Gianluigi Buffon. Eternel numéro un


Libé
Vendredi 4 Août 2023

Gianluigi Buffon. Eternel numéro un

Ils sont définitivement raccrochés, ces gants qui ont fait l'histoire du calcio et soulevé une Coupe du monde: avec la retraite mercredi de Gianluigi Buffon, 45 ans, recordman du nombre de matches en sélection et en championnat, l'Italie dit au revoir à une légende du football.

Juste avant que Zinédine Zidane ne voie rouge en finale de la Coupe du monde 2006, "Gigi" avait déjà brisé les rêves du N.10 des Bleus en détournant d'une main ferme sa tête puissante, pendant l'irrespirable prolongation de Berlin.

Avec la fierté qui est la mienne, je n 'accepterai jamais de faire des performances moyennes

Quelques minutes plus tard, lors des tirs au but (1-1 a.p., 5-3 t.a.b), la barre de Buffon a renvoyé la frappe de son coéquipier turinois David Trezeguet et offert aux Azzurri la Coupe du monde.

Avec Fabio Cannavaro, Andrea Pirlo ou Francesco Totti, "Superman" entre ce 9 juillet 2006 dans la légende du football italien, dont il aura été l'une des figures familières pendant près de 30 ans, entre 1995 et 2023, disputant aussi la finale de l'Euro-2012.

Le natif de Carrare (Toscane) est le recordman des sélections (176, entre 1997 et 2018) avec la Nazionale, avec qui il a disputé cinq Coupes du monde (entre 1998 et 2014). Il a dit "ciao" aux Azzurri quand il a su qu'il n'en disputerait pas une sixième, après une douloureuse élimination en barrages contre la Suède.

Il est aussi le joueur ayant disputé le plus de matches dans le Championnat d'Italie (657, en date du 30 juin 2023), avec seulement deux clubs: Parme, le club de ses débuts, avec qui il a gagné la Coupe de l'UEFA (ex-Ligue Europa) en 1999 et la Juventus, avec qui il a raflé dix titres de champion.

"Il ne joue pas parce que c'est mon ami, il joue car c'est un monument du football mondial, il l'a prouvé et continue à le prouver", affirmait fin 2020 Andrea Pirlo, alors entraîneur de la Juve, pour expliquer pourquoi Buffon était toujours aligné en Ligue des champions, à 40 ans largement passés.

Jusqu'au bout, même après avoir quitté les Bianconeri pour retourner en 2021 à Parme, alors retombé en deuxième division, "Gigi" est resté exigeant avec lui-même.

"Avec la fierté qui est la mienne, je n'accepterai jamais de faire des performances moyennes", disait-il en 2022 à l'AFP, à presque 45 ans, sans éluder la retraite: "L'après, j'y pense depuis dix ans. Mais tant que j'ai l'énergie et les ambitions actuelles, je continue. Ensuite, il y aura ce que dit le corps."

Cette exigence a toujours été la marque de fabrique de ce portier doté de toutes les qualités du grand gardien: taille (1,92 m), détente, sang-froid, rapidité.

Ce poste à part, il ne l'a pourtant adopté qu'à l'âge de douze ans, impressionné par le flamboyant portier camerounais Thomas N'Kono pendant le Mondial-1990 en Italie.

Quand en 2001, la Juve casse sa tirelire pour Buffon (il est alors le gardien le plus cher de l'histoire), elle n'aura pas à le regretter, tant le portier va devenir son emblème, restant même au club quand la "Vieille Dame" est rétrogradée en Serie B en 2006 à la suite du scandale Calciopoli.

Avec la Juve, le gardien aux yeux bleus et aux cheveux savamment gominés a quasiment tout gagné sauf la Ligue des champions, avec trois finales perdues (2003, 2015, 2017).

"Ça bourdonne toujours dans la tête. Je m'en suis approché tellement de fois que c'est une grosse déception de ne pas l'avoir attrapée par les oreilles", disait-il à l'été 2020.

La Ligue des champions lui a aussi joué un mauvais tour lors de son bref passage au Paris SG (2018-2019), quand il a laissé échapper un ballon qui a contribué à l'élimination surprise des Parisiens face à Manchester United en 1/8.

Revenu en Italie, il a surtout cherché à transmettre son expérience, en remplaçant de luxe à la Juve puis de tuteur à Parme, tenant désormais le rôle de "sage" dans le football moderne. Comme lorsqu'il avait fait taire des sifflets visant l'hymne français avant un match à Bari en 2016, en se mettant à applaudir, imité par ses coéquipiers puis par tout le stade.

Un Buffon assagi bien loin des provocations de jeunesse, quand il avait arboré un maillot frappé du N.88, un numéro pouvant signifier "Heil Hitler" dans la mouvance néo-nazie, même s'il s'était défendu de l'avoir fait pour cette raison.

Entretemps, l'homme a beaucoup évolué, racontant avoir souffert en 2004 d'une sévère dépression pendant plusieurs mois. Et sur la fin, son unique ambition était de prolonger le plaisir, en veillant surtout à ne pas faire la saison de trop. Car un tel gardien ne pouvait pas rater sa dernière sortie.



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