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“L’Aimance” chez Rita El Khayat revisitée à la Faculté polydisciplinaire d’Errachidia

L’écrivaine est l’auteure de nombreux livres sur la condition féminine dans le monde arabo-musulman




L’écrivaine Rita El Khayat a reçu un bel hommage, les 1er et 2 novembre à Errachidia. L’initiative de l’équipe de recherche «Culture et interculturalité dans la pratique de la littérature» et du master : «Littérature et interculturalité en Méditerranée» ainsi que la licence professionnelle «Enseignement du français» est louable, puisqu’elle a touché un pan des plus «oubliés» de la littérature marocaine d’expression française, à savoir l’œuvre conjuguée au féminin. Organisé sous le thème : « Réception de l’œuvre de Rita El Khayat », ce colloque national avait pour objectif de dialoguer avec des œuvres à travers lesquelles l’auteur défend ses opinions et ses idées par une écriture qui véhicule une réflexion sur la condition de la femme dans un style précis et subtil, loin des institutions féministes qui consacrent plutôt un discours et parfois même une image stéréotypés.
Riche et profonde, son œuvre est plutôt d’intérêt académique certain car elle pose des questions relatives à la psychanalyse, à « l’inter » et à la place de l’être humain dans le monde. Aussi son œuvre ne peut-elle se réduire à un seul registre critique. Les intervenants venant de différentes universités du Maroc ont décortiqué l’œuvre de Rita El Khayat à partir de perspectives multidisciplinaires, ce qui a permis aux étudiants et aux assistants d’en tirer pleinement profit.       
Ce colloque/ dialogue, qui a réuni différents chercheurs, étudiants, entre autres, cristallise cette Aimance. Rita El Khayat n’a pas hésité à donner et à recevoir l’amitié de la part du public. Ainsi, les thématiques les plus diverses ont-elles enrichi le débat, allant de Khatibi à Régis Debray et sa médiologie, comme étude des institutions culturelles. La manifestation scientifique a permis une entrée inédite dans l’œuvre de Rita El Khayat et par conséquent a donné aux étudiants et aux assistants une vision assez claire de son œuvre. La première séance a connu la lecture du témoignage du professeur Saltani Bernoussi qui a exprimé ses sentiments d’amitié intellectuelle, littéraire et philosophique, à l’égard de Rita El Khayat.
Certains chercheurs dont les intitulés ont porté sur l’écriture du deuil et de la révolte, ont choisi d’aborder le tragique dans l’œuvre de Rita El Khayat pour illustrer la souffrance que subit l’être humain et pour mettre plus de lumière sur les défis qu’imposent les lois officieuses de la communauté. D’autres ont choisi d’attaquer «L’Aimance» dans cette œuvre arborescente. «Penser l’aimance», «Penser le féminin» et «Penser l’être» sont les entrées choisies par les intervenants pour rapprocher le public de l’œuvre de Rita El Khayat.  
Le colloque a été clôturé par une conférence de Rita El Khayat où elle a essayé de parler de sa propre expérience en tant que métisse et cosmopolite, et celle de sa mère qui a beaucoup souffert du système phallocratique. Elle n’a pas manqué aussi d’aborder la question de la culture et de l’interculturel. La question de la langue était également au rendez-vous, dans la mesure où l’on pense et l’on vit via et avec une langue. Dans ce sens, Rita El Khayat a affirmé, dans ce sens, que la variété linguistique au Maroc n’est pas un blocage de la rencontre. Au contraire, elle est une véritable richesse pour la culture marocaine. Une culture qu’on ne peut pas schématiser et simplifier dans des moules idéologiques.
Il va sans dire que l’un des moments les plus forts dans l’œuvre de Rita El Khayat est la question de «l’Aimance» définie par Abdelkébir Khatibi comme: «cette langue d’amour qui affirme une affinité plus active entre les êtres, qui puisse donner forme à leur affection mutuelle et à ses paradoxes». En effet, «l’Aimance» comme pratique libère la mémoire de l’être humain du désir matériel et sexuel pour parvenir à une poétique de la reconnaissance mutuelle. Le colloque, dans ce sens,  a été un espace où se pratique cette «Aimance».
L’Aimance désigne cette relation d’amour et d’amitié dépourvue de mauvaise foi. Telle est  la leçon que l’on pourrait tirer de l’œuvre de Rita El Khayat. Une œuvre qui tisse des amitiés à l’image de la «Correspondance ouverte» écrite par Abdelkébir Khatibi et Rita El Khayat entre 1995 et 1999. Cette œuvre épistolaire montre bien la vision de Rita El Khayat. Une telle vision qui fait de l’amour et de l’amitié sa religion.
Tout au long de sa conférence, clôturant le débat, Rita El Khayat souligne: «Seules la beauté et l’intelligence peuvent sauver le monde». De là, apparaît la question «de l’Aimance» non pas comme un simple concept, mais comme une philosophie de la vie, et surtout un mode de vie permettant la coexistence de différentes traces. Les professeurs Atman Bissani et Mohamed Ouhadi, initiateurs de cette importante rencontre scientifique, ont ainsi su marier l’Aimance intellectuelle et l’Aimance humaine, dans la mesure où l’hommage rendu à l’endroit de Rita El Khayat servait le prétexte à un bel échange d’idées et de pensées.

Par Abdelouahed Hajji
Mercredi 7 Novembre 2018

Lu 2137 fois


1.Posté par Lahcen kadi le 10/11/2018 19:38 (depuis mobile)
Bonne continuation

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