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La relance du projet dit de l’Avenue Royale, présentée comme une vitrine urbaine et un symbole de modernité, continue de susciter de vives tensions politiques, sociales et associatives. Derrière l’argument de l’embellissement et de l’urgence des grands chantiers, une réalité plus sombre s’impose, faite de démolitions expéditives, d’évacuations précipitées et d’angoisses quotidiennes pour des commerçants, des artisans et des familles laissés sans horizon clair.
Sur le terrain, les récits se ressemblent et se répandent comme un écho tragique. Des marchés collectifs rasés sans qu’aucune alternative ne soit proposée. Des immeubles vidés de leurs occupants à un rythme qui ne laisse aucune place à la concertation ni à la réflexion. Des hommes et des femmes sommés de quitter des lieux qui constituent parfois l’unique source de revenu et le seul toit qu’ils aient jamais connu. Ces opérations, menées sans vision globale ni accompagnement structuré, engendrent ce que beaucoup n’hésitent plus à qualifier de situations sociales dramatiques. Le flou qui entoure les motifs réels des démolitions alimente la colère et le désarroi, tandis que l’absence d’une stratégie claire pour absorber les conséquences économiques et humaines du projet plonge des milliers de personnes dans une précarité accrue.
La question centrale reste celle de la transparence et du droit. Les évacuations s’accélèrent dans les quartiers historiques de l’ancienne médina, souvent sur la base de simples notifications verbales. Les habitants et les commerçants concernés se voient accorder des délais dérisoires, parfois de quelques jours seulement, pour libérer les lieux. Aucune décision administrative écrite ne leur est remise. En les privant de documents officiels, on les prive aussi de la possibilité élémentaire de saisir la justice, de contester une mesure ou même de comprendre les fondements juridiques de ce qui leur est imposé. Cette opacité nourrit un climat de doute et de méfiance qui s’étend bien au-delà des personnes directement touchées, gagnant la société civile, les médias et l’opinion publique.
Le débat a fini par s’inviter dans l’hémicycle, signe que l’inquiétude dépasse le simple cadre local. Une question écrite a été adressée au ministre de l’Intérieur, Abdelouafi Laftit, afin d’obtenir des clarifications sur le fondement juridique des vastes opérations d’évacuation et de démolition engagées depuis décembre 2025. Cette interpellation parlementaire met en lumière un malaise profond. Comment justifier des interventions d’une telle ampleur sans cadre légal explicite, sans décisions écrites, sans garanties effectives pour les droits des occupants ? Comment concilier l’urgence affichée des chantiers avec les principes constitutionnels et les engagements internationaux du Maroc en matière de droit à un logement décent et de prévention des déplacements forcés ?
Les autorités invoquent l’accélération des travaux en prévision de grandes manifestations sportives internationales. Cet argument, répété comme un mantra, peine pourtant à convaincre lorsqu’il sert de justification à des méthodes brutales. Les démolitions et les évacuations se déroulent en pleine période hivernale et au cœur de l’année scolaire, accentuant la vulnérabilité de centaines de familles déjà fragilisées. Les enfants voient leur scolarité perturbée. Les petits commerçants et artisans perdent leur lieu de travail du jour au lendemain. Les promesses de relogement et d’indemnisation restent vagues, souvent réduites à des annonces sans calendrier ni critères clairement définis.
Ce qui choque le plus, au-delà de la violence sociale de ces opérations, c’est le déficit criant de communication publique. Aucun effort sérieux n’est déployé pour informer clairement les personnes concernées des textes réglementaires qui encadreraient les démolitions et le relogement. Les critères d’accès à une indemnisation ou à une compensation équitable demeurent flous. Les mécanismes de contrôle censés garantir la transparence et prévenir les abus restent invisibles. Dans ce vide institutionnel, les rumeurs prospèrent et la peur s’installe. Le sentiment d’injustice devient dominant, renforcé par l’impression que les plus vulnérables paient le prix d’un projet conçu loin de leur réalité.
