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Communiquez, communiquez

C'est le fond qui manque le moins


Combien on aurait aimé voir le gouvernement nous servir un bel exemple de coordination au niveau communicationnel !



Il faut bien qu'ils s'y mettent tous
Il faut bien qu'ils s'y mettent tous
« L’angoisse suppose le désir de communiquer », disait l’écrivain  français Georges Bataille. Il ne faut tout de même pas aller jusqu’à dire que nos responsables ne ressentiraient pas une certaine angoisse par les temps qui courent. Comme il ne faut pas non plus  penser qu’ils le seraient outre mesure. Ils seraient cependant merveilleusement inspirés de nous le faire savoir. Et dans les normes surtout. Sinon l’on risque fort de se laisser aller à répéter avec le célèbre romancier et journaliste brésilien Paulo Coelho que « la folie c’est l’incapacité de communiquer ses idées ». Même si dans le cas d’espèce, il ne s’agit pas vraiment d’idées mais plutôt du quotidien d’un peuple assoiffé d’une information fiable. Raison de plus.
        Mettre l’information à la disposition du public est l’une des premières missions des institutions publiques surtout par ces moments où l’Etat se trouve dans l’obligation de changer de comportement,et  pas seulement, dans un domaine certes d’une extrême importance, la santé en l’occurrence, mais également dans la vie de tous les jours.
        « A situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles », s’est-on entendu dire, mais cet exceptionnel passerait mieux s’il était expliqué, vaillammentexplicité aux citoyens que l’on doit convaincre du bien-fondé de la décision prise. Autrement dit, s’établir à donner les moyens aux citoyens pour les associer ne serait-ce que de manière indirecte au débat public.
        Ne pas communiquer, ne pas informer dans les règles de l’art, c’est laisser la voie libre au non officiel, réseaux sociaux en premier. Et, par là, à des dérapages incontrôlés et à des débordements déplorables. L’info cède ainsi le pas à l’intox, à l’infox. Et ce ne sont pas les exemples qui manquent. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que les fake news ont aujourd’hui la part belle et que l’on assiste à l’émersion de toute une nuée de « spécialistes » et « érudits » ès Covid-19. Et c’est à l’insu de son plein gré, comme dirait l’autre, que le citoyen s’est trouvé gavé, agressé surtout, de toutes sortes d’inepties et de bêtises. L’embarras d’un triste choix donc entre le type qui décrète, sans coup férir, que le coronavirus n’est qu’une vue de l’esprit ou tel autre qui se veut plus futé encore, pour raconter que tout ce tapage fait autour, c’est juste pour détourner l’attention du peuple de ses vrais problèmes. Rien que ça.
Sans parler des faux conseilleurs et autres impromptus guérisseurs ou encore ceux qui poussent l’indignité jusqu’à exhorter les gens à s’abreuver des liquides les plus improbables, les plus crades surtout.
 Communiquer c’est aussi savoir s’adapter. Il va sans dire que l’impact des réseaux sociaux est de nos jours beaucoup plus grand que celui des canaux officiels ou traditionnels, ce qui souvent va de pair. C’est sur leur terrain qu’il faut interagir.
On ne peut,d’autre part, prétendre à vouloir communiquer, informer ou sensibiliser sans veiller en premier à ce que le message soit compris et parfaitement assimilé. Aussi faut-il que ce soit dans un langage accessible à tous et non dans une langue recherchée ou en tout cas qui n’a rien à voir avec celle que l’on parle au quotidien chez soi ou dans la rue.
        Communiquer, informer, sensibiliser, c’est œuvrer à l’amélioration de la connaissance civique. Il s’agit donc, faut-il le rappeler, de toute une stratégie faite de planification et de coordination.
        Depuis la détection du premier cas de coronavirus au Maroc, c’est en grande partie, pour ne pas dire exclusivement, le ministère de la Santé qui s’est emparé du volet de ce que l’on pourrait qualifier de communication. Compréhensible à la limite.  La mission d’informer a donc été confiée au directeur du département d’épidémiologie et de lutte contre les maladies au ministère de la Santé bombardéde la sorte communicant officiel. Sauf qu’il ne faut pas s’attendre à ce qu’il aille plus loin que ce à quoi il est astreint jusque-là et selon un canevas scrupuleusement tracé. Un monologue itératif en somme fait presque exclusivement du nombre des nouveaux cas, de celui des rémissions ou encore celui des décès. Il est régulièrement là pour s’acquitter de la mission qui lui a été assignée. Ni plus ni moins. Le hic, c’est qu’à chaque fois, on nous présente la chose comme étant une conférence de presse !
        Les trop rares fois que l’on a eu droit à un brin de communication… hautement officielle, c’était avec le chef du gouvernement avec, à la clé, un entretien télévisé où il y a eu plus de questions que de réponses et un long discours lors d’une séance commune au Parlement qui nous aura tout de même appris que le confinement est prorogé de trois semaines.
        Combien on aurait aimé voir le gouvernement nous servir un bel exemple de coordination au niveau communicationnel ! Habilement représenté  donc lors d’une conférence de presse en bonne et due forme par d’autres membres autour du chef. La communication aurait de loin été plus édifiante avec,  à titre d’exemple, le ministre de la Santé pour expliquer tant de choses dont cette instabilité de la situation pandémique au Maroc, les mesures à prendre pour les semaines et les mois à venir, après la levée du confinement…
        Et pourquoi pas le ministre de l’Intérieur, à la tête d’un département on ne peut plus omniprésent ? On aurait été renseigné par qui de droit sur le pourquoi et le comment des décisions prises : confinement déconfinement, couvre-feu, vague d’arrestations, dépassements ou excès réels ou supposés…
        Ou le ministre du Commerce et de l’Industrie ? Pour informer et éventuellement rassurer tous ces employeurs et employés dans l’expectative et pour éclairer notre lanterne quant à cette reprise décidée, les espoirs qu’elle suggérerait et les inquiétudes qu’elle suscite.
        Et le ministre de l’Education nationale ? Pour de plus amples détails concernant les apprenants du primaire et les doctorants des universités et tous ceux qui sont entre les deux rives.
        Tant il est vrai que l’on aurait aimé voir ce beau monde sans masque mais avec leur bavette. Le fait d’en porter estjustement porteur de message. C’est aussi cela la communication. L’exemple le plus éloquent nous vient du chef de l’Etat. Le Roi en a porté en pleine prière. C’est dire !
        Il ne serait peut-être pas inutile de rappeler à ce propos au chef du gouvernement que la communication peut parfaitement être non verbale. Et si la façon de s’habiller en fait partie, la manière de se prémunir l’est aussi.  Sans doute aucun.

Mohamed Benarbia
Lundi 25 Mai 2020

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