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Des centaines de migrants évacués de “leur” gare routière casablancaise

Ils occupent les lieux depuis des années, le flou règne, cependant, sur leur prochaine destination




Il est 9h00. Une scène inhabituelle se déroule sur la route d’Oulad Ziane, notamment au niveau de la gare routière et de ses alentours : circulation bloquée, forces de l’ordre en nombre disséminées  partout, migrants subsahariens en colère et en perpétuel mouvement et des badauds qui suivent avec intérêt les échanges, un peu tendus, entre les policiers et ces migrants.
« Nous avons été surpris ce matin, précisément vers 8h00, par une décente impressionnante des forces de l’ordre qui nous ont demandé d’évacuer les lieux. Pour aller où ? Personne ne le sait. Elles se sont contentées de nous ordonner de quitter immédiatement la gare routière d’Oulad Ziane sans plus», nous a déclaré un migrant irrégulier rencontré sur place. « Nous n’avons pas où aller. Au moins à la gare, nous avons un lieu sûr où dormir, manger ou s’adonner à de petits commerces pour survivre », nous a indiqué un autre.
Pourquoi les autorités ont-elles procédé à une telle évacuation ? « Les policiers nous ont expliqué que les habitants du quartier ne veulent plus de nous. D’ailleurs, il y a trois jours, ces mêmes habitants ont manifesté leurs réticences à propos de notre présence. Mais, nous ne voulons pas rester ici. Nous ne l’avons pas choisi. Notre destination est l’Europe et nous demandons aux autorités marocaines de nous laisser partir », nous a indiqué un troisième migrant. Et d’ajouter : «Nous aussi, nous ne voulons pas rester en ces lieux. La forêt de Gourogourou est plus clémente qu’ici.  En fait, il y a eu davantage de pression sur la gare routière ces derniers jours. Des migrants y ont débarqué de Fès, d’Agadir, de Nador et d’autres lieux. Ce qui a créé des situations de tension et de conflit entre les migrants et rendu la vie plus dure pour nous tous».
Du côté des autorités locales, c’est silence radio. Un agent d’autorité a refusé de nous donner des informations sur la situation et nous a renvoyés vers ses supérieurs. Pourtant, cet agent d’autorité comme les Forces auxiliaires et les moqadems qui l’accompagnent ainsi que les dizaines de policiers et motards sur place ne semblent pas disposer d’un quelconque plan d’évacuation des lieux. Les directives arrivent par talkies-walkies et l’improvisation est de mise.  En effet, les forces de l’ordre ne savent pas quoi faire face à des migrants qui ont décidé de se disperser en plusieurs petits groupes. Elles se contentent de les suivre alors qu’elles sont censées les orienter vers une nouvelle direction.  « Il est facile de déloger ces migrants, mais qu’en est-il de l’alternative ? », nous a déclaré un associatif.
Une évacuation qui surgit dans un contexte particulier. A savoir celui de la publication du rapport de  Tendayi Achiume , rapporteuse spéciale de l’ONU sur les formes contemporaines de racisme, de discrimination raciale, de xénophobie et d’intolérance, qui a exprimé ses inquiétudes concernant des informations reçues sur les déplacements forcés, les évictions, les profilages raciaux et d’autres formes de discrimination exercées contre les populations migrantes et réfugiées.
Dans ce cadre, elle a relevé l'absence d'un cadre global de lutte contre le racisme. "Contrairement aux recommandations formulées par diverses parties prenantes internationales et nationales, le Maroc ne dispose pas d'une législation complète contre la discrimination ou d'une loi spécifique interdisant la discrimination raciale", a-t-elle déploré. "L’égalité en droit n’assure pas l’égalité de fait", a également rappelé la rapporteuse avant d’ajouter que "des défis majeurs persistent et un travail important reste à faire afin d’assurer l’égalité raciale et le droit de chacun à la non-discrimination raciale".
Aussi est-elle allée jusqu’à encourager le Maroc à arrêter toutes les politiques d’immigration qui causent de graves violations des droits de l’Homme, y compris dans les forêts du Nord et dans d’autres régions proches des frontières européennes.
La rapporteuse spéciale de l’ONU a, par ailleurs, affirmé que «même si la loi et les politiques nationales garantissent un échantillon de droits aux migrants et aux réfugiés sur une base égale dans tous ces contextes, les violations persistantes des droits et la discrimination restent un obstacle clé à l’intégration».
Dans ce cadre, elle a précisé que «certains migrants et réfugiés, notamment ceux d’origine noire  subsaharienne, ont rapporté des incidents de racisme et de stéréotypage xénophobe lors de l’accès aux soins, au logement, à l’éducation, à l’emploi et dans d’autres secteurs».
Elle a, néanmoins, félicité le Maroc pour son leadership et les « avancées spectaculaires des droits des migrants et  réfugiés  »  et   ajouté  qu’elle  se  réjouissait  de  la « volonté politique » et des «engagements louables » du gouvernement dans la protection et l’intégration de ces populations vulnérables. Elle a aussi loué le rejet par le gouvernement des tentatives de l’Union européenne de créer des centres off-shore de procédures d’asile ou de « débarquement régional » sur le territoire marocain.
Parallèlement, elle a estimé que les acteurs régionaux et internationaux, en particulier l’Union européenne et ses Etats membres, doivent reconnaître leur responsabilité dans le rôle qu’ils doivent jouer pour garantir les droits humains des migrants au Maroc. «L’Europe doit prendre des mesures proactives afin de créer des voies légales de migration, y compris pour les Marocains et autres migrants africains qui souhaitent émigrer. Et les organisations internationales, y compris l’Organisation mondiale pour les migrations, doivent faire en sorte que les droits de l’Homme soient en tête et au centre de leur travail national et local, avec les migrants réguliers et irréguliers. », a-t-elle conclu.

Hassan Bentaleb
Jeudi 11 Juillet 2019

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