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Des réseaux sociaux à la télévision: La reconversion controversée des influenceurs marocains

Vendredi 7 Juillet 2023

C'est la tendance du moment sur la planète télé: ces "stars" des réseaux sociaux qui débarquent dans des séries et sitcoms pour devenir des vedettes du petit écran que les boîtes de production s’arrachent. La tendance se confirme d’une année à l’autre, surtout pendant le Ramadan qui est la haute saison de la production télévisuelle.

A côté des comédiens vétérans, connus et reconnus, les Marocains ont eu l’occasion de découvrir ces dernières années de nouveaux visages campant des rôles importants (parfois même des rôles titres) dans des fictions diffusées pendant les heures de pointe.

S’ils sont de parfaits inconnus pour les téléspectateurs d’un certain âge, habitués à l’ancienne génération d’acteurs, ces jeunes sont des célébrités sur YouTube, Instagram, Facebook et TikTok. où leurs comptes totalisent des dizaines voire des centaines de milliers d’abonnés, essentiellement des jeunes de la génération Z.

Depuis “Salamat Abou al Banat”, série fleuve de cinq saisons diffusée depuis 2020 sur MBC5 en passant par “Yacout w Anbar” (Al Aoula, Ramadan 2020), “Bnat El Assass” (Al Aoula, Ramadan 2022) et, tout récemment, “Triq Lward” (2M, Ramadan 2023), les “influenceurs” ont fait une entrée remarquée sur le petit écran.

Entrée ou intrusion ? Les avis divergent, entre ceux qui apprécient le recours par les réalisateurs et les producteurs aux célébrités du web, voyant là un signe d’ouverture et de modernisation, et ceux qui grincent des dents, considérant qu’il s’agit, ni plus ni moins, d’une solution de facilité pour faire grimper l’audience aux dépens des acteurs professionnels qui sont relégués au second plan.

Ces derniers temps, plusieurs artistes sont montés au créneau, via des posts sur leurs comptes Facebook ou Instagram, pour dénoncer le “phénomène” de ces influenceurs qui s’improvisent acteurs “sans connaître le b.a.-ba du métier”, faisant, selon leurs dires, de la “concurrence déloyale” à des comédiens attitrés qui ont suivi des études de plusieurs années pour se retrouver en fin de compte au chômage technique.
 
 Entre Internet et télévision, une migration dans les deux sens
 
 “Un faux débat”, rétorque Khalid Nokri, directeur général de la boîte de production “Disconnected”. “On parle d’une poignée de personnes, tout au plus une dizaine, qui ont migré ces dernières années des réseaux sociaux vers la télévision. Ce n’est donc pas un phénomène comme il ressort de certains discours qui versent dans la surenchère et l’alarmisme. Est-ce cela qui va bouleverser le paysage télévisuel marocain et acculer à la retraite les artistes professionnels ? Je ne le crois pas”, présume-t-il dans une déclaration à la MAP.

Pour lui, un réalisateur ou un producteur “a toute la latitude pour chercher, parmi les influenceurs et les standuppeurs qui s’illustrent sur YouTube ou Instagram, un profil particulier qu’il n’arrive pas à trouver en utilisant les canaux traditionnels”.

 “C’est le propre de leur métier; il ne faut pas s’en indigner, de la même façon qu’on ne devrait pas s’offusquer de voir des comédiens connus changer de peau pour devenir des influenceurs et faire la publicité pour des marques commerciales. Ils sont beaucoup plus nombreux et pourtant, ils ne suscitent pas autant de controverse”, argue-t-il.

Saâd Chraibi, réalisateur et scénariste marocain contacté par la MAP, voit la question sous un angle tout à fait différent. Pour lui, abstraction faite du nombre des célébrités d’Internet qui migrent vers le petit écran, c’est le principe en lui-même qui est contestable.

 “Un acteur doit rester un acteur, un influenceur doit rester un influenceur. Chacun a son métier et son terrain de jeu. Un producteur de contenu sur Internet qui n’a aucune connaissance du domaine n’a pas vocation à jouer dans un film ou un feuilleton au même titre que quelqu’un qui a reçu une formation académique dans les règles de l’art. Cet amalgame est inadmissible”, décrète-t-il dans une déclaration à la MAP.
 
 Talent vs formation: l’art entre l’inné et l’acquis
 
La formation est-elle une condition sine qua non pour devenir un acteur accompli ? Que dire alors d’une génération de pionniers, adulés par les Marocains, qui ne sont pourtant jamais passés par une école de cinéma ?

