Éric Zemmour menacé de poursuites judiciaires par un éditeur marocain


C.C
Mardi 9 Novembre 2021

L’affaire fait grand bruit et met dans l’embarras l’un des futurs candidats à l’élection présidentielle française en 2022. Une affaire d’image et de valeurs. Abdelkader Retnani, fondateur et directeur des éditions marocaines “La Croisée des chemins”, a dû s'étrangler lorsqu’il s’est aperçu que le nom de sa société est repris par Eric Zemmour pour son site Internet. Encore faut-il le rappeler, l’essayiste français traîne une sulfureuse réputation. Dans ce monde où les amalgames sont légion, Abdelkader Retnani s’inquiète, à juste titre, que son fonds de commerce soit associé au site de Zemmour. Et pour cause, l’écrivain français a baptisé son site internet : “croiseedeschemins-ez.fr”. Soit à trois caractères près, celui de la maison d’édition marocaine “lacroiseedeschemins.ma”. Suffisant pour déclencher “des poursuites au civil contre l'essayiste pour utilisation frauduleuse d'une marque”, a expliqué au Figaro Hubert Seillan, l'avocat de l'éditeur marocain, confirmant ainsi une information du magazine littéraire ActuaLitté. Toujours dans les colonnes du Figaro, Me Hubert Seillan n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer la gravité de la situation : “Ce Zemmour porte atteinte à l'honorabilité de cette maison qui a édité beaucoup de livres, notamment sur les droits de la femme au Maroc ou au Maghreb, ou encore sur la liberté religieuse. Il s'agit de la plus importante société d'édition du Maroc et elle est profondément engagée sur les valeurs démocratiques». Mais comment en est-on arrivé là ? Les prémices de cette histoire sont en rapport avec le livre d’Eric Zemmour “La France n'a pas dit son dernier mot”. Au moment de le publier, l’essayiste a essuyé plusieurs refus, dont celui d'Albin Michel. Dos au mur, Zemmour décide alors de s'auto-publier via sa propre société, Rubempré. C’est à ce moment qu’il a eu l’idée de créer ladite plateforme web, non seulement pour assurer la distribution de l'ouvrage mais aussi pour signaler les séances de dédicace. C’est ainsi que le site “croiseedeschemins-ez.fr” a été mis en ligne. Mais cette adresse Web est composée aux trois quarts du nom de la société d’édition marocaine fondée en 1980 à Casablanca. Un impair aux yeux d’Abdelkader Retnani, d’autant que sa maison d’édition prône des valeurs aux antipodes de celles du polémiste. «La maison d'édition casablancaise “La Croisée des chemins” existe depuis quarante années déjà et sa ligne éditoriale repose sur le vivre-ensemble et la tolérance», a tenu à préciser Abdelkader Retnani dans un entretien accordé à nos confrères de L'Opinion, mais sans pour autant franchir le pas et accuser Éric Zemmour d'avoir sciemment repris le patronyme litigieux. Certains diront que le sujet n’en est pas vraiment un. Et que la situation s’apparente à de l’excès de zèle. Mais l’éditeur marocain refuse tout simplement “que le nom de la maison d'édition soit lié à une personne qui veut faire expulser tous les musulmans et arabes» et il en a tout à fait le droit. Dans le Figaro, on apprend que son avocat, Hubert Seillan, a adressé le 28 septembre dernier un courrier à l'ex-journaliste, le sommant de «cesser cette utilisation» considérée comme abusive et qui pourrait aussi prêter à confusion, comme l’a souligné Hubert Seillan dans la lettre envoyée et consultée par Le Figaro “L'ancienneté des éditions La Croisée des chemins, la qualité des milliers d'ouvrages diffusés en Europe, en Afrique et dans la francophonie, lui confèrent une notoriété suffisante pour que des confusions s'établissent dans l'esprit du public”. Et d’ajouter : “Or les engagements philosophiques de la maison d’édition sur les thèmes de la liberté religieuse, d'une interprétation contextuelle des Ecritures, sur les libertés fondamentales et notamment pour les femmes, sur le vivre-ensemble et la tolérance, sont si fortement opposés aux vôtres, qu'elle considère que votre choix correspond à une usurpation». Pour le moment, c’est silence radio du côté de Zemmour. En attendant, Abdelkader Retnani n’en démord pas. Son conseiller juridique a indiqué la volonté de son client d'assigner l'ancien journaliste en justice afin d'obtenir le retrait du nom du domaine.


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