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Bain de sang à Gaza pour l'inauguration de l'ambassade américaine à Al-Qods

Condamnation unanime pour usage disproportionné de la force par Israël




Les soldats israéliens ont tué une soixantaine de Palestiniens lundi à la frontière de la bande de Gaza lors de heurts et de manifestations contre l'inauguration de l'ambassade américaine à Jérusalem, concrétisation l'une des promesses les plus controversées du président Donald Trump.
Il s'agit de la journée la plus meurtrière du conflit israélo-palestinien depuis la guerre de l'été 2014 dans la bande de Gaza.
La direction palestinienne a crié au "massacre" alors que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a justifié l'usage de la force par le droit d'Israël à défendre ses frontières contre les agissements "terroristes" du mouvement islamiste Hamas, qui gouverne Gaza et auquel Israël a livré trois guerres depuis 2008.
Ces évènements ont suscité une vive inquiétude internationale dans un contexte de tensions et d'incertitudes régionales déjà fortes.
La Turquie et l'Afrique du Sud ont décidé de rappeler leur ambassadeur en Israël.
Les adversaires d'Israël et des organisations de défense des droits de l'Homme l’ont de nouveau condamné pour usage disproportionné de la force, alors que l'armée israélienne répète ne tirer à balles réelles qu'en dernier recours. Ses tirs ont tué plus d’une centaine de Palestiniens depuis le début le 30 mars de la "Marche du retour", qui voit des milliers de Gazaouis se rassembler régulièrement le long de la barrière de sécurité entre Israël et l'enclave palestinienne.
Ce chiffre pourrait augmenter puisqu'une nouvelle mobilisation est prévue près de la frontière mardi, jour où les Palestiniens commémorent la "Nakba", la "catastrophe" qu'a constituée pour eux la création d'Israël en 1948 et qui a été synonyme d'exode pour des centaines de milliers d'entre eux.
Tandis qu'à Jérusalem officiels américains et israéliens endimanchés ont célébré en grande pompe un moment "historique" dans l'enceinte de la nouvelle ambassade, à quelques dizaines de kilomètres de là dans la bande de Gaza, dont la périphérie avait été déclarée zone militaire close, des dizaines de milliers de Palestiniens ont protesté toute la journée. Les plus résolus ont affronté, au péril de leur vie, les tirs des soldats israéliens en allant lancer des pierres et en tentant de forcer la barrière lourdement gardée.
Israël avait prévenu qu'il emploierait "tous les moyens" pour empêcher toute incursion en Israël de Palestiniens susceptibles de s'en prendre aux populations civiles riveraines.
Selon le dernier bilan du ministère de la Santé gazaoui, 59 Palestiniens ont été tués et environ 2.400 blessés. Parmi les morts figurent plusieurs mineurs de moins de 16 ans.
Le Koweït a demandé une réunion en urgence mardi du Conseil de sécurité de l'ONU tandis que le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres s'est dit "particulièrement inquiet".
Les ONG Amnesty International et Human Rights Watch ont dénoncé un recours injustifié aux tirs à balles réelles, la première fustigeant une "violation abjecte" des droits de l'Homme et des "crimes de guerre".
L'Union européenne et Londres ont appelé à la retenue, Paris a "condamné les violences".
L'Iran a dénoncé un "jour de grande honte", évoquant un "massacre de sang-froid" à Gaza pendant que Les Etats-Unis "célébraient le transfert de l'ambassade illégale". La Turquie a accusé Israël de "terrorisme d'Etat" et de "génocide", estimant que les Etats-Unis partageaient la responsabilité du "massacre" à Gaza. Mais à Washington, la Maison Blanche a imputé au Hamas l'"entière responsabilité" de la mort des Palestiniens près de la barrière de sécurité. Israël réfute le caractère proclamé pacifiste de la mobilisation à Gaza et dit qu'elle sert de couverture aux tentatives du Hamas de s'infiltrer en Israël.
Des rassemblements bien moins massifs qu'à Gaza ont par ailleurs eu lieu en Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël. Dans l'enceinte de l'ambassade américaine, dont les alentours avaient été bouclés par des centaines de policiers, rien n'aurait permis de discerner ce qui se passait à Gaza. Seul le conseiller et gendre de Trump, Jared Kushner, présent avec son épouse Ivanka --la fille du président américain-- parmi des centaines d'invités triés sur le volet, a paru faire une référence oblique aux évènements. "Ceux qui provoquent les violences font partie du problème, pas de la solution", a-t-il dit.
Au moment où le bilan s'alourdissait d'heure en heure,. Trump a de son côté salué le transfert à Jérusalem de l'ambassade des Etats-Unis comme "un grand jour pour Israël".
Dans un message vidéo enregistré, il a justifié sa décision comme la reconnaissance d'une réalité historique. La reconnaissance de Jérusalem comme capitale d'Israël par Trump, concrétisée par le transfert de l'ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, constitue une rupture avec des décennies de diplomatie américaine et de consensus international. Elle coïncide en outre avec le 70e anniversaire de la création de l'Etat d'Israël.
La Ligue arabe doit se réunir en urgence aujourd’hui. Le statut de Jérusalem est l'une des questions les plus épineuses de l'insoluble conflit israélo-palestinien. Israël, qui s'est emparé de Jérusalem-Est en 1967 et l'a annexée, considère tout Jérusalem comme sa capitale "éternelle" et "indivisible". Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est la capitale de l'Etat auquel ils aspirent. Pour la communauté internationale, Jérusalem-Est reste un territoire occupé et les ambassades ne doivent pas s'installer dans la ville tant que le statut n'en a pas été réglé par la négociation.

Mercredi 16 Mai 2018

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