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Jeux open world : La promesse d’une liberté de mouvement temporairement suspendue

Pour échapper à l’asphyxie du domicile, les titres sont légion mais ils ne se valent évidemment pas


Chady Chaabi
Jeudi 16 Avril 2020

Jeux open world : La promesse d’une liberté de mouvement temporairement suspendue
 A l’heure où l’extérieur s’est transformé en zone interdite, des dizaines de milliers de personnes se réfugient dans les jeux vidéo. Mais pas n’importe lesquels. Apparu discrètement depuis une dizaine d’années dans des jeux de rôle, communément appelés RPG (Role Playing Games), l’«open world», ou «monde ouvert» n’est plus uniquement une grosse tendance. Il est aujourd’hui le creuset de nos envies d’ailleurs, de liberté et de paysage à perte de vue. Un besoin légitime quand on ne peut plus aller plus loin que son balcon.
Les open world sont des paradis artificiels. La promesse d’une liberté de mouvement temporairement suspendue. Ils sont devenus quasi-incontournables  même pour ceux qui n’y adhéraient pas. Amine peut en témoigner. S’il ne s’est jamais vraiment délesté de son amour pour les jeux vidéo du haut de ses trente ans et malgré une activité professionnelle intense, il concède : «Depuis que je suis confiné, je joue quasi-exclusivement à des jeux en mode ouvert, à l’instar de Yakuza ou Infamous. Mais je dois vous avouer que j’ai un faible pour  The Witcher 3. Une quête grandiose qui me procure un sentiment de liberté. Ça m’apaise».
Amine n’est évidemment pas un cas isolé. Plusieurs gamers marocains partagent le même sentiment : un attrait particulier, plus que d’habitude en tout cas, pour les jeux au monde ouvert. Cette recherche d’une liberté dans les espaces immenses fournie par le monde ouvert n’est pas dénuée de sens surtout que « l’open world est cette utopie du tout est possible », comme l’a expliqué il y a quelques mois lors d’une table ronde Sébastien Genvo, professeur et chercheur à l’UFR sciences humaines et sociales de Metz.  
Idéales pour nos heures confinées, ces échappées à fonds perdu où se mêlent envie réelle et monde imaginaire sont l’apanage du New York de GTA III ou de Florence des Borgia sur Assassin’s Creed II. Sculptées fidèlement avec un sens du détail époustouflant, ces terres numériques demeurent tout de même au service du jeu vidéo et de la quête de son personnage principal. Deux notions capitales, véhiculées par des contraintes et tensions qui vont nécessairement perturber cette promesse de liberté. Une manière d’ajouter un zeste d’imprévu sans lequel les jeux vidéo en open world ne seraient qu’un vaste champ où se promener n’aurait plus aucun intérêt. L’idée peut être intéressante, mais un temps seulement. Le temps que l’ennui envahisse l’esprit du gamer et plombe son moral.  
Pour échapper à l’asphyxie du domicile, les titres sont légion mais ils ne se valent évidemment pas. Au moment d’annoncer la sortie d’un nouvel opus d’Assassin’s Creed, la communication d’Ubisof était avant tout axée sur le cadre, le où et le quand. Une nette fracture avec l’époque où les nouveautés du Gameplay étaient le principal atout de vente. Aujourd’hui, la reproduction minutieuse des espaces prime, agrémentée d’une prégnante volonté de faire de l’open world un parc d’attractions. Une profusion de manèges qui frise parfois le gavage tant les dispositifs se ressemblent et se répètent, destinés à exploiter les capacités souvent surnaturelles du personnage principal mais aussi à divertir en permanence le gamer.
Sauf que voilà, dans Assassin’s Creed, cette liberté est guidée. Dans ce monde ouvert, certaines portes sont fermées. Des zones inaccessibles. Une sorte de confinement dans le confinement. Des restrictions qui peuvent sembler contradictoires avec l’idée de monde ouvert, mais elles visent à conserver l’intérêt des joueurs volages. Et contrairement au nôtre, il suffit de remplir certaines missions pour pouvoir passer au niveau suivant et accéder à de nouveaux territoires jusque-là interdits. D’autant que l’inverse peut s’avérer contre-productif. Un monde ouvert avec trop de liberté et sans aucune contrainte finit par devenir barbant. Dans Morrowind (2002) par exemple, le joueur est livré à lui-même dans un monde presque sans aucune indication. L’expérience est pénible.
Entre les territoires balisés d’Assassin’s Creed et ceux de Morrowind, il existe un juste milieu avec Zelda : Breath of the Wild (2017). « Un jeu qui rend mes journées meilleures. Il assouvit mon envie d’accomplir des missions, d’achever des quêtes, bref il me permet d’avoir des objectifs tout au long de la journée », nous confie Mehdi, 20 ans, confiné depuis plus d’un mois chez lui sans aucun contact avec l’extérieur excepté via le monde onirique de Zelda.
Dans ce titre que l’on doit à la firme japonaise Nintendo, le joueur est lâché au beau milieu d’une gigantesque plaine. Au loin, se dresse un château noir où tout se terminera. Foncer dessus tête baissée est une mauvaise idée. Il faut s’y préparer. Cet équilibre entre le «qu’est-ce que je dois faire ?» et le «qu’est-ce que je sais faire ?», Zelda l’a réussi. De tout le monde ouvert, Breath of Wild est l’un des jeux les plus marquants de ces dernières années. Il a ainsi su comment allier l’espace esthétique et l’espace du level design, soit le processus dans la création de jeu vidéo qui s'occupe de la réalisation des niveaux ou « cartes ». Mais la différence la plus marquante entre Assassin’s Creed et Zelda tient dans le fait que là où la carte se remplit automatiquement d’indicateurs de quête dans Assassin’s Creed, dans Zelda vous n’avez nul autre choix que de disposer vous-mêmes des marqueurs sur les zones qui vous semblent intéressantes.    Enfin, on ne pouvait conclure sans citer la simulation spatiale Elite : Dangerous. Un jeu dont la particularité est de n’assigner aucun objectif au gamer. Libre à lui de choisir son destin entre prendre son petit vaisseau et grimper les échelons des factions dans des combats en ligne ou bien tout simplement de s’acheter un véhicule qui lui permettra d’extraire des minerais sur une ceinture d’astéroïdes et d’en faire commerce. A la lumière de toute cette palette de jeux «open world », vous avez le choix. Vous trouverez certainement un monde ouvert pour faire passer l’amère pilule du confinement.  


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