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L’avenir de l’épidémie oscille entre l’optimisme et la crainte d’une deuxième vague

Dr. Mohamed Lyoubi : Le déconfinement est risqué




Loin des projecteurs du traditionnel point de presse quotidien, on aurait pu croire que le Dr. Mohamed Lyoubi allait être un peu plus tranchant dans son intervention. Que nenni. Invité samedi lors d’un webinaire, mot-valise associant les mots web et séminaire, organisé par le Groupement interprofessionnel de prévention et de sécurité (GIPSI), le directeur du département d’épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la Santé ne s’est pas départi de son ton policé. Mais ce n’est pas pour autant que son intervention était inintéressante dans l’ensemble.
De toute façon, dans le contexte actuel, une ère où les fake news et autres ragots sont légion, toute information provenant de source officielle est bonne à prendre. D’ailleurs il n’a pas fallu longtemps pour que le Dr. Lyoubi lance un avertissement en jetant une pierre dans le jardin des plus optimistes : «Certes, nous avons aplati l’épidémie, mais nous n’avons pas encore passé le cap ». Le Cap ? Qu’entend-il par-là ? S’il ne s’est pas épanché vraiment sur le sujet, il est clair qu’il évoque ce moment où de nouvelles contaminations ne seraient plus que de rares cas isolés.On n’en est pas là, puisque 57 nouveaux cas ont été enregistrés dans la nuit de samedi à dimanche pour 158 guérisons et aucun décès.
Dans le cadre de ce webinaire sous le thème "Quels enseignements tirer du Covid-19 sur la gestion globale des risques ?", le Dr. Mohamed Lyoubi a distribué les bons points comme les mauvais. D’un côté, il s’est félicité d’une « situation globalement maîtrisée. Le confinement a permis d’aplatir la courbe. Les décès et le taux de létalité ont nettement diminué, notamment car le confinement a été bien respecté par les personnes âgées ».Mais de l’autre, il n’a pas hésité à fustiger à demi-mot l’irresponsabilité de certains industriels. « Si le confinement avait été respecté comme à fin mars, aujourd’hui nous aurions été plus sereins dans l’optique d’un déconfinement », regrette-t-il avant de préciser : « Les premières alertes début avril concernaient les clusters familiaux. Il y en a eu quelques-uns mais ce n’est jamais gravissime un cluster familial, le nombre de contaminations n’est jamais trop élevé. C’est alors que les autres clusters sont apparus. En l’occurrence dans les unités industrielles, les centres commerciaux et les grandes surfaces ». On pourrait également ajouter les collectivités fermées, les prisons et autres casernes. Des clusters, toujours selon le Dr. Lyoubi, qui auraient été le déclencheur d’une propagation qui a atteint alors un plateau en dents de scie. Et chacune d’entre ces dents représenterait un cluster de grande ampleur.
Dès lors età la lumière de ces éléments, un déconfinement est-il envisageable pour le Dr. Mohamed Lyoubi ? « La levée du confinement est envisageable mais il y a un risque certain que l’épidémie reprenne de plus belle. Je suis sûr que le déconfinement est risqué. Et si l’on n’arrive pas à maîtriser l’apparition de clusters, il y aura une vague beaucoup plus importante ». Décidément, le Dr Lyoubi maîtrise les arcanes de la communication. Autrement dit, il s’avance sans trop s’avancer. Il envisage un déconfinement. Mais ne comptez pas sur lui pour en assumer les responsabilités en cas de scénario catastrophe. Même si au fond, on sent bien qu’il est partisan d’un prolongement des mesures actuelles. « En tant qu’épidémiologiste, je dirais qu’il faut maintenir le confinement. Non, nous n’avons pas passé le cap. Même les malades qui guérissent, la science ne sait pas s’ils garderont la capacité de se défendre », s’inquiète-t-il. Effectivement, en Chine, des études scientifiques ont indiqué que 10 % des cas Covid-19 ont été infectés une seconde fois après avoir guéris.
Cela dit, comme on vous l’a expliqué, le Dr. Lyoubi n’omet pas de mettre sur la balance d’autres considérations et notamment « les aspects socioéconomiques ». En clair, cela veut dire que l’Exécutif aura à choisir entre relancer l’économie au risque de voir l’épidémie repartir de plus belle ou bien prolonger le confinement au risque de voir l’économie marocaine s’effondrer. Un choix difficile et ardu. Le Dr Lyoubi s’en déleste. « C’est une question qui est au-delà de nos prérogatives », a-t-il rappelé. Mais dans le cas où le déconfinement est acté, le directeur du département d’épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la Santé propose une progressivité territoriale et une flexibilité. Traduction : Déconfiner uniquement les provinces indemnes de cas et celles dont le taux de reproduction du virus est bas, mais aussi revenir à un confinement en cas de besoin.
Avec un taux de reproduction de 1,13, Casablanca ne sera certainement pas concernée par un déconfinement contrairement aux provinces du Sud par exemple. En somme, l’intervention du Dr. Mohamed Lyoubi a eu l’effet d’un coup d’épée dans l’eau. Hormis quelques chiffres intéressants et notamment les 49 cas en réanimation ou en soins intensifs sur tout le territoire, à Tanger-Tétouan plus qu’ailleurs, on n’est pas plus avancé en termes de prévisions. Il ne nous reste plus qu’à croiser les doigts et espérer. 
 

Chady Chaabi
Lundi 18 Mai 2020

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