Cet argument repris en boucle par le “camp” des défenseurs de l’ouverture de la télévision aux producteurs de contenu sonne faux aux oreilles de Saâd Chraïbi. “Je ne prétends pas que tous les acteurs qui sont présents aujourd’hui sur la scène sont des lauréats de l’ISADAC ou ont été formés pour devenir acteurs. Par contre, beaucoup d’entre eux justifient de 10 ou 15 ans de pratique, certains ont fait du théâtre, d’autres se sont payés des formations… L’essentiel c’est qu’il y a un travail sur soi et une passion derrière, ce qui n’est pas le cas pour ces influenceurs qui s’immiscent dans un domaine qui n’est pas le leur juste pour devenir célèbres et amasser de l’argent”, tranche-t-il.

A son tour, Khalil Damoun, écrivain et critique de cinéma contacté par la MAP, considère que dans le métier d’acteur comme dans bien d’autres, “la formation est incontournable et il n’y a pas de place pour l’improvisation”.

 “Entrer dans la peau d’un personnage pour transmettre le plus fidèlement possible ses états d’âme, ses tribulations et ses ambivalences, n’est pas chose aisée. Pour maîtriser cet art, il faut beaucoup de temps et de formation”, avance-t-il, précisant qu'"il ne s’agit pas seulement de suivre une formation initiale, purement académique, mais aussi une formation continue pour rester à jour et pouvoir s’adapter aux évolutions enregistrées dans ce domaine”.

Pour ce qui est de l’ancienne génération d’acteurs dits autodidactes, le critique de cinéma rappelle que du temps de ces vétérans, il n’y avait pas d’écoles de cinéma et d’art dramatique comme c’est le cas aujourd’hui. “Du coup, les comédiens de l’époque avaient pour seule école le théâtre amateur, une véritable pépinière de talents qui a donné naissance à de grands acteurs ayant marqué le paysage cinématographique et télévisuel marocain. C’est sur les planches et, par la suite, sur les ondes de la radio nationale que cette première génération d’acteurs a fait ses armes et a acquis la maturité et l’expérience nécessaires avant d’investir le petit et le grand écran. C’est justement cette expérience de terrain qui fait défaut à cette nouvelle génération d’acteurs venus du monde virtuel”, soutient-il.
 
“On ne naît pas artiste, on le devient”
 
S’il est vrai que certaines stars et starlettes du web prennent à la légère la chose, confondant la salle de séjour où elles filment leurs vlogs aux plateaux de tournage et leur communauté de fans au public, beaucoup plus large et éclectique, de la télévision, il n’en demeure pas moins que d’autres ont fait preuve d’un talent et d’une persévérance tels qu’ils ont pu conquérir le téléspectateur marocain, connu pour être très exigeant.

"On ne naît pas artiste, on le devient. Et c’est en forgeant qu’on devient forgeron !", déclare à la MAP Rabii Skalli, jeune vlogeur qui s’est fait connaître par ses vidéos humoristiques sur YouTube et Instagram avant d’embrasser une carrière d’acteur.

 “Je n’ai rien contre les lauréats des instituts et écoles spécialisés. Ils devraient avoir la priorité dans les castings parce qu’ils ont passé des années de leur vie à étudier et apprendre le métier. En même temps, il serait injuste de fermer la porte aux jeunes talentueux et passionnés qui n’ont pas eu la chance, pour des raisons financières, géographiques ou autres, d’intégrer l’ISADAC par exemple”, tempère le jeune comédien qui a multiplié les rôles dans des feuilletons à succès tels que “Domouaa Ouarda”, “Yacout w Anbar” et, tout récemment, “Aicha”.

Et d’ajouter: “Si on a du talent qu’on cherche à développer en s’inscrivant par exemple à des ateliers de théâtre, et si on est animé par une véritable passion plus que par le désir de devenir riche et célèbre, alors on a les atouts qu’il faut pour percer dans le domaine. D’ailleurs, plusieurs monstres sacrés du cinéma mondial ont débuté comme amateurs et ont persévéré et travaillé sur eux-mêmes pour devenir ce qu’ils sont aujourd’hui”.

Dans cette polémique sur le caractère légal ou illégal de la “migration” des producteurs de contenu de l’Internet à la télévision, chacun y va de ses arguments. Souvent radicales, les positions des uns et des autres se focalisent, la plupart du temps, sur le principe lui-même et s’attardent peu sur le rendu final, c’est-à-dire dans quelle mesure les nouveaux venus ont pu apporter une plus value au domaine et convaincre par leur jeu d’acteur. Là-dessus, c’est le public qui a le fin mot.

Par Meriem Rkiouak (MAP)  

Libé

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