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Désintox : Quand Le Desk participe à la théorie du complot

L’enquête bâclée d’Ali Amar




Désintox : Quand Le Desk participe à la théorie du complot
Le 30 avril 2020, Ali Amar, Directeur de publication du journal électronique Le Desk a publié un article dans sa rubrique « Enquête » dans lequel il prétend « retracer les péripéties de cette affaire (à savoir l’avant-projet de loi dit anti-fake news) qui remonte à une réunion tenue le 12 mars entre le RNI et l’USFP où l’idée d’un texte liberticide servant les intérêts privés de Aziz Akhannouch a été relancée... ». Avec une telle introduction, comment résister à l’envie de s’abonner au Desk pour accéder à l’enquête réservée à ses abonnés…
En réalité, si l’article est classé dans la catégorie « enquête », c’est probablement par erreur, car Ali Amar ne fait dans cet article que construire une théorie du complot dans le classique du genre, en partant d’un événement réel pour laisser libre court à son imagination et construire une histoire de toutes pièces afin d’atteindre une conclusion préétablie par le complotiste. Un événement réel et une photo vont permettre au Desk de construire sa théorie  : (1) l’existence d’une réunion le 12 mars 2020 au siège national de l’USFP entre ce dernier et le RNI, et (2) la mine qualifiée de « renfrognée » par l’article de M.Aujjar sur la photo de groupe à la fin de la réunion.
Concernant le premier élément, ce n’était pas la peine pour l’auteur de lancer sa machine d’investigation pour tout savoir sur la réunion du 12 mars entre l’USFP et le RNI : les pages et sites officiels de l’USFP ont publié le communiqué de presse en arabe et son résumé en français. Toute la presse papier et électronique, partisane et non-partisane a relayé l’information et a repris et analysé comme il se doit (et plus s’il en faut) le communiqué de presse publié par les deux partis.
Mais un paragraphe particulier du communiqué a attiré l’attention de l’enquêteur du Desk. Il est encerclé en rouge dans son article pour attirer l’attention du lecteur sans vraiment comprendre pourquoi...
Car le paragraphe du communiqué en question mentionne simplement la nécessité « d’engager une réforme globale et profonde de la politique pénale en conformité avec les principes constitutionnels et qu’elle puisse participer au renforcement (et non la garantie comme le traduit Le Desk) des droits et des libertés».
Le raisonnement de l’auteur de l’article qui lui a permis de déduire de la phrase « participer au renforcement des droits et des libertés » qu’il s’agissait de la préparation d’un avant-projet de loi visant notamment à limiter les libertés et droits en interdisant purement et simplement l’appel au boycott des produits sur les réseaux sociaux, restera un mystère que seul un complotiste professionnel peut expliquer…
Revenons à l’« enquête » du Desk. Aucun journaliste du site n’a tenté de joindre l’USFP ou son Premier secrétaire. L’article ne fait aucune référence aux multiples déclarations sur le sujet des membres du Bureau politique de l’USFP dont certains ont assisté à la réunion du 12 mars, et qui ont tous fermement nié avoir abordé le sujet de cet avant-projet de loi lors de cette réunion.
Pour rappel, et afin de compléter l’enquête d’Ali Amar, en février et mars 2020, le Maroc connaissait un débat sur la nécessité d’une réforme du Code pénal dans le sens du renforcement des droits et libertés individuels. Pour détourner l’attention de ces revendications de réformer le Code pénal dans sa globalité y compris les articles relatifs à l’exercice des droits et libertés, une frange du PJD avait prétendu que le blocage de la réforme du Code pénal était dû à un article sur l’enrichissement sans cause… Une manœuvre grossière mais qui marche encore une fois à en juger par les conclusions de l’« enquête » du Desk !
La réunion du 12 mars avait également pour but de discuter la réforme des lois électorales. Une petite recherche dans les articles publiés dans cette période lointaine qu’est le pré-confinement, fin février début mars 2020, aurait permis au journaliste enquêteur de constater que l’USFP à travers son Premier secrétaire avait remis sur le devant de la scène la question de la révision des lois électorales. Une revendication partagée par les partis de l’Istiqlal et du PPS et reprise dans la presse à travers de multiples articles encore une fois et une interview télévisée du Premier secrétaire de l’USFP sur Medi1tv.
Malheureusement, dans son « enquête », Ali Amar ne mentionne aucune de ses informations.  Quant au deuxième élément, « la mine renfrognée » de Mohamed Aujjar, pas de commentaires car, contrairement au Desk, nous n’avons pas pu enquêter sur l’historique des expressions faciales de l’ex-ministre de la Justice pour pouvoir arriver à une quelconque conclusion.
L’article du Desk mentionne pour finir le mémo du ministre en charge des droits de l’Homme qui « pilonne » selon l’article l’avant-projet de loi. Nous renvoyons le lecteur à l’analyse juridique approfondie effectuée par Maître Abdelkebir Tabih (avocat au barreau de Casablanca) qui pilonne à son tour ce mémo du ministre et la manœuvre grossière qui tente de faire passer ceux-là même qui ont manifesté contre les campagnes de boycott en 2018 pour des défenseurs des libertés.  Que reste-t-il de l’enquête d’Ali Amar ? Rien. Cet article du Desk ne pourrait même pas être sauvé en le qualifiant d’analyse, ou d’opinion. C’est au mieux de l’amateurisme au pire de la propagande.

Lundi 4 Mai 2020

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