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Entretien avec Abderrahmane Zitouni, président de l’Association des marins de la pêche artisanale de Sidi Ifni : “Nous devons investir dans l’élément humain et préserver nos ressources halieutiques”




En marge
de la journée d’études organisée
dernièrement  à  Agadir
par la Chambre des pêches maritimes de l’Atlantique-centre en partenariat avec le ministère de l’Agriculture et des Pêches maritimes, nous avons eu un entretien avec Abderrahmane Zitouni.
 
Libe: Quand a été créée l’association que vous présidez?

Abderrahmane Zitouni : Elle a été créée il y a six ans par les marins de la pêche artisanale de Sidi Ifni.

- Quelles sont ses principales actions dans le domaine social?

- Chaque année, à l’occasion de la rentrée scolaire, l’association distribue des cartables et des fournitures scolaires aux enfants de ses membres. Nous distribuons en moyenne 100 à  200 caratbales par an. Cette année, nous en avons distribué 230.

- Et en matière de santé, en quoi consiste l’intervention de l’association?

- Nous venons en aide à nos adhérents toutes les fois qu’ils en ont besoin. Et à titre d’exemple, nous avons financé 4 opérations chirurgicales en faveur de quatre de nos membres dont l’une a coûté 20 000 DHS. C’est également l’association qui finance la circoncision des enfants de nos marins. De plus, chaque membre malade bénéficie d’une aide pour l‘achat des médicaments à hauteur de 30% du montant global de l’ordonnance délivrée par le  médecin traitant.

- En cas de perte ou de destruction de son embarcation, est-ce que le membre bénéficie d’un soutien quelconque de la part de l’association ?

- Oui. Chaque marin dont l’embarcation est détruite ou perdue en mer reçoit une aide d’un montant de 60% du prix de la réparation ou de la construction.

- Pour faire face à toutes ces dépenses, l’association a certainement besoin de fonds. D’où viennent-ils?

- Nous avons inculqué à nos adhérents de grandes valeurs de solidarité, et de coopération. Et si nous avons pu venir en aide à ceux d’entre eux qui sont dans le besoin, c’est bien grâce  à l’argent provenant du prélèvement de 0, 5% effectué sur le produit de la  vente du poisson pêché par chaque adhérent. 

-Combien d’adhérents avez-vous jusqu’à présent?

-Nous en avons actuellement près de 140 et nous continuons encore à enregistrer de nouvelles adhésions. Je pense que nous sommes sur la bonne voie.

-Plusieurs coopératives et associations dans le secteur rencontrent de vrais problèmes. Quel est le secret de votre réussite?

-Le secret de la réussite d’une association se résume en: une gestion démocratique et transparente, et une formation de ses  ressources humaines, car c’est la bonne gestion des ressources humaines et financières qui garantit la réussite du travail associatif.  Nous nous réunissons régulièrement et nous tenons nos assemblées générales dans les délais prévus par nos statuts.  Malheureusement, la plupart des gens évitent de  prendre des responsabilités dans ce domaine, nous sommes souvent obligés de faire pression sur nos membres pour qu’ils s’investissent dans ce domaine.  C’est donc là le secret de notre réussite alors que dans d’autres régions, les candidats se bousculent au portillon et rencontrent beaucoup de problèmes de gestion liés soit à l’analphabétisme, soit à une mauvaise gouvernance faute de formation administrative et financière.  C’est ce qui nous empêche justement d’aller de l’avant dans notre secteur.

-Quels sont vos projets d’avenir?

-Nous travaillons actuellement sur un dossier concernant l’habitat social destiné à nos membres.  Nous avons déjà trouvé deux parcelles de plus de deux hectares chacune, et nous sommes en pourparlers avec les propriétaires pour leur acquisition. Mais pour la réalisation de ce grand projet, il faut des partenaires comme la Région, l’INDH, le ministère de l’Habitat, de l’Urbanisme et de l’Aménagement de l’espace, le ministère des Pêches maritimes…Nous voulons que chaque membre de notre association puisse vivre dans des conditions décentes. La stabilité sociale et matérielle sont les garants du développement de ce secteur.  Nous espérons que ce projet puisse voir le jour.  C’est là le vœu le plus cher de tout les marins de notre association. Car aujourd’hui, 90% des marins-pêcheurs de Sidi Ifni souffrent des lourdes charges de loyer.

-Quelles sont vos impressions à l’issue de cette journée d’études?

-Certes, il y a des problématiques à résoudre dans le secteur des pêches maritimes. Et il est vrai que le ministère fait tout pour répondre à nos attentes en tant que professionnels du secteur.   Mais si chacun continue à travailler dans son petit coin, nous n’arriverons à rien.  Ce sont des rencontres de ce genre (ndlr. la journée d’études en faveur des coopératives de la pêche  artisanale)qui vont nous permettre de trouver les solutions appropriées à tous nos problèmes. Aujourd’hui, chacun a son problème : il y a le problème du gas-oil, de l’habitat, de l’adminsitration, de la communicartion, de la formation…Mais  le gros problème  à mon avis, c’est la préservation de nos  ressources halieutiques. Le ministère doit plancher là-dessus et penser à l’avenir du Maroc parce qu’il s’agit là d’une richesse nationale qui appartient à tous les Marocains et qu’il faut préserver par tous les moyens. Et on ne peut le faire tant qu’on continue à négliger les hommes et les femmes qui travaillent dans ce secteur et qui doivent pouvoir vivre de leur travail dans la dignité. Aujourd’hui, lorsqu’un marin meurt, on est tous obligés de trouver de quoi lui payer un linceul. Donc, les défis qui nous attendent sont grands, et nous souhaitons aussi que les moyens d’information (presse écrite, radios et télévisions) s’ouvrent davantage sur notre secteur, car en mettant le doigt sur ses disfonctionnements, la presse participera ainsi à son évolution. Donc, pour moi le rôle de l’information est capital. Et je l’ai d’ailleurs souligné dans mon intervention lors des débats».

Propos recueillis par M’BARK CHBANI
Lundi 3 Janvier 2011

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