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L’Institut du monde arabe célèbre la aïta

Longtemps méprisé, cet art suscite de nos jours un regain d'intérêt




Chant populaire féminin grivois, la aïta est aussi une précieuse source d’information pour les historiens et sociologues


La aïta est née dans le Maroc rural du XIXe siècle. Cet art populaire à la surprenante liberté de ton, longtemps méprisé, suscite de nos jours un regain d'intérêt. Dans ce cadre, l’Institut du monde arabe, consacrera le 8 mars prochain tout un programme à cet héritage ancestral. Au menu, table ronde et débats, mais également une soirée spéciale aïta qui sera animée par deux ambassadrices de talent, à savoir Khadija Margoum qui porte le renouveau de la aïta et Khadija El Bidaouia qui incarne l’aspect contemporain du «marsaoui», la variante «portuaire» de la aïta.
Pour ce qui est de la table ronde, elle sera organisée sous le thème «La aïta, art coquin et mutin» et réunira plusieurs intervenants de renom à l’instar d’Izza Génini, productrice et réalisatrice. On lui doit notamment la série de documentaires «Maroc corps et âme», consacrés à divers genres musicaux marocains dont le gnawi, le melhoune ou la aïta. On retrouvera également Brahim El Mazned, inlassable militant de la cause musicale marocaine,   directeur artistique du Festival Timitar d’Agadir, dédié à l’art amazigh, et directeur de Visa For Music à Rabat, plateforme et marché du disque et du spectacle vivant mettant en relief toute la création artistique africaine, moyen-orientale, caraïbe et sud-américaine. Le poète et romancier Hassan Nejmi dont  la thèse sur la aïta fait référence sera également de la partie et le débat sera animé par Rabah Mezouane, chargé de la programmation musicale à l’IMA.
Nommé aïta (le cri ou l’appel) dans les plaines ou «marsaoui» (portuaire) lorsqu’il longe l’Atlantique du côté de la ville de Safi, ce style est né dans les régions agricoles méridionales du Maroc. Surprenant par sa liberté de ton, il cristallise les émois amoureux et personnalise les souffrances et les espoirs du peuple à travers le chant. Avant les années 1950, la aïta se résumait à une expression typiquement rurale, tribale et pastorale. Puis elle s'urbanise et est remise au goût du jour, en particulier grâce à Bouchaïb El Bidaoui et au violoniste Maréchal Kibbo, auteur du fameux «Kutché» repris par Khaled.
Affaire de femmes avant tout, autrefois censurée et méprisée car jugée grivoise, la aïta a pour origine les «cheikhates», des chanteuses populaires aux formes souvent généreuses et aux déhanchements lascifs. Elle constitue aujourd’hui une véritable source historique et sociologique qui renferme une critique acérée de la société à travers l’expression intense, confinant à la tragédie, des sentiments.
Rappelons enfin que si la aïta suscite un regain d’intérêt depuis le début du IIIe millénaire, c’est principalement sous un habillage plus électrique et c’est grâce à une nouvelle génération personnifiée notamment par Oulad Bouazzaoui, Hajib ou encore Daoudi qui ont su donner une nouvelle âme à cet art méprisé durant de longues années.

Mehdi Ouassat
Jeudi 25 Janvier 2018

Lu 1186 fois


1.Posté par ELMCHAOURI le 25/01/2018 16:13
EXCELLENTE INITIATIVE..Pour une analyse approfondie de la musique classique populaire marocaine....A encourager....pour étudiants de doctorats...
BONNE ANNEE MEILLEURS VOEUX
BONNE REUSSITE
BON VENT
HASSAN ELMCHAOURI
SENIOR ECONOMISTE EXPERT
GREENBIOGOLD

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