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Jiri Drahos, académicien anti-Zeman et candidat à la présidence tchèque


Ma carrière à l'Académie m'a appris à respecter les faits et à promettre seulement ce que je suis vraiment capable de faire



Jiri Drahos, un universitaire centriste et pro-européen aux allures posées, arrivé au second tour de l'élection présidentielle tchèque semble être tout le contraire de Milos Zeman, le président sortant pro-russe connu pour la provocation, l'alcool et le langage frivole.
Ex-patron de l'Académie des sciences, M. Drahos, 68 ans, qui a obtenu au premier tour 26,59% des voix, pourrait battre le chef de l'Etat sortant, de cinq ans son aîné, au second tour prévu les 26 et 27 janvier, grâce aux reports de voix. M. Zeman, lui, a obtenu 38,89% des voix.
Candidat préféré des intellectuels et des grandes villes, cet homme à lunettes et aux cheveux blancs séduit par son élégance et ses manières délicates.
"L'ancrage euro-atlantique de la République tchèque sera l'un des principaux thèmes de ma campagne, dans les quinze jours à venir", souligne-t-il.
Selon lui, le chef de l'Etat devrait "unir la société et non la diviser comme le fait l'actuel président", "apporter de la culture sur la scène politique et oeuvrer pour l'orientation pro-occidentale du pays".
Toujours selon M. Drahos, la "décence n'est pas une faiblesse".
La différence avec le langage souvent impertinent de l'actuel locataire du Château de Prague ne peut pas être plus abyssale.
"J'ai arrêté de fumer à 13 ans", confie-t-il lors d'un débat pré-électoral, en allusion mal voilée au président sortant qui est amateur de cigarettes et d'alcools forts et souffre d'une neuropathie diabétique aux pieds, ce qui l'oblige à marcher avec une canne.
Jiri Drahos passe les premières années de sa vie à Jablunkov, petite ville située non loin des frontières polonaise et slovaque, dans le nord-est du pays.
Il suit des cours de piano et de trompette, mais apprend aussi à travailler dur à la ferme de son oncle.
"A 11 ans, j'ai déjà fauché avec une faux", se rappelle-t-il ajoutant qu'il remuait aussi le fumier et le foin sec.
"Et je suis probablement l'unique candidat à la présidence à savoir comment tuer un lapin", affirme-t-il.
Drahos s'installe à Prague pour étudier la chimie physique à l'Université de chimie et de technologie (VSCHT).
Après avoir rejoint à 24 ans l'Académie des sciences, il refuse d'adhérer au Parti communiste et de collaborer avec la police secrète StB et se voit confiné à un poste de chercheur ordinaire.
Il est cependant autorisé en 1985, à l'époque de la "perestroïka", à faire un stage d'un an à Hanovre en Allemagne, grâce à une bourse accordée par la Fondation Alexander von Humboldt.
"Ma femme et mes enfants ont dû rester à Prague, en otages", a-t-il raconté.
Sa carrière prend un nouvel élan après le renversement fin 1989 du régime totalitaire dans l'ex-Tchécoslovaquie, lors de la "Révolution de velours".
Il devient professeur, puis vice-président de l'Académie des sciences et finalement son chef, entre 2009 et 2017.
"Ma carrière à l'Académie m'a appris à respecter les faits et à promettre seulement ce que je suis vraiment capable de faire. Et puis, bien sûr, l'endurance", explique-t-il.
"Grâce au poste de chef de l'Académie, j'ai déjà eu pas mal d'entretiens avec les hommes politiques", rappelle M. Drahos, réagissant à des reproches de ses adversaires épinglant son manque d'expérience politique.
Ferme partisan de l'appartenance de la République tchèque à l'UE et à l'Otan, Jiri Drahos souhaite que son pays joue un "rôle plus actif au sein de l'UE". Il se dit cependant opposé aux quotas obligatoires de répartition de migrants au sein de l'Union.
Marié depuis 1974 à Eva, bibliothécaire, et père de deux filles, Jiri Drahos est passionné de musique: il joue du piano en duo avec son frère, puis il s'adonne au rock dans un groupe qu'il délaisse pour rejoindre un choeur de chambre, l'année de son mariage.
"Ma femme et moi, nous aimons beaucoup l'opéra. Mais j'écoute aussi Eric Clapton, John Mayall, les Beatles et les Rolling Stones", confie-t-il.
La randonnée pédestre et le ski de fond figurent aussi parmi les violons d'Ingres du candidat à la présidence tchèque, qui parle anglais, allemand, russe et polonais.

Libé
Lundi 15 Janvier 2018

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