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Après le Brexit, les familles déchirées espèrent dépasser leurs divisions



Pendant des années, Mike Wollerton et sa fille Jo Wilson se sont déchirés sur le Brexit, à l’instar de nombreuses autres familles qui espèrent panser leurs divisions après la rupture définitive du Royaume-Uni avec l’Union européenne. A 76 ans, il figure parmi les 56% d’électeurs de sa ville natale de Todmorden, dans le nord de l’Angleterre, qui ont voté pour le Brexit lors du référendum de 2016, gagné à 52% au niveau national. “J’ai voté pour sortir parce que j’en ai marre de l’UE”, explique à l’AFP ce propriétaire d’un magasin de jouets anciens, citant le coût de l’appartenance au bloc et son influence grandissante. “Je croyais que nous nous en sortirions mieux comme pays indépendant”.

Mike Wollerton a voté pour le Brexit en dépit des plaidoyers en faveur du maintien venant de sa fille, qui partage son temps entre la France et Hong Kong, et de son fils, dont la femme est originaire des Pays-Bas. Pour Jo Wilson, le Brexit a réveillé le souvenir douloureux du divorce de ses parents. “C’est la même chose. Cela peut être très coûteux et les gens y perdent”, confie cette enseignante de 51 ans.

Ce père et sa fille sont loin d’être un cas unique au RoyaumeUni. Selon la sociologue Katherine Davies, de l’université de Sheffield, de nombreuses familles ont vu leurs divisions atteindre un point critique en décembre 2019, lors des législatives qui ont vu la victoire écrasante du Premier ministre conservateur Boris Johnson, grand zélateur du Brexit. Fort d’une majorité sans appel à la chambre basse du Parlement, Boris Johnson a négocié un accord de divorce avec Bruxelles, jusqu’alors dans l’impasse, qui a mené à la sortie du Royaume-Uni du giron européen le 31 janvier. Ce divorce va se traduire le soir du 31 décembre par la fin de l’application des règles européennes sur le sol britannique. Parfois, des proches ont refusé de se parler durant des mois. Beaucoup se sont tout simplement interdit de parler du Brexit à la maison. D’autres encore ont accepté de ne pas être d’accord. “Le Brexit a fait des va-et-vient dans les relations des gens”, souligne Katherine Davies. Et à une semaine du grand saut, il se manifeste dans la vie de tous les jours, poursuit-elle, avec des craintes accrues de perturbations à la frontière et de pénuries alimentaires ou de médicaments.

La sociologue s’attend toutefois à ce que le Brexit cesse progressivement de figurer parmi les sujets les plus discutés quand le pays tournera définitivement le dos à l’UE avec la sortie du marché unique et de l’union douanière le soir du 31 décembre. Même si, insiste-t-elle, certaines familles ne pourraient jamais totalement tourner la page: “Je pense qu’il faudra probablement des années pour aplanir certaines de ces questions. Ainsi, cela pourrait ne jamais partir totalement”.

Parmi toutes les familles divisées, Mike Wollerton et sa fille pourraient être parmi celles qui s’en tireront le mieux. Il y a quelques mois, il lui a dit que s’il avait l’opportunité de voter à nouveau, il choisirait le maintien - sans toutefois revenir sur sa conviction que le Royaume-Uni évoluera mieux en dehors du giron européen. Il juge “déplorable” la très grande incertitude qu’a créé le processus de sortie pour sa fille expatriée et son mari, qui pourraient ne pas pouvoir prendre leur retraite en France comme ils l’avaient prévu.

Si les restrictions liées à la pandémie de nouveau coronavirus n’avaient pas empêché Jo Wilson de venir fêter Noël en Angleterre cette année, père et fille auraient pu se réconcilier en personne. A ceci près que la seconde femme de Mike demeure une fervente Brexiter.

Libé
Jeudi 24 Décembre 2020

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