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Huit ans de présidence Rohani en Iran : De l'euphorie à la déception



Elu en 2013 sur des promesses d'ouverture diplomatique et de libéralisation de la société et réélu triomphalement quatre ans plus tard, le président iranien Hassan Rohani, figure du courant dit modéré, est particulièrement impopulaire au terme de son second mandat. Si elle se concrétise, la victoire annoncée d'avance de l'utra-conservateur Ebrahim Raïssi, sur fond d'abstention potentiellement record dès le premier tour de la présidentielle du 18 juin, consacrerait la faillite de l'expérience Rohani, marquée d'abord par un échec économique. Rohani "voulait libéraliser l'économie iranienne en développant le rôle du secteur privé et en attirant les investissements étrangers", rappelle Thierry Coville, chercheur à l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS) de Paris, mais ce projet a été "complètement piétiné par (l'ancien président américain Donald) Trump". Le 14 juillet 2015, deux ans après l'élection de M. Rohani, la République islamique conclut à Vienne un accord mettant fin à douze années de tensions internationales sur la question nucléaire iranienne. En échange de la promesse de ne jamais acquérir l'arme atomique et d'une réduction drastique de ses activités nucléaires, l'Iran obtient un allègement des sanctions occidentales et internationales qui asphyxient son économie.
A Téhéran, la nouvelle est accueillie par des scènes de liesse dans les rues. Mais en 2018, la décision de M. Trump de sortir les Etats-Unis de l'accord de Vienne et de rétablir les sanctions américaines qui avaient été levées plongent l'Iran dans une violente récession dont les effets seront amplifiés par la pandémie de Covid-19. Cible incessante des critiques des ultraconservateurs, qui accusent le gouvernement d'"inefficacité", notamment face à la crise sanitaire, M. Rohani défend invariablement ses choix en attribuant ses échecs à la "guerre économique" américaine. Les réformateurs, avec l'appui desquels il a gouverné, lui reprochent d'avoir abandonné une grande partie de ses promesses électorales, en particulier sur la question des libertés civiles et individuelles. M.Rohani est ainsi critiqué pour son échec à obtenir la levée de l'assignation à résidence de Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, les dirigeants du mouvement de contestation de la réélection de l'ex-président Mahmoud Ahmadinejad en 2009. A sa décharge, le bilan de M. Rohani "doit être jugé à l'aune des(...) pouvoirs" dont dispose le président, fait remarquer le journaliste Ahmad Zeidabadi. C'est en effet le guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei, qui concentre l'essentiel du pouvoir en Iran, et l'influence du président est fortement limitée par d'autres institutions comme les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la  République islamique, ou l'Autorité judiciaire. Ainsi, en ce qui concerne Internet, le gouvernement Rohani a amélioré l'accès et la qualité du service en augmentant la bande passante. Mais il n'a jamais pu obtenir le déblocage de Twitter et de Facebook comme il l'avait promis, et la majeure partie du web mondial reste inaccessible en Iran sans logiciel anti-censure (VPN). Si la police des moeurs est moins présente dans la rue, un mouvement dénonçant l'obligation faite aux femmes de se voiler dans l'espace public a été sévèrement réprimé en 2018. Tout comme ont été matées dans le sang deux vagues de contestation populaire à l'hiver 2017-2018 et en novembre 2019. Plusieurs figures de la défense des droits humains, et des droits des femmes en particulier,restent emprisonnées, un certain nombre ayant vu leurs peines de prison alourdies. "Sur le plan politique, la classe moyenne éduquée des grandes villes est globalement très déçue de Rohani", dit M. Coville à l'AFP. "Les gens comprennent ce qui s'est passé mais ils auraient attendu qu'il 'résiste' plus aux 'avancées' des radicaux." Analyste conservateur, Hossein Kanani Moqadam estime auprès de l'AFP que M. Rohani a contribué lui-même à se marginaliser en faisant le vide autour de lui pour ne s'appuyer plus que sur un cercle restreint de fidèles, entraînant le "gouvernement dans une impasse politique". "Le plus grand succès" du président sortant est d'avoir négocié "un compromis diplomatique avec Washington dans le cadre des lignes rouges du régime" iranien, dit à l'AFP Clément Therme, chercheur associé à l'Institut universitaire européen de Florence, et son "principal échec demeure (l')affaiblissement de la classe moyenne et (des) révoltes des classes populaires" minées par la crise.

Libé
Mardi 15 Juin 2021

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