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L'ascension éclair du plus jeune président français




Ambitieux, audacieux et volontaire, Emmanuel Macron devient dimanche, à 39 ans, le plus jeune président français, au terme d'une ascension éclair qui a chamboulé les partis et les habitudes électorales.
"En une année nous avons changé le paysage de la vie politique française", lance-t-il après sa victoire au premier tour. "Ce que nous avons fait (...) n'a ni précédent, ni équivalent, tout le monde nous disait que c'était impossible", insiste-t-il le 7 mai.
Au point que certains parlent de "hold-up" du siècle, de "braquage démocratique", avec une "stratégie méthodique de conquête de pouvoir".
La candidature de cet ancien inspecteur des finances, ancien banquier d'affaires, qui fut brièvement ministre mais jamais élu auparavant, en fait sourire plus d'un lorsqu'il l'annonce en novembre dernier, moins de trois mois après sa démission du gouvernement, huit après le lancement de son "mouvement", En Marche!.
EM n'est même pas un parti et de plus arbore ses initiales... Les railleries, les prédictions de défaite s'accumulent. La candidate de l'extrême droite Marine Le Pen, qu'il battra sèchement avec 66,2% des voix, ironise sur un "candidat plexiglas", que le regard traverse faute de contenu.
Aux yeux de ses partisans, son inexpérience annonce la "rupture" qu'il revendique, une ligne ni à droite, ni à gauche, libérale en économie comme sur les sujets de société, résolument pro-européenne, avec un prisme franco-allemand.
En bref, une "révolution" --titre de son livre programme-- pour une "société à la fois efficace et juste".
"Néo-libéral", "illusionniste", "gourou": ses opposants, de tous bords, lui reprochent le flou de son projet. Lui parle de "contrat avec la nation".
C'est en 2012 que cet homme aux yeux bleux perçants, tiré à quatre épingles, entre en scène comme conseiller économique du président socialiste François Hollande. Ce dernier lui propose deux ans plus tard le ministère de l'Economie. Il demande une heure de réflexion: "Je voulais être sûr d'être libre et de pouvoir agir", dira-t-il ensuite.
Cette liberté revendiquée entraîne une certaine solitude, qu'il cultive: "Décider suppose de la solitude. Sinon vous décidez ce que les autres vous disent", explique ce philosophe de formation, élève brillant des plus grandes écoles françaises, féru de littérature.
S'il prend ses décisions seul, dépitant parfois ses proches, il donne l'impression d'écouter ses interlocuteurs. "Il joue à fond l'empathie", pour le quotidien Le Parisien.
En campagne, il répond, l'air concentré, à toutes les questions des électeurs et ne recule pas devant les publics hostiles: les salariés d'une usine bientôt délocalisée dans le nord, des anciens de l'Algérie française dans le Sud...
Un casse-tête pour ses gardes du corps. "Je ne serai jamais en sécurité parce que le pays est comme ça aujourd'hui. (...) Il faut aller dans le coeur de la bête à chaque fois. (...). Si vous écoutez les mecs de la sécurité (...) vous êtes en sécurité mais vous êtes mort", dit-il dans un documentaire sur sa campagne.
Pour cette aventure, il travaille d'arrache-pied avec une équipe souvent jeune, appuyée de bénévoles, et bien sûr, son épouse Brigitte, 64 ans, avec laquelle il forme un couple fusionnel.
Pour son équipe, il est "le chef". L'ambiance de son quartier général rappelle l'esprit "start-up" dont il dit s'inspirer, y compris pour lever ses fonds de campagne. Celui qui se réfère souvent à la culture des entreprises du numérique -au point d'être qualifié de "manager du changement"- a séduit un électorat plutôt urbain, aisé, éduqué. L'extrême droite convainc mieux les perdants de la mondialisation.
Certains l'accusent de vouloir "diriger le pays d'en haut". Pour le premier secrétaire du Parti socialiste, son mouvement est "un parti-entreprise, c'est Berlusconi avec Forza Italia, où un homme décide de tout".
Pour sa soirée de victoire, il choisit une scénarisation à l'américaine et monte sur la tribune avec Brigitte, émue aux larmes, sa famille, ses proches. Mais, symboliquement, c'est avec l'hymne européen qu'il a fait son entrée solennelle dans la cour du Louvre, au coeur de Paris.
"Tout commence", écrit-il par mail à ses soutiens ce soir-là. Le lendemain, dans sa première intervention publique, un message video posté sur les réseaux sociaux, il promet de ne pas être un "président assis" face aux défis immenses qui l'attendent.

Libé
Lundi 15 Mai 2017

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