Davos appelle à ce que la déforestation de l'Amazonie ne soit plus synonyme de rentabilité


Libé
Jeudi 26 Mai 2022

Davos appelle à ce que la déforestation de l'Amazonie ne soit plus synonyme de rentabilité
Arrêter de faire rimer la déforestation du poumon de la planète avec le profit: au Forum de Davos, des politiciens et financiers sud-américains ont appelé à de nouvelles formes d'exploitation durable de l'Amazonie.

"Il s'agit de réguler, légiférer, et poser les bases afin que les habitants de la forêt deviennent entrepreneurs, ce qu'ils souhaitent vraiment", a affirmé en Suisse Gustavo Montezano, président de la Banque de développement du Brésil (BNDES), un pays dont 60% du territoire est en Amazonie.


La banque finance le reverdissement de l'Amazonie face à une culture qui a consisté à penser pendant des années, selon M. Montezano, que "détruire la forêt permettait de créer de la valeur économique".
 Le bassin amazonien, d'une superficie de 7,4 millions de km2, couvre quasiment 40% de l'Amérique du Sud et s'étend sur neuf pays, avec une population estimée à 34 millions de personnes dont les deux tiers vivent en ville.


Dans cette optique, nombreux sont ceux qui appellent à renforcer l'Organisation du traité de coopération amazonienne (OTCA), qui existe depuis les années 1970 pour protéger la forêt et qui en 2019 a réaffirmé son ambition transnationale, bien que tous les pays n'en fassent pas partie.


Le président colombien Iván Duque de son côté prône une politique de la carotte et du bâton: punir la déforestation tout en encourageant la culture durable de fruits tels que le copoazù, un arbre proche du cacaoyer, ou des baies de plus en plus à la mode comme l'açai et le camu camu.


Après le Brésil, le Pérou est le deuxième pays avec le plus grand territoire en Amazonie, "une région historiquement oubliée par l'Etat", selon la vice-présidente Dina Boluarte, qui a réclamé l'achat "à prix juste" des fruits cultivés dans la région.
Mais cette "bioéconomie", qualifiée par l'Organisation des Nation unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) comme la transformation durable des ressources biologiques, nécessite l'aide des administrations publiques afin de devenir une véritable alternative aux activités telles que l'élevage du bétail ou l'exploitation minière, qui détruisent la forêt tropicale.


Une étude menée par l'économiste vénézuélien Ricardo Hausmann, professeur à l'Université américaine de Harvard et ministre dans les années 1990, montre que la proximité de routes construites par les gouvernements locaux favorise l'élevage de bétail, et donc la déforestation. L'éleveur a en effet besoin de bonnes infrastructures routières pour écouler la production. "90% de la déforestation se produit dans un rayon de dix kilomètres des routes. Et qui construit ces routes? Les maires et les gouverneurs", dit l'économiste, soulignant les contradictions parfois entre les politiques locales et celles nationales.


Egalement un thème d'inquiétude, la biopiraterie qui consiste à exploiter les ressources biologiques, comme c'est le cas avec l'extraction de plantes médicinales par de grandes entreprises, ce qui affecte la nature et les peuples indigènes.


Au plan international, les dispositifs faisant payer les émissions de carbone fonctionnent encore assez peu pour limiter la déforestation: le prix de la tonne de CO2 est trop bas pour dissuader les activités nuisibles à l'Amazonie.  "Ce n'est que si le prix est correctement fixé que les gens arrêteront ce qu'ils font. Modifier les incitations sera plus efficace que la coercition", a affirmé à Davos Mário Mesquita, chef économiste de la banque brésilienne Itaú Unibanco.


Malgré ces difficultés, le gouverneur de l'Etat du Parà, qui produit le plus d'açai au Brésil, s'est montré optimiste: Helder Barbalho juge encore possible de "réconcilier le peuple avec l'économie" afin de sauver l'Amazonie.


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