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Dans un rapport publié jeudi dernier, les climatologues du réseau international World Weather Attribution (WWA) livrent une analyse approfondie des tempêtes et épisodes de pluies extrêmes qui ont récemment frappé plusieurs pays méditerranéens dont le Maroc. Si le nombre de victimes est resté limité grâce à des systèmes d’alerte précoce plus efficaces, le rapport met en lumière une réalité plus complexe : l’intensification probable des précipitations extrêmes s’articule avec des vulnérabilités urbaines et sociales persistantes, notamment dans les zones côtières et les quartiers informels.
Entre signaux climatiques contrastés, rôle de la variabilité naturelle et insuffisances structurelles de l’aménagement du territoire, les chercheurs soulignent que l’enjeu dépasse la seule météorologie. La question centrale devient celle de la résilience institutionnelle et de la capacité des Etats à intégrer durablement le risque climatique dans leurs politiques publiques. Décryptage.
Les alertes précoces : preuve d’un apprentissage institutionnel
Selon ledit rapport, la diffusion rapide d’alertes dans les trois pays constitue un indicateur de maturité croissante des systèmes de gestion des risques. Elle traduit une meilleure capacité de prévision météorologique ; une coordination plus fluide entre services techniques et autorités politiques et une montée en compétence des dispositifs de protection civile.
Le faible nombre de victimes montre que l’anticipation réduit significativement le coût humain, même face à des événements intenses. Cependant, cette réussite doit être analysée avec nuance au niveau de l’efficacité de l’alerte qui dépend de l’accès différencié à l’information (zones rurales, quartiers précaires) ; de l’évacuation supposée des ressources matérielles et logistiques disponibles et de la prévention qui réduit la mortalité, mais pas nécessairement les pertes économiques. Ainsi, le succès humain ne doit pas masquer l’ampleur potentielle des dommages structurels.
La catastrophe comme révélateur des inégalités urbaines
L’analyse souligne un point central : l’impact d’une catastrophe dépend davantage de la vulnérabilité que de l’aléa lui-même. A ce propos le rapport explique que les zones touristiques construites en plaine inondable et les villes côtières sablonneuses illustrent une planification insuffisamment intégrée au risque hydrologique. L’artificialisation des sols limite l’absorption naturelle de l’eau, amplifiant les ruissellements.
Le cas du Maroc est édifiant. La présence de quartiers informels crée un effet multiplicateur du risque avec des matériaux de construction fragiles, des réseaux d’assainissement incomplets et des accès limités aux services publics.
On observe ici une interaction classique entre aléa climatique, exposition urbaine et précarité sociale, ce qui amplifie les dégâts. Les catastrophes deviennent ainsi des révélateurs d’inégalités territoriales préexistantes.
Fréquence et rareté : un phénomène à géométrie variable
La période de retour globale (40 ans au sud, 5 ans au nord) montre que l’événement n’est pas exceptionnel à grande échelle. En revanche, localement, les périodes de retour supérieures à 100 ans soulignent une concentration spatiale extrême. Cette divergence rappelle que le risque macro-régional peut être modéré et le risque micro-territorial peut être exceptionnel. Cela plaide pour des analyses fines à l’échelle communale et infra-urbaine, plutôt que des moyennes régionales.
Intensification observée : un signal robuste mais contrasté
L’augmentation de l’intensité de Rx1day (les précipitations maximales journalières) depuis 1950 (+36% au sud et +29% au nord), est significative. Elle suggère que les extrêmes pluviométriques deviennent plus intenses.
Cependant, les modèles climatiques ne reproduisent pas pleinement la tendance au sud. Deux hypothèses peuvent être envisagées soit les modèles sous-estiment les processus locaux (interaction mer-atmosphère, convection) soit les séries d’observation comportent des incertitudes liées à la qualité des données historiques. Dans la région nord, l’écart entre observations et simulations est plus faible, avec une intensification combinée estimée à environ 11%, ce qui renforce la crédibilité du signal.
Rôle de la variabilité naturelle : l’oscillation nord-atlantique
La NAO (l'oscillation nord-atlantique) contribue à hauteur de 5 % d’intensité supplémentaire au sud et 2% au nord. Cela montre que la variabilité atmosphérique naturelle continue de jouer un rôle important. Le changement climatique n’agit pas isolément ; il interagit avec les oscillations naturelles, pouvant amplifier leurs effets.
La question analytique devient donc: le changement climatique augmente-t-il la probabilité que des configurations atmosphériques déjà connues produisent des effets plus extrêmes ?
