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Crise russo-ukrainienne: Dialogue de sourds des belligérants sur fond d’ une confrontation s ’ amplifiant et faisant rage


Rachid Meftah
Mercredi 2 Mars 2022

Le bout du tunnel se fait de plus en plus lointain

Crise russo-ukrainienne: Dialogue de sourds des belligérants sur fond d’ une confrontation s ’ amplifiant et faisant rage
Les développements de la crise russo-ukrainienne se multiplient et s’accélèrent, impliquant quasiment toutes les régions du monde. Les Occidentaux, les Etats-Unis d’Amérique, les pays européens-membres de l’Union européenne et autres, la Grande-Bretagne, le Canada, entres autres, font montre d’acharnement contre l’action meurtrière dévastatrice de la Russie en territoire ukrainien. Des sanctions économiques sévères et bien ciblées, des décisions inédites de soutien logistique, militaire et humanitaire sont en cours ou en perspective. A l’unisson, l’Occident s’y met à quelques rares exceptions de pays réagissant timidement et avec une prudence géostratégique bien calculée par crainte de représailles ou soucieux de préserver des intérêts trop étroits ou complexes avec Moscou.
Outre la fermeture de l’espace aérien de la plupart des pays européens devant tout vol russe, le rappel des participations ou acteurs de partenariat économiques, industriels ou commerciaux avec les Russes et bien d’autres mesures de sanctions et de ferme dissuasion, en réponse à l’appel de la présidence ukrainienne, les Européens ont décidé, fait inédit de l’histoire des conflits armés, triparties ou multiples, de financer l’achat et l’acheminement d’armements et d’équipements militaires pour les livrer à Kiev dans un élan de soutien sans précédent.
Sur le plan économique, les Etats-Unis d’Amérique ont mis en application, lundi, une sanction inédite et extrêmement sévère visant à paralyser l’activité économique russe, le plus largement possible, contre notamment la banque centrale russe, ayant pour effet d’«immobiliser tous les actifs » qu’elle « détient aux USA … ». La veille, les ministres européens des Affaires étrangères s’étaient également accordés à bloquer toutes les transactions de ladite institution. Auparavant, les Occidentaux avaient averti d’exclure un certain nombre d’établissements russes du système interbancaire international Swift.
Par ailleurs, pour serrer davantage l’étau sur le Kremlin, les Européens et leurs alliés sont prêts à prendre des sanctions supplémentaires contre la Russie, a fait savoir Paris, à l’issue d’une visioconférence qui a réuni les dirigeants français, américain, britannique, canadien, allemand, italien, de l’Union européenne et l’Otan. Dans la même lancée, le Canada va, à cet égard, interdire «toute importation de pétrole brut» russe, «une industrie dont le président Vladimir Poutine et ses oligarques ont grandement profité».
Là-dessus, les Occidentaux, toutes postures géostratégiques confondues, s’évertuent à concevoir et encadrer, juridiquement, économiquement et financièrement, des mesures extrêmes à même d’endiguer le torrent armé destructeur. A titre d’exemple, comme l’a expliqué Pierre Morcos, chercheur associé au CCIS, un centre d’études stratégiques, basé à Washington, «la décision de livrer des armes à l’Ukraine en utilisant la -facilité européenne de paix- constitue un moment pivot pour l’Europe de la défense de par son ampleur, sa nature et sa vélocité». Cette « facilité européenne de paix» est un instrument financier indépendant du budget commun et des procédures européennes pour l’allocation de fonds, doté de 5 milliards d’euros. Son utilisation est une décision des seuls Etats membres, prise à l’unanimité.
D’autre part, sur fonds de toute cette entreprise quasi-mondiale de course vers l’arrêt des hostilités armées et le recouvrement de la paix et la stabilité en Ukraine, en Europe et partout ailleurs dans les régions liées directement ou indirectement à cette situation, la diplomatie reprend son chemin bien que son temps soit bien en deçà du rythme des avancées militaires de part et d’autre. Le président français Emmanuel Macron, président en exercice, par ailleurs de l’Union européenne, après une rupture assez longue du fait du déclenchement de l’offensive russe en Ukraine, a eu un échange téléphonique avec le chef du Kremlin au cours duquel ce dernier a posé comme conditions, entre autres, l’arrêt de l’invasion, la reconnaissance de la Crimée en tant que territoire russe, la démilitarisation et la « dénazification » de l’Ukraine …
D’un autre côté, au Bélarus, deux délégations des deux principaux protagonistes, russe et ukrainienne se sont rencontrées pour la première fois depuis le début de l’offensive et sont rentrés après cinq heures d’échanges pour «consultations dans leurs capitales» respectives, après avoir convenu d’un «deuxième round» de pourparlers. Il faut préciser, à ce propos, qu’il s’agit, à juste titre, de simples pourparlers et non de négociations.
La teneur en a été, côté russe, qu’un règlement «n’est possible que si les intérêts sécuritaires légitimes de la Russie sont pris en compte sans conditions», et côté ukrainien, que la présidence de Kiev réclamait comme tout préalable aux négociations «un cessez-le-feu immédiat et le retrait des troupes (russes) du territoire ukrainien. Ainsi, les positions des belligérants demeurent diamétralement opposées. Chaque partie campe sur sa conception des motivations et solutions éventuelles, très improbables quant à l’issue de la confrontation. Les exigences du Kremlin sont foncièrement irréalisables sur le terrain et complètement irrationnelles au vu des règles conventionnelles du droit international et des relations internationales. Les pourparlers entre les parties russe et ukrainienne, tout aussi bien que l’échange entre Poutine et Macron se sont avérés un dialogue de sourds, inaudibles et insaisissables par ailleurs sur la scène internationale.


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