Imad Kansau Il faut du temps pour déterminer les caractéristiques du mutant Omicron


Le docteur Imad Kansau est infectiologue à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart en France. Dans cet entretien, il nous livre son point de vue sur la cinquième vague en France avec l’apparition du nouveau variant Omicron et sur la décision du Maroc de fermer ses frontières.

Youssef Lahlali
Jeudi 23 Décembre 2021

Le débat sur l'obligation vaccinale en France et en Europe est très vif. Le fait d’obliger les gens à se vacciner serait-il une des solutions pour faire face à la cinquième vague de la pandémie ?
 Le débat sur l'obligation vaccinale est soulevé dans de nombreux pays où le sens de la liberté des sociétés est important. Il y a aussi la nouveauté, la crainte de la nouveauté,  la crainte vis-à-vis de la technologie des vaccins ARN messager. Ces vaccins ont suscité la méfiance des personnes déjà à la base anti-vaccins,  mais aussi de celles qui ne savaient pas comment ce type de vaccin pouvait agir et quels étaient ses effets secondaires.   Cette crainte a un   peu grandi dans ces pays et cela  a favorisé la réticence à la vaccination. C'est vrai qu'une obligation vaccinale aurait été beaucoup plus simple. Une fois démontrée son innocuité, c'est-à-dire l'efficacité et la sécurité de ce produit vaccinal, ça aurait été plus simple d'éviter de se retrouver face à des vagues d'infection avec la saturation des hôpitaux. Le débat est posé, il est vrai que des pays comme ceux d'Europe, qui sont les plus libres entre guillemets, commencent à se poser la question d'une obligation vaccinale qui n’est peut-être pas loin.

Comment expliquez-vous cette cinquième vague en France avec un nombre très élevé de contaminations, malgré  le fait que 80% de la population est vaccinée?
Il y a plusieurs raisons. On peut citer le variant Delta du virus qui circule et qui est très contagieux. Il faut quand même comprendre que le vaccin protège des formes graves de la maladie mais pas de l'infection elle-même. Elle peut présenter  des formes légères et modérées, mais on ne va pas empêcher la contamination. En revanche, on va empêcher encore une fois le fait de se retrouver à l’hôpital en réanimation avec des formes graves. C'est une des raisons pouvant expliquer cette situation. Nous pouvons également évoquer  une baisse de l'immunité  quelques mois après  la 2e dose. Cela a été mis en évidence sur le terrain par exemple en Israël et ailleurs. Cela expliquerait justement cette diminution de la réponse immunitaire et donc la possibilité d'être infecté. L’hiver est propice à s'enfermer et donc à moins se protéger. Il y a aussi un relâchement au niveau des gestes barrières.  Rappelez-vous que certaines personnes ne se sont pas assez méfiées de la suite, parce qu’elles se sentaient protégées par la vaccination. La vaccination, comme je vous l'ai dit, n'empêche pas la contamination, il y a eu un relâchement concernant les gestes barrières, le port du masque, le lavage des mains et l'utilisation d’une solution hydroalcoolique. Tout cela a  évidemment contribué à ce qu’à nouveau le virus commence à infecter. Le nombre de cas a augmenté  ainsi que les hospitalisations des non vaccinés.

Que pensez-vous de la décision du Maroc de fermer ses frontières pour faire face à la pandémie et au nouveau variant Omicron ?
Je pense que la décision du Maroc de fermer ses frontières lui laissera le temps pour comprendre comment ce virus évolue en Europe  et dans tous les pays où il sévit. Il faut voir si effectivement il va  prendre le pas et  se disséminer comme le variant Delta,  s’il occasionne des formes graves ou s’il ne représente aucun danger pour les systèmes de santé du pays. Je pense qu’on a besoin de temps pour connaître un peu plus les données concernant le virus, le mutant, sa résistance aux vaccins et évidemment sa capacité infectieuse et à produire des formes graves de la maladie.

Donc il faut du temps pour déterminer les caractéristiques de ce mutant. Après, nous aurons  une idée plus claire pour maintenir ou non cette fermeture. C'est une mesure qui peut être bénéfique pour réduire ou empêcher la circulation massive du virus.

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