Circulation atmosphérique de février 2026 : amplification plutôt que rupture
Le dipôle de pression observé correspond à des configurations historiques connues. Il n’y a pas apparition d’un nouveau mécanisme atmosphérique. En revanche, l’atmosphère était plus instable, l’humidité était plus élevée et les vents étaient plus intenses.
Cela correspond à un phénomène d’amplification énergétique : un système connu, mais alimenté par un environnement thermodynamique plus favorable aux extrêmes.
Intensification des extrêmes : tendance plausible mais dépendante des données
L’augmentation des épisodes dépassant un seuil critique, surtout au nord, constitue un signal important. Toutefois, les résultats varient selon les bases de données utilisées ; les seuils de définition influencent fortement les conclusions et les incertitudes sont plus marquées au sud.
Cela souligne la nécessité d’investir dans des réseaux d’observation homogènes et de haute résolution.
Gouvernance du risque : vers une approche systémique
Les pays ont progressé, mais plusieurs défis persistent. Le rapport observe une coordination verticale insuffisante, notamment entre niveau national et municipal ; l’intégration limitée dans l’urbanisme des projections climatiques et une capacité locale inégale puisque la formation technique et les ressources des collectivités varient fortement.
Prévention et relèvement : enjeux structurels
La réduction des risques futurs nécessite une mise à jour régulière des cartes d’exposition, une intégration systématique des risques dans les codes du bâtiment et une révision des investissements d’infrastructure en fonction des projections climatiques.
Le relèvement rapide est également stratégique (Evaluation précise des dommages structurels., réhabilitation des réseaux d’eau et d’assainissement et prévention des risques sanitaires (vaccination, gestion des déchets)).
Une mauvaise gestion post-catastrophe peut transformer un choc ponctuel en crise socio-économique prolongée.
En somme, le rapport révèle une double dynamique. D’une part, une amélioration notable des capacités d’anticipation et de réaction. Et de l’autre, des vulnérabilités territoriales et sociales persistantes, particulièrement dans les zones informelles.
Le signal climatique pointe vers une intensification probable des extrêmes, mais avec un niveau d’incertitude variable selon les régions. La question centrale n’est plus seulement météorologique. Elle est structurelle, à savoir comment réduire l’exposition dans un contexte d’urbanisation rapide? Comment intégrer l’incertitude climatique dans la planification ? Et comment transformer la gestion de crise en stratégie permanente de résilience ?
La résilience future dépendra moins de la fréquence exacte des tempêtes que de la capacité institutionnelle à réduire la vulnérabilité systémique.
Hassan Bentaleb
Entre signaux climatiques contrastés, rôle de la variabilité naturelle et insuffisances structurelles de l’aménagement du territoire, les chercheurs soulignent que l’enjeu dépasse la seule météorologie. La question centrale devient celle de la résilience institutionnelle et de la capacité des Etats à intégrer durablement le risque climatique dans leurs politiques publiques. Décryptage.
Les alertes précoces : preuve d’un apprentissage institutionnel
Selon ledit rapport, la diffusion rapide d’alertes dans les trois pays constitue un indicateur de maturité croissante des systèmes de gestion des risques. Elle traduit une meilleure capacité de prévision météorologique ; une coordination plus fluide entre services techniques et autorités politiques et une montée en compétence des dispositifs de protection civile.
Le faible nombre de victimes montre que l’anticipation réduit significativement le coût humain, même face à des événements intenses. Cependant, cette réussite doit être analysée avec nuance au niveau de l’efficacité de l’alerte qui dépend de l’accès différencié à l’information (zones rurales, quartiers précaires) ; de l’évacuation supposée des ressources matérielles et logistiques disponibles et de la prévention qui réduit la mortalité, mais pas nécessairement les pertes économiques. Ainsi, le succès humain ne doit pas masquer l’ampleur potentielle des dommages structurels.
La catastrophe comme révélateur des inégalités urbaines
L’analyse souligne un point central : l’impact d’une catastrophe dépend davantage de la vulnérabilité que de l’aléa lui-même. A ce propos le rapport explique que les zones touristiques construites en plaine inondable et les villes côtières sablonneuses illustrent une planification insuffisamment intégrée au risque hydrologique. L’artificialisation des sols limite l’absorption naturelle de l’eau, amplifiant les ruissellements.
Le cas du Maroc est édifiant. La présence de quartiers informels crée un effet multiplicateur du risque avec des matériaux de construction fragiles, des réseaux d’assainissement incomplets et des accès limités aux services publics.