Face à cette situation, la contestation s’organise et se structure. A Casablanca, des formations politiques, des associations de défense des droits humains et des organisations syndicales ont annoncé la création d’un front unifié. Leur objectif est clair : faire face à ce qu’elles qualifient d’opérations de relogement anarchiques et inhumaines. Dans un communiqué conjoint, ces organisations dénoncent la relance d’un projet qu’elles jugent «corrompu et enlisé depuis des décennies par des dossiers de détournement de fonds publics». Sous le slogan percutant «Ne touchez pas à l’ancienne médina», elles rappellent que l’Avenue Royale est un projet en échec depuis plusieurs années et que sa concrétisation annoncée en un délai record de 18 mois relève davantage de la fuite en avant que d’une planification responsable.
Les quartiers de «Derb Negliz», «Kechbar» et «Al B’hira» sont aujourd’hui en première ligne. Selon les témoignages recueillis, les autorités locales relevant de la préfecture de Casablanca Anfa y mènent des opérations d’évacuation et de destruction sans concertation ni information préalable. Là encore, les notifications verbales tiennent lieu de procédure, avec des délais n’excédant pas 15 jours pour quitter les lieux. Ces pratiques, dénoncées comme illégales et inhumaines, interrogent sur le respect des règles encadrant l’expropriation pour cause d’utilité publique et sur la volonté réelle de protéger les droits des citoyens.
Il faut dire qu’à force de vouloir aller vite, le risque est grand de briser durablement le lien de confiance entre les institutions et la population. Casablanca mérite mieux qu’un développement imposé à marche forcée. Elle mérite une vision inclusive, transparente et humaine, capable de concilier modernisation et dignité.
L’USFP au front contre l’arbitraire administratif
A cet instant précis du débat public, lorsque la question de l’expropriation cesse d’être un simple dispositif juridique pour devenir une expérience vécue de dépossession, le fil conducteur apparaît avec une netteté troublante. Car derrière les opérations menées dans l’ancienne médina de Casablanca se dessine un problème plus vaste, plus ancien, et infiniment plus structurant, celui de l’usage du pouvoir d’expropriation et des dérives qu’il autorise lorsqu’il n’est ni encadré ni contrôlé avec rigueur. C’est précisément à cet endroit sensible, là où le droit rencontre la dignité, que l’USFP a choisi de livrer l’un de ses combats les plus structurants de l’année écoulée, en s’attaquant frontalement aux abus engendrés par l’article 40 de la loi n° 7-81.
L’initiative de l’USFP ne relève ni de l’agitation circonstancielle ni de l’opportunisme politique. Elle s’inscrit dans une continuité idéologique claire, fidèle à une tradition socialiste qui considère l’Etat comme un garant de l’intérêt général, mais refuse qu’il devienne un instrument d’arbitraire ou de dépossession déguisée. Ce que le parti met en lumière, à travers ses prises de position, c’est l’écart devenu béant entre l’esprit de la loi et son application concrète, entre la finalité affichée de l’utilité publique et les pratiques qui, sur le terrain, relèvent parfois d’une logique de prédation.
Ce combat prend une résonance particulière dans un pays où la terre n’est pas seulement un actif économique, mais un héritage, une mémoire, parfois l’unique capital transmis de génération en génération. Derrière chaque parcelle expropriée sans projet abouti, il y a une histoire familiale interrompue, une sécurité sociale informelle détruite, une projection d’avenir brutalement amputée. En se faisant le relais de ces réalités souvent invisibilisées, l’USFP assume un rôle que peu de formations politiques osent encore endosser avec autant de constance : celui de porte-voix des citoyens ordinaires face aux lourdeurs et aux abus de l’administration.
Au fond, ce débat ramène à une vérité simple, mais exigeante. Aucune société ne peut prétendre avancer sereinement si la loi, au lieu de protéger, devient une source d’angoisse. Aucune politique publique ne peut réussir durablement si elle se construit sur la dépossession silencieuse de ceux qu’elle est censée servir. En choisissant d’affronter cette question avec constance et clarté, l’USFP s’inscrit dans une fidélité assumée à ses principes fondateurs et rappelle que le progrès véritable commence toujours par la justice.
Mehdi Ouassat









