer à l’ essentiel, l’Exécutif se contente de colmater les brèches


Rachid Meftah
Jeudi 10 Février 2022

L’état de l’enseignement et de l’apprentissage au Maroc épinglé par PISA-2018
Lors d’un atelier tenu, ce mercredi en distanciel, à l’initiative de l’Instance nationale d’évaluation auprès du Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique (INE-CSEFRS), a été présenté le rapport national sur les performances des élèves marocains à partir des données de l’enquête PISA 2018 (Programme for International student assessment)
Notre pays, pointant à la 75ème place, à quatre marches du dernier du peloton devrait procéder à une véritable prise de conscience de ce séisme
Ce rapport, établi avec les différents services et acteurs du département de l’éducation nationale, est le résultat d’une étude savante et détaillée dont les conclusions brossent un tableau sombre et livrent un constat accablant, voire alarmant quant à l’état de l’enseignement et l’apprentissage des élèves marocains et globalement à la situation du secteur de l’éducation dans notre pays.

En effet, les détails de ladite enquête révèlent l’échec total de l’ensemble du système éducatif national mais aussi des différentes procédures et méthodes adoptées en vue de sa réforme pendant plusieurs années. En outre, cela dénote de l’incompétence criante des responsables en charge de ce secteur vital et déterminant dans le devenir et l’éventuel épanouissement de la société.

Alors que les résultats de PISA 2018 ont créé un « sursaut du système éducatif en Allemagne (pourtant occupant la 20ème place), selon les termes de « Le Monde.fr »., notre pays, pointant à la 75ème place, à quatre marches du dernier du peloton devrait procéder à une véritable prise de conscience de ce séisme et de cette hécatombe au niveau des structures, des programmes et des ressources humaines de tout le système scolaire.

Il est à noter, par ailleurs, que le programme PISA, communément dit « classement PISA » (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) est un ensemble d’études réalisées par l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) et est conçu pour mesurer et évaluer les performances des systèmes éducatifs au sein des pays, selon une démarche standardisée et élargie à grande échelle. L’enquête, qui est réalisée dans les 34 pays membres de l’OCDE et également dans un grand nombre de pays partenaires, est publiée tous les trois ans, ayant ciblé des dizaines de milliers d’adolescents de 15 ans.
L’Union socialiste des forces populaires a réservé un long chapitre détaillé et exhaustivement chiffré au système scolaire, abordant, notamment, la nécessité impérieuse de la promotion de l’enseignement élémentaire comme étape fondatrice de l’apprentissage
Présentant les résultats dudit rapport, la cheffe de projet à l’INE-CSEFRS, Amina Benbida, a souligné la nécessité de promouvoir une égalité des chances en termes d’apprentissage au Maroc, quelle que soit la situation sociale ou territoriale des élèves, insistant sur l’obligation de la scolarisation des enfants au moins jusqu’à l’âge obligatoire.

Constat bien tardif car le programme gouvernemental exposé au lendemain de l’investiture de la nouvelle équipe de l’exécutif n’a fait que survoler vaguement cette question  n’exprimant aucune volonté concrète de rattraper les retards accumulés et de combler les défaillances relevées encore et toujours, contrairement aux mesures opérationnelles auxquelles le programme électoral de l’Union socialiste des forces populaires a réservé un long chapitre détaillé et exhaustivement chiffré, abordant, notamment, la nécessité impérieuse de la promotion de l’enseignement élémentaire comme étape fondatrice de l’apprentissage. 

Là-dessus, Mme Benbida a noté que d’après les conclusions de l’enquête, une part importante des élèves de moins de 15 ans n’atteint pas le niveau minimal de compétences, précisant inopportunément –là n’est pas la question- que les filles font mieux que les garçons en compréhension écrite et en sciences, alors qu’en mathématiques, les filles et les garçons ont le même niveau de performance.

Quant au redoublement scolaire, 49% des élèves marocains ciblés par le Rapport PISA 2018 ont redoublé au moins une fois durant leur cursus scolaire, sachant que ceux-ci ont un niveau de compétence généralement inférieur à celui de leurs camarades non redoublants.

Par ailleurs, 13% des élèves réussissent à avoir de bons résultats malgré une situation socioéconomique défavorable, a indiqué la cheffe de projet, développant que les élèves marocains résilients prennent plus de plaisir à lire, sont beaucoup plus motivés à travailler et sont plus nombreux à vouloir achever leurs études supérieures.

A ce propos, l’on est en droit de s’interroger s’il faut se glorifier d’une proportion aussi insignifiante. Bien au contraire !! Peut-on se réjouir des précisions de la responsable qui a, par ailleurs poursuivi, reprenant les résultats, somme toute, désœuvrants, qui relèvent que seuls 52% des élèves comptent poursuivre leurs études au-delà du baccalauréat ou des études professionnelles, dont 61% de non redoublants, 63% d’élèves «avantagés» -soulignons-le en remémorant le slogan scandé à tout-va de l’égalité des chances-  66% d’élèves en enseignement privé et 54% d’élèves vivant en milieu rural.

D’autre part, sur un tout autre volet, le rapport met en garde contre les dangers de la perte du temps d’apprentissage, que ce soit en raison de l’absentéisme ou du retard des élèves, de l’absentéisme des enseignements ou de l’indiscipline pendant les cours.
Le rapport interpelle le département ministériel en charge de ce secteur déterminant, au carrefour du passé, du présent et du futur de tout un ensemble de générations
Pour sa part, la directrice de l’INE-CSEFRS, Rahma Bourqia, a affirmé que les résultats de l’enquête peuvent servir à informer le public sur les aspects qui nécessitent des améliorations dans le système éducatif marocain. Or, en tout état de cause, s’agirait-il d’«améliorations» nécessaires ? En toute logique, on n’améliore pas une situation qui ne présente nullement d’aspects positifs et en toute logique il doit être question d’une véritable refonte du système scolaire et éducatif tout entier.

De son côté, la cheffe de la division « Petite enfance et écoles et responsables du programme PISA à l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE)», Yuri Belfali, a relevé que l’enquête PISA se focalise sur la capacité des élèves de 15 ans à mobiliser les connaissances et compétences acquises pendant leur parcours et à les appliquer à des situations de la vie réelle.

Ainsi, les conclusions du Rapport PISA ne sont, en tout état de cause, pas seulement un son de cloche fort quant à la vulnérabilité du système éducatif et scolaire conçu et adopté pas les instances compétentes marocaines mais interpellent aussi les politiques publiques suivies en la matière et surtout le département ministériel en charge de ce secteur déterminant, au carrefour du passé, du présent et du futur de tout un ensemble de générations, secteur supposé être au cœur des préoccupations sociétales du gouvernement et de l’ensemble de ses composantes, loin de toute surenchère partisane ou électoraliste et de toute prétention intellectualisante pompeuse et creuse.

Rachid Meftah


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