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Au-delà des bonnes intentions, Biden confronté à des défis internationaux complexes



Le président élu des Etats-Unis Joe Biden et son équipe diplomatique ont promis de rétablir le leadership américain dans le monde, mais au-delà des intentions générales, ils seront immédiatement attendus sur une série de dossiers internationaux complexes. Pendant la campagne et depuis son élection, l'ancien vice-président de Barack Obama met l'accent sur sa volonté d'en finir avec "l'Amérique d'abord" de Donald Trump, pour proclamer le "retour" d'une Amérique "prête à guider le monde". Des propos qui ont rassuré les alliés européens, ainsi qu'une grande partie de la communauté diplomatico-académique de Washington, mais qui ne disent pas clairement comment il va gérer les crises qui l'attendront dès le 20 janvier. "Les Etats-Unis doivent être fermes avec la Chine": Joe Biden a annoncé la couleur, comme en réponse à Donald Trump, qui l'accusait d'être "faible" et facilement manipulable. Représentant d'une classe dirigeante qui a longtemps prôné la coopération avec Pékin, le futur président veut montrer qu'il s'est adapté au consensus émergent côté américain en faveur d'une compétition sans concession avec l'autre superpuissance. Reste à mettre en musique cette stratégie et à trouver, comme la nouvelle équipe en affiche l'intention, un juste milieu entre la confrontation idéologique aux accents de Guerre froide menée par l'actuel secrétaire d'Etat Mike Pompeo et la nécessité de coopérer sur des défis planétaires, comme la pandémie et le changement climatique. A l'inverse, avec la Russie, Joe Biden s'est engagé à se montrer beaucoup plus dur que Donald Trump, qui n'a jamais caché son envie d'entretenir de bonnes relations avec Vladimir Poutine. Mais il risque d'être rapidement contraint de dialoguer avec Moscou sur plusieurs dossiers internationaux, à commencer par le contrôle des armements. L'Iran a multiplié les appels à un retour à la situation qui prévalait avant que Donald Trump quitte l'accord international de 2015 pour empêcher la République islamique de se doter de l'arme nucléaire: Washington lève les sanctions imposées depuis 2018 et Téhéran revient dans les clous de l'accord. Sur le papier, le deal semble conforme au programme de Joe Biden, qui dit vouloir renouer avec cet accord négocié par l'administration Obama. Mais un simple retour en arrière s'annonce impossible. En Europe comme en Amérique, même les colombes s'accordent à dire que l'accord doit être durci, et élargi à des thèmes brûlants comme les missiles balistiques iraniens et l'attitude jugée "déstabilisatrice" de l'Iran au Moyen-Orient. Quand bien même Téhéran accepterait de négocier, les tractations s'annoncent ardues, d'autant que les durs du régime semblent en position de force en vue de la présidentielle iranienne de juin. Joe Biden pourrait revenir à une ligne moins conciliante avec Israël et l'Arabie saoudite, choyés comme jamais par Donald Trump. Mais là aussi, difficile de prédire où il placera le curseur. S'il a fait savoir qu'il maintiendrait l'ambassade des Etats-Unis à Jérusalem, où le président sortant l'a transférée en rupture avec le consensus international, il n'est pas clair s'il reviendra ou pas sur l'avalanche d'autres décisions unilatérales favorables à l’entité sioniste prises depuis quatre ans. Ni jusqu'où il poussera le bras de fer avec Ryad en matière de droits humains. Le président élu hérite d'un accord conclu par son prédécesseur avec les talibans, qui prévoit le retrait total des troupes américaines d'Afghanistan d'ici mi-2021. Sur ce dossier, une certaine continuité est assumée: Joe Biden veut aussi mettre fin à la plus longue guerre des Etats-Unis. Mais il souhaite maintenir une unité contreterroriste sur place afin d'éviter le chaos provoqué par le retrait d'Irak sous la présidence Obama. Certains experts redoutent qu'un tel changement, même minime, ne fasse capoter l'entente avec les talibans. Lorsque Barack Obama avait briefé Donald Trump fin 2016, il l'avait mis en garde: les ambitions nucléaires de la Corée du Nord constituaient la menace la plus immédiate. Quatre ans plus tard, la tension est retombée, grâce au choix spectaculaire du milliardaire républicain de nouer une relation chaleureuse directe avec le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Mais cette stratégie a échoué à freiner la course atomique de Pyongyang -- tout comme avait échoué la diplomatie traditionnelle que Joe Biden veut remettre au goût du jour. Et l'accalmie pourrait faire long feu, la Corée du Nord voyant dans le futur locataire de la Maison Blanche un "chien enragé" qu'il faudrait "battre à mort".

Libé
Jeudi 26 Novembre 2020

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