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“D'après une histoire vraie” Polanski réussit un thriller psychologique vibrant

Adaptation du roman éponyme de Delphine De Vigan




 Projeté hors compétition à Cannes, le dernier film de Roman Polanski, "D'après une histoire vraie", adapte le roman éponyme de Delphine De Vigan, prix Renaudot et Goncourt des lycéens en 2015. Le film s’était pris alors une volée de bois vert quasi-unanime de la critique. Depuis, le réalisateur a remanié son film, parvenant à le bonifier amplement.
Le roman de Delphine De Vigan, elle-même scénariste et réalisatrice ("A coup sûr"), se prête avec bonheur à une version au cinéma, même s’il traite en profondeur du processus de création littéraire. Emmanuelle Seigner y est Delphine, une écrivaine à succès en mal d’inspiration qui va se trouver sous l’emprise d’une fan, elle-même "nègre" d’autobiographies de personnalités. Polanski avait déjà tâté du sujet littéraire dans "The Ghost Writer" (2010), dont le personnage d’Ewan McGregor était également un écrivain de substitution. Autre constance du cinéaste, le huis-clos dans lequel verse "D'après une histoire vraie" dans sa seconde partie, art dans lequel il est passé maître.
Toujours conformément à son approche, Polanski est fidèle à son traitement de troubles de la personnalité, comme dans "Répulsion" (1965), "Rosemary’s Baby" (1968), "Le Locataire" (1976)… ici, Elle, le personnage d’Eva Green, séduisante sinon séductrice, s’immisce de plus en plus dans la vie de la romancière, allant jusqu’à la manipuler telle une perverse narcissique extrême. Mais ce qui pourrait se limiter à un démarcage de "Misery" par exemple, s’avère bien plus ambigu. Polanski sème des petits cailloux tout le long du récit pour nous emmener sur d’autres chemins. Ceux d’une créatrice, d’une romancière en crise, dont l’échappatoire s’effectuera par l’écriture, avec Elle au cœur du processus…
On peut compter sur le réalisateur, qui cosigne le scénario avec Olivier Assayas, pour jouer de l’inquiétante étrangeté des liens entre Elle et Delphine. Ainsi la première, flatteuse et protectrice, s’avère propice à des colères et des crises de panique d’une extrême théâtralité qu’Eva Green endosse parfaitement. L’on pourrait croire qu’elle surjoue, alors qu’elle incarne en fait la personnalité de son personnage excessif.
Le film n’en est que plus déstabilisant par la gêne qu’engendre ce qui pourrait être une erreur de casting, alors que cela participe du rôle. Construit au rythme d’une progression minutée de plus en plus angoissante, fidèle à son élégance de cinéaste, Polanski ne signe pas une œuvre majeure, mais un thriller psychologique du meilleur cru.

M.O
Mercredi 13 Décembre 2017

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