Capital-risque et innovation : Le Maroc avance et vise plus haut

Dimanche 8 Mars 2026

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La dynamique de l'innovation et du capital-risque au Maroc s'inscrit dans une trajectoire de consolidation progressive, portée par des dispositifs publics structurants et l'émergence de fonds spécialisés.

L'écosystème national continue ainsi de gagner en profondeur, avec des levées de fonds en nette progression et un positionnement désormais affirmé dans le paysage africain de l'innovation. Les montants mobilisés illustrent bien cette dynamique.

En effet, les levées de fonds en capital-risque sont passées d'environ 26 millions de dollars (M$) en 2022 à près de 95 M$ en 2024, un niveau qui se maintient en 2025 avec plusieurs opérations structurantes.

C'est ce qu'a fait savoir Tarik Haddi, président du directoire de Azur Innovation Fund et président de la Fondation Gen J, dans un entretien accordé à la MAP, notant qu'à l'échelle du continent, la tendance est inverse, puisque les financements sont passés de 5,2 milliards de dollars (Md$) fin 2021 à 3,1 Md$ en 2025.

D'après lui, la dynamique positive du Maroc s'explique principalement par la mise en place de programmes public-privés coconstruits, intervenant à la fois sur la demande de financement et sur l'offre, à travers le soutien aux fonds de capital-risque.

Parmi ces dispositifs figure notamment "Innov Invest" qui se prolonge avec le dispositif catalytique du ministère de la Transformation numérique et de la Réforme de l'administration, mis en œuvre en partenariat avec le Fonds Mohammed VI pour l'Investissement (FM6I) et CDG (Caisse de Dépôt et de Gestion), qui co-investissent dans les Fonds de venture capital (VC), avec Tamwilcom en appui en matière d'atténuation des risques, a indiqué M. Haddi.

Parallèlement, de nouveaux acteurs industriels et financiers viennent enrichir l’écosystème, a-t-il fait savoir, ajoutant que des initiatives portées par de grands groupes publics et privés, à l'image d'InnovX du groupe OCP ou encore d'Al Mada Ventures, contribuent à diversifier les sources de financement et à structurer les chaînes de valeur de l'innovation.

Cette dynamique commence à produire des effets visibles sur l'attractivité de l'écosystème national. Depuis 2019, près d'une centaine d'investisseurs internationaux ont réalisé des opérations dans des startups nationales, signe d'un intérêt croissant pour le marché marocain de l'innovation.

L'ambition de passer à l'échelle supérieure

Pour autant, l'enjeu pour le Maroc ne se limite plus à consolider les bases de son écosystème, mais bien à franchir un nouveau palier afin de rejoindre les principaux hubs africains du capital-risque.

Selon M. Haddi, cette étape passe d'abord par une ouverture plus forte de l'écosystème à l'international. "Il faut intégrer nos startups dans des écosystèmes d'innovation et des marchés plus larges : l'innovation a besoin de grands marchés pour être rentable", a-t-il recommandé.

Au-delà de l'internationalisation, M. Haddi a mis en avant l'importance d'inciter, par des mécanismes fiscaux adaptés, à la structuration et au développement de réseaux de business angels ainsi que de syndicats d'investisseurs privés ayant fait leurs preuves dans les secteurs clés de l'économie de l'innovation (FinTech, GreenTech, AgriTech, Industrie 4.0, mobilité et logistique, BioTech).

En outre, a-t-il poursuivi, la spécialisation sectorielle des fonds de capital-risque apparaît comme une évolution nécessaire pour accompagner la montée en puissance de technologies de plus en plus complexes.

"Des équipes de gestion généralistes ne disposent ni des outils ni de l’expertise nécessaires pour apprécier correctement les profils de risques et les dynamiques de marché propres à des secteurs aussi différenciés", a dit le président du directoire de Azur Innovation Fund, jugeant nécessaire l'émergence de fonds spécialisés dans des segments tels que la FinTech, la GreenTech, l'AgriTech ou encore l'industrie 4.0.

Dans ce contexte, le rôle des fonds locaux demeure déterminant pour structurer durablement l’écosystème. Contrairement à une approche opportuniste, le capital-risque repose sur un accompagnement étroit des entreprises innovantes, combinant financement, gouvernance et appui stratégique.

"On ne peut financer de manière adéquate l’innovation avec une vision court-termiste et opportuniste. Pour financer l’entrepreneuriat innovant, un seul instrument s’est imposé à travers le monde : le capital-risque", a insisté M. Haddi.

A terme, l'enjeu dépasse la seule dynamique des levées de fonds. Il s'agit désormais de transformer l'écosystème d'innovation en véritable moteur de compétitivité économique. Pour y parvenir, le Maroc devra conjuguer ouverture internationale, investissements de long terme et structuration d’un système national de l’innovation capable d’accompagner les startups dans leur passage à l’échelle.

Libé
Dimanche 8 Mars 2026
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