On observe ici une interaction classique entre aléa climatique, exposition urbaine et précarité sociale, ce qui amplifie les dégâts. Les catastrophes deviennent ainsi des révélateurs d’inégalités territoriales préexistantes.
Fréquence et rareté : un phénomène à géométrie variable
La période de retour globale (40 ans au sud, 5 ans au nord) montre que l’événement n’est pas exceptionnel à grande échelle. En revanche, localement, les périodes de retour supérieures à 100 ans soulignent une concentration spatiale extrême. Cette divergence rappelle que le risque macro-régional peut être modéré et le risque micro-territorial peut être exceptionnel. Cela plaide pour des analyses fines à l’échelle communale et infra-urbaine, plutôt que des moyennes régionales.
Intensification observée : un signal robuste mais contrasté
L’augmentation de l’intensité de Rx1day (les précipitations maximales journalières) depuis 1950 (+36% au sud et +29% au nord), est significative. Elle suggère que les extrêmes pluviométriques deviennent plus intenses.
Cependant, les modèles climatiques ne reproduisent pas pleinement la tendance au sud. Deux hypothèses peuvent être envisagées soit les modèles sous-estiment les processus locaux (interaction mer-atmosphère, convection) soit les séries d’observation comportent des incertitudes liées à la qualité des données historiques. Dans la région nord, l’écart entre observations et simulations est plus faible, avec une intensification combinée estimée à environ 11%, ce qui renforce la crédibilité du signal.
Rôle de la variabilité naturelle : l’oscillation nord-atlantique
La NAO (l'oscillation nord-atlantique) contribue à hauteur de 5 % d’intensité supplémentaire au sud et 2% au nord. Cela montre que la variabilité atmosphérique naturelle continue de jouer un rôle important. Le changement climatique n’agit pas isolément ; il interagit avec les oscillations naturelles, pouvant amplifier leurs effets.
La question analytique devient donc: le changement climatique augmente-t-il la probabilité que des configurations atmosphériques déjà connues produisent des effets plus extrêmes ?
Circulation atmosphérique de février 2026 : amplification plutôt que rupture
Le dipôle de pression observé correspond à des configurations historiques connues. Il n’y a pas apparition d’un nouveau mécanisme atmosphérique. En revanche, l’atmosphère était plus instable, l’humidité était plus élevée et les vents étaient plus intenses.
Cela correspond à un phénomène d’amplification énergétique : un système connu, mais alimenté par un environnement thermodynamique plus favorable aux extrêmes.
Intensification des extrêmes : tendance plausible mais dépendante des données
L’augmentation des épisodes dépassant un seuil critique, surtout au nord, constitue un signal important. Toutefois, les résultats varient selon les bases de données utilisées ; les seuils de définition influencent fortement les conclusions et les incertitudes sont plus marquées au sud.
Cela souligne la nécessité d’investir dans des réseaux d’observation homogènes et de haute résolution.
Gouvernance du risque : vers une approche systémique
Les pays ont progressé, mais plusieurs défis persistent. Le rapport observe une coordination verticale insuffisante, notamment entre niveau national et municipal ; l’intégration limitée dans l’urbanisme des projections climatiques et une capacité locale inégale puisque la formation technique et les ressources des collectivités varient fortement.
Prévention et relèvement : enjeux structurels
La réduction des risques futurs nécessite une mise à jour régulière des cartes d’exposition, une intégration systématique des risques dans les codes du bâtiment et une révision des investissements d’infrastructure en fonction des projections climatiques.
Le relèvement rapide est également stratégique (Evaluation précise des dommages structurels., réhabilitation des réseaux d’eau et d’assainissement et prévention des risques sanitaires (vaccination, gestion des déchets)).
Une mauvaise gestion post-catastrophe peut transformer un choc ponctuel en crise socio-économique prolongée.
En somme, le rapport révèle une double dynamique. D’une part, une amélioration notable des capacités d’anticipation et de réaction. Et de l’autre, des vulnérabilités territoriales et sociales persistantes, particulièrement dans les zones informelles.
Le signal climatique pointe vers une intensification probable des extrêmes, mais avec un niveau d’incertitude variable selon les régions. La question centrale n’est plus seulement météorologique. Elle est structurelle, à savoir comment réduire l’exposition dans un contexte d’urbanisation rapide? Comment intégrer l’incertitude climatique dans la planification ? Et comment transformer la gestion de crise en stratégie permanente de résilience ?
La résilience future dépendra moins de la fréquence exacte des tempêtes que de la capacité institutionnelle à réduire la vulnérabilité systémique.
Hassan Bentaleb