Bobby Kotick: Baron des jeux vidéos rattrapé par la polémique


Libé
Mercredi 19 Janvier 2022

La légende veut qu'une partie du destin de Robert Kotick ait été tracé par Steve Jobs lui-même, un jour de 1983

Homme d'affaires plutôt que programmeur, le PDG d'Activision Blizzard Bobby Kotick a bâti un empire des jeux vidéos fort de titres phares comme "Call of Duty" ou "World of Warcraft" avant d'être rattrapé par un scandale de harcèlement et un possible départ après le rachat par Microsoft, annoncé lundi. La légende veut qu'une partie du destin de Robert Kotick ait été tracé par Steve Jobs lui-même, un jour de 1983. Le co-fondateur d'Apple lui a, en effet, conseillé de quitter l'Université de Michigan, où il était étudiant en art, pour se consacrer à la jeune société qu'il venait de créer, a plusieurs fois raconté Robert Kotick lui-même. Il n'en fallait pas plus pour convaincre ce natif de Long Island, dans la banlieue de New York, organisateur de soirées pour ados à New York alors qu'il était encore au lycée, et commercial hors pair. Lancé, le jeune homme a convaincu le magnat des casinos Steve Wynn de lui faire un chèque pour se lancer dans le développement d'une interface graphique bon marché pour Apple, associé avec un ami, Howard Marks, le programmeur du projet. Entrepreneur à l'ancienne, Bobby Kotick diffère ainsi de beaucoup de grands noms de l'informatique et des jeux vidéos, plus intéressé par les affaires que "geek". Selon Forbes, il aurait même confié, durant les années 80, que le "gaming" était pour lui une perte de temps. Après avoir tenté de racheter le géant de la micro-informatique Commodore en 1987, il est parvenu à mettre la main sur Activision, au bord de la faillite, en 1991, pour une bouchée de pain. Il a restructuré l'éditeur, levé de l'argent frais et changé de stratégie. L'idée était d'intégrer de petits studios sans les absorber, afin de leurs laisser la latitude nécessaire pour créer et développer des contenus originaux. C'est cette logique qui a présidé à la fusion avec Vivendi Games, qui comprenait Blizzard, et l'acquisition de King, créateur de Candy Crush. Ce fonctionnement en autonomie, auquel se superposait un style de management très ancienne école, dominé par des hommes, souvent blancs, pourrait avoir été un terreau fertile aux dérives qui ont occasionné une série de scandales l'an passé. Une agence de l'Etat de Californie, la DFEH, a saisi la justice, fin juillet, rapportant des accusations de harcèlement sexuel et discriminations ethniques au sein du groupe. Interrogées par des enquêteurs, la plupart des femmes employées ont comparé, selon l'agence, Activision Blizzard à un "club de mecs". "Des employés masculins arrivent fièrement saouls au travail, jouent aux jeux vidéos durant de longues périodes pendant leurs heures de bureau et délèguent leur travail à des femmes", détaille le document. Débordé, Bobby Kotick a présenté des excuses au nom du groupe, mis en place une politique de "tolérance zéro", tandis que des dizaines de salariés étaient sanctionnés ou licenciés, y compris le patron de Blizzard J. Allen Brack. Mais ces concessions n'ont pas réussi à calmer ses critiques, près de 20% des employés ayant signé une pétition réclamant son départ, au diapason de plusieurs grands investisseurs. Selon le Wall Street Journal, le dirigeant de 58 ans dont la fortune est estimée à plusieurs centaines de millions de dollars était au courant depuis plusieurs années de signalements pour harcèlement, mais a cherché à ne pas ébruiter ces incidents plutôt qu'à prendre le problème à bras-le-corps. La prise de contrôle de Microsoft, lui-même en pleine crise liée à des plaintes pour harcèlement, pourrait offrir à Bobby Kotick une sortie honorable. Assuré de conserver la tête du groupe au moins jusqu'à la finalisation de l'acquisition, il pourrait partir ensuite avec un énorme chèque, que des médias américains estimaient autour de 300 millions de dollars. Une issue encore incertaine, mais déjà dénoncée par de nombreux critiques. 


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