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Déluge de feu sur les zones rebelles de Deraa


Les violences dans cette province syrienne ont fait des centaines de milliers de déplacés



Les violences dans cette région ont fait entre 270.000 et 330.000 déplacés depuis le 19 juin
Le régime syrien et son allié russe ont soumis à un déluge de feu les secteurs rebelles de la province de Deraa après l'échec des négociations avec les insurgés, une escalade inédite depuis le début de l'offensive sur cette région du sud du pays en guerre.
Toute la nuit de mercredi à jeudi, des "centaines" de missiles et de barils d'explosifs ont été lancés par les aviations syrienne et russe sur les zones rebelles notamment près de la ville de Deraa, chef-lieu de la province du même nom, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Et les frappes se poursuivaient jeudi matin.
"Les avions syriens et russes tentent de transformer ces zones en enfer", a affirmé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, en parlant d'un "bombardement hystérique sur la province de Deraa dans une tentative de faire plier les rebelles après leur refus de se soumettre aux conditions russes pour un arrêt des combats".
Selon un correspondant de l'AFP à l'entrée de la ville de Deraa, le pilonnage, qui n'a pas cessé de la nuit, est le plus violent depuis le début le 19 juin de l'assaut lancé par le régime pour reprendre la totalité de la province, qui borde la frontière avec la Jordanie et le plateau du Golan en majeure partie occupé par Israël.
A la faveur des bombardements, les forces du régime ont réussi, pour la première fois depuis plus de trois ans, à prendre jeudi le contrôle d'un poste de sécurité à la frontière avec la Jordanie, selon l'OSDH.
D'après l'ONG, six civils dont une femme et quatre enfants ont été tués dans les violents bombardements sur la ville de Saida, dans l'ouest de la province.
"Il s'agit de la nuit la plus dure et la plus violente depuis le début de l'offensive barbare du régime syrien et des forces d'occupation russes", a écrit sur Twitter le militant syrien Omar al-Hariri, présent dans la ville de Deraa.
"Depuis l'annonce de l'échec des négociations, les bombardements n'ont pas cessé un seul instant", a déclaré à l'AFP Samer Homsi, 47 ans, qui a fui la ville de Deraa avec sa femme et ses quatre enfants.
"Les gens ici vivent sous les arbres ou dans des tentes bondées, rien ne nous protège des frappes", déplore-t-il. "La situation est très difficile. Nous vivons au milieu des oliviers, dans la peur de tout, des bombardements, sans eau ou assistance médicale proche".
Les bombardements dans la province de Deraa avaient repris mercredi soir après l'annonce par les insurgés d'un échec des négociations avec la Russie qui cherche à convaincre les insurgés de rendre leurs armes.
Le régime a ouvert ce nouveau front dans le sud après avoir consolidé son pouvoir sur Damas et ses environs, en chassant rebelles et jihadistes, et avoir repris d'autres régions. Il contrôle actuellement plus de 60% du territoire syrien, selon l'OSDH.
Adoptant une stratégie alliant bombardements meurtriers et négociations parrainées par Moscou, le pouvoir du président Bachar al-Assad a reconquis une trentaine de localités rebelles dans la province de Deraa, notamment avec des accords dits de "réconciliation" qui s'apparentent à des capitulations.
Mais les insurgés ont annoncé mercredi "l'échec" des négociations. Les Russes ont proposé que les rebelles remettent leurs artilleries lourde et moyenne et qu'ils rejoignent la vie civile ou s'enrôlent dans des forces progouvernementales antijihadistes.
Les Russes ont insisté pour que l'artillerie lourde (des rebelles) soit abandonnée en une seule fois, ce que les rebelles ont refusé.
Face à l'offensive du régime dans le sud, la communauté internationale se révèle, une nouvelle fois, impuissante.
Depuis 2011, toutes les initiatives internationales visant à trouver une solution au conflit en Syrie qui a fait plus de 350.000 morts ont échoué.

Le Conseil de sécurité de l'ONU devait tenir jeudi une réunion d'urgence à huis clos pour discuter de la situation dans le sud, selon des sources diplomatiques.
Les violences dans cette région ont fait entre 270.000 et 330.000 déplacés depuis le 19 juin, selon l'ONU, certains trouvant refuge près des frontières jordanienne et israélienne, où ils vivent dans un dénuement total.
Mais ni la Jordanie ni Israël ne veulent les accueillir et, face au risque d'une crise humanitaire, l'organisation Human Rights Watch a appelé les deux pays à ouvrir leurs frontières.

Libé
Vendredi 6 Juillet 2018

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