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Interdit de quitter l'Iran, Mohammad Rasoulof sacré à Berlin

La Marocaine Halima Ouardiri remporte l'Ours de Cristal du meilleur court métrage




Au terme d'une 70ème édition aux accents politiques, la Berlinale a attribué l'Ours d'or à "There is No Evil", film sur la peine de mort du dissident iranien Mohammad Rasoulof, interdit de quitter son pays, et a aussi récompensé un drame sur l'avortement. Le jury présidé par l'acteur britannique Jeremy Irons a remis samedi soir le prix le plus important de cette édition à un absent, déjà primé en 2017 à Cannes pour "Un homme intègre", qui lui avait valu une condamnation deux ans plus tard à deux ans d'interdiction de quitter le territoire et une peine de prison.
Joint par téléphone après la cérémonie, le réalisateur semblait heureux mais fatigué. "Le film est sur des personnes prenant la responsabilité de leurs actes. Le plus difficile quand vous prenez une décision est de la justifier", a-t-il affirmé. Son film, le dernier des 18 en compétition, traite en quatre séquences la peine de mort, un thème tabou en Iran, vue par les bourreaux et par les familles des victimes.
Rasoulof s'étant aussi vu interdire de tourner, il a fallu user de subterfuges pour réaliser le film. "Mohammad en parlait il y a quatre mois, à ce moment, on ne savait pas s'il irait en prison, on a donc décidé de faire au plus vite", a expliqué son producteur Farzad Pak, aux côtés de Baran Rasoulof, actrice et fille du réalisateur. Il a également tenu à saluer devant la presse le courage de toute l'équipe "qui a mis sa vie en danger pour être dans le film".
Confortant sa dimension engagée, la Berlinale a également récompensé "Never rarely sometimes always" de l'Américaine Eliza Hittman, sur l'avortement. Le film a remporté le Grand prix du jury (Ours d'argent). Sans pathos, il suit les traces d'Autumn, 17 ans, qui se rend à New York avec sa cousine pour avorter. La scène la plus forte est celle où une assistante sociale l'interroge sur d'éventuelles violences qu'elle aurait pu subir, selon une échelle allant de "jamais" à "toujours", donnant son titre au film. "Il y a des sujets très en vue aujourd'hui mais nous devons faire nos choix sur la base de l'histoire, sur la façon dont le film fonctionne avec un public", avait prévenu Jeremy Irons, interrogé au sujet du mouvement #MeToo. Après la réapparition d'une interview où il tenait des propos jugés sexistes, l'acteur de 71 ans avait dû faire une mise au point au premier jour du festival, affichant son soutien au droit à l'avortement, au mariage gay et aux mouvements défendant les femmes contre le harcèlement. Cette polémique n'est pas la seule qui a assombri les débuts du festival, le premier avec une nouvelle équipe dirigeante à sa tête: l'Italien Carlo Chatrian, ancien directeur artistique du festival de Locarno, et la Néerlandaise Mariette Rissenbeek. Des révélations sur le passé nazi d'un ancien directeur de la Berlinale les ont contraints à transformer le Prix Alfred-Bauer en Ours d'argent.

Une consécration marocaine
L’Ours de Cristal du meilleur court métrage a été attribué au film marocain "Clebs" de la réalisatrice Halima Ouardiri. Clebs présente un "aperçu d'un monde que nous n'avions jamais vu auparavant », souligne le jury du festival, se disant « très impressionné par les images, la lumière, les couleurs et le son".
"La caméra nous a captivés et nous a placés en plein milieu de l'action ; en plein milieu d'une communauté, d'une coexistence, d'un sentiment d'appartenance entre des centaines d'individus", font observer les membres du jury de cet événement cinématographique, l’un des plus importants en Europe et dans le monde.
"Nous avons pu observer le naturel dans le non-naturel. La vie dans l'enfermement", s'est félicité le jury, ajoutant que le film combine « l'esthétique et la banalité" et raconte "la vie et nous permet de la ressentir et de la comprendre". Dans "Clebs", Halima Ouardiri a posé sa caméra dans un refuge pour chiens errants d’Agadir où des centaines de bêtes à poils sont hébergées en attendant d’être adoptées par une famille.
A travers cette production cinématographique, la réalisatrice met le point sur le quotidien répétitif de tous ces canidés telle une évocation de la vie humaine actuelle. Le film présente, à travers les chiens, une réflexion sur la vie de millions d’êtres humains à la recherche d’une terre d’accueil. Halima Ouardiri est diplômée de l'école de cinéma Mel Hoppenheim de Montréal. Son premier court métrage, Mokhtar, avait remporté le Grand Prix canadien au Festival Regard en 2011, alors que Clebs a remporté le Prix du meilleur court métrage canadien au Festival international du cinéma francophone en Acadie en 2019.

Prix et diversité
Parmi les autres films récompensés, figurent les français "Effacer l'historique" du duo Benoît Delépine-Gustave Kerven, comédie désopilante sur nos habitudes numériques (Ours d'argent spécial pour la 70e édition du festival) et dans un autre registre, "Irradiés" de Rithy Panh, prix du meilleur documentaire, qui confronte le spectateur à des images poignantes d'Hiroshima et de la Shoah. Le Sud-Coréen Hang Sang-soo a enfin été sacré meilleur réalisateur pour "The Woman Who Ran", avec sa comédienne fétiche Kim Min-hee.
L'Italien Elio Germano et l'Allemande Paula Beer ont été récompensés pour leurs rôles respectifs dans "Hidden away", portrait d'un peintre italien marginal et "Undine", fable aquatique et amoureuse de Christian Petzold. "DAU. Natasha", qui a créé la polémique en raison de scènes de violence physique et psychologique, a été primé via son directeur de la photographie, l'Allemand Jürgen Jürges, connu pour ses collaborations avec Fassbinder et Wim Wenders. Il a reçu samedi l'Ours d'argent de la meilleure contribution artistique.
Le film du Russe Ilya Khrzhanovsky fait partie d'un monumental projet expérimental où 400 volontaires ont été filmés pendant deux ans dans une réplique de cité scientifique soviétique, en Ukraine. Une expérience qui a donné naissance à une quinzaine de films sur l'expérience totalitaire.

A.A
Lundi 2 Mars 2020

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