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Il appartient au Maroc de défendre ses intérêts comme il l’ entend

La presse espagnole se fait un devoir de citer quelques sources supposées de l’UE, le tout sur fond de menaces


“Le Maroc doit revoir ses relations avec l’Union européenne après les derniers événements de Sebta », a rapporté le journal espagnol El Pais vendredi dernier en se référant à quelque source communautaire dite hautement placée qui croit savoir que l’UE doute de la volonté du gouvernement marocain à préserver les excellentes relations qui lient les deux parties. Il serait même question, ajoute El Pais, de couper des aides financières au Maroc dont le montant total s’élève à 13 milliards d’euros depuis 2007.

Faut-il prendre cette menace au sérieux ? « Pour comprendre ce quis’est passé à Sebta, il faut en revenir à l’essentiel. L’action du Maroc a été au fond motivée par la volonté de défendre son intégrité territoriale. Il ne s’agit en aucun cas d’une instrumentalisation de la question migratoire. En effet, les individus qui sont entrés à Sebta ne sont pas des migrants. Il s’agit bel et bien de citoyens marocains qui sont entrés dans une ville marocaine sous occupation espagnole. Autrement dit, il s’agit bien de Marocains quisont rentrés chez eux », tient à préciser Abdelkrim Belguendouz. Selon cet universtaire et chercheur en migration, les derniers événements de Sebta ont déclenché une série d’interprétations qui ne tiennent pas la route comme celle prétendant que le Maroc veut par là recevoir davantage de subsides de la part de l’Espagne. Un argument qui a été trop amplifié, selon notre interlocuteur, par les médias européens qui n’ont pas hésité à comparer le Maroc à la Turquie d’Erdogan ou à la Libye de Kadhafi, « alors qu’il s’agit de deux contextes complètement distincts. En fait, la nature de chaque contexte et celle des problèmes soulevés dans chacun de ces Etats divergent fortement », nous a-t-il précisé.

Pour notre source, exiger des fonds à l’UE ou à Madrid de la part du Maroc n’a rien d’anormal. « Si le Maroc demande des aidesfinancières, ce n’est pas pour rétribuer ses efforts, mais parce que la lutte contre la migration irrégulière est une responsabilité partagée et le Royaume doit se doter des moyens nécessaires pour assumer sa part de responsabilité. Il est vrai que certaines déclarations maladroites de quelques responsables sèment la confusion et laissent penser que des motivations purement financières guident l’action du Maroc, ce qui n’est pas vrai. La question de la migration et des droits des migrants ne doit, en aucun cas, faire l’objet de marchandage ni d’un côté ni de l’autre. Pourtant, il faut répéter, à qui veut l’entendre, que les derniers événements ont été motivés par des raisons d’ordre politique et non financier. L’UE a déjà essayé par le passé, via certains accords conclus avec le Maroc, d’inclure certaines dispositions qui portent atteinte à l’intégrité territoriale du pays et, face à la réaction ferme du Royaume, elle a été obligée de céder. Aujourd’hui, l’UE va certainement céder », nous a rappelé notre interlocuteur. Et de préciser que « l’idée d’une pression pour avoir plus de fonds n’a rien de consistant et n’a rien avoir non plus avec le fond du problème. En d’autres termes, il ne s’agit nullement de la clé de compréhension de la crise actuelle entre le Maroc et l’Espagne ». Des propos que certains diplomates ont confirmés, selon Telquel, qui a rapporté que ces derniers ont affirmé que le Royaume cherche plutôt« des programmes d’investissement liés à la politique de voisinage, à l’instar des autres pays de la zone »”.

La ministre espagnole des Affaires étrangères, Arancha González Laya, a affirmé le 22 avril dernier devant le Congrès,selon la même source, que l’Espagne s’est efforcée d’obtenir un consensus au sein de l’Union européenne sur le modèle de coopération espagnol et a défendu “des fonds adéquats et prévisibles” pour soutenir son principal partenaire africain. Dans ce sens, Abdelkrim Belguendouz estime que les menaces ayant trait aux aides financières ne sont que de vaines paroles et que si l’UE les met à exécution, elle se tirera une balle dans le pied. A rappeler qu’un document officiel de l’UE, révélé en avril dernier par El Pais, a indiqué que le Maroc est le troisième partenaire qui reçoit le plus de fonds de l’UE pour la gestion de la migration, après la Turquie (6 milliards d’euros depuis 2016) et la Libye (355 millions d’euros depuis 2015). Depuis 2014, Bruxelles a injecté 343 millions d’euros dans des programmes de soutien à la gestion de la migration, dont la majeure partie après le pic historique du nombre d’arrivées de petites embarcations sur les côtes espagnoles en 2018. 

Toutefois, pour Abdelkrim Belguendouz, l’essentiel est ailleurs. Il estime que le Maroc doit tirer la leçon de ce qui vient de se passer. A ce propos, il pense que Rabat doit trancher la question relative à un accord de réadmission avec l’UE. « Il est temps pour dire non à cet accord mis sur la table des négociations depuis 2003. Le Maroc doit déclarer officiellement et une fois pour toutes que la réadmission des ressortissants non marocains est inacceptable pour lui», a-t-il souligné. Et d’ajouter : « Il doit également éviter certaines mesures administratives dans sa gestion de la migration irrégulière qui vont dans le sens des sécuritaires européens (refoulement des migrants, éloignement vers le sud du Maroc, autorisations de voyage électroniques pour certains citoyens subsahariens,…). Il faut revenir à l’essentiel, à savoir à la politique de migration comme elle a été initiée en 2013. Ce dossier doit avoir la priorité de nouveau».

Cependant, Abdelkrim Belguendouz déplore le manque de communication et d’information concernant les derniers événements de Sebta. « Malheureusement, il n’y a pas eu de débat public sur ce sujet même au sein du Parlement.Il ne faut pas oublier que la défense de la cause nationale exige de renforcer le front intérieur », a-t-il conclu.

Hassan Bentaleb

Pour rappel …

En 1956, au moment de l’indépendance du Royaume, les deux présides de Sebta et Mellilia ainsi que les peñones de la côte méditerranéenne n’ont pas été restitués au Maroc. Aussi sa politique extérieure s’est-elle donnée pour objectif de récupérer tous les territoires qui forment son espace géographique. Dès 1961,soutenu par de nombreux pays arabes ainsi que par l’URSS, le Maroc a porté sesrevendications concernant ces deux présides devant l’Assemblée générale de l’ONU. Au début des années 70, les revendications marocaines en faveur de la récupération de ces deux villes occupées sont revenues au premier plan. Cette position figurait aussi dans un mémorandum du ministère d'Etat aux Affaires étrangères sur la question du Sahara marocain : «Pour rappel, alors que l'Espagne revendique, avec insistance, sa souveraineté sur Gibraltar, le Maroc ne peut rester démembré de son territoire sahraoui et des villes de Sebta et Mellilia». En 1987, Feu S.M Hassan II proposait la création d'un comité mixte chargé de réfléchir à l'avenir des deux villes occupées, ce que l'Espagne avait refusé. En 1991, le Maroc et son voisin ibérique signaient le Traité d'amitié, de bon voisinage et de coopération, qui oblige les deux Royaumes à résoudre le différend qui les oppose de manière pacifique.

Libé
Dimanche 23 Mai 2021

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