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Aicha Arji: Sauvegarder les kasbahs, c’est préserver notre culture, notre gloire et notre Histoire


Aicha Arji: Sauvegarder les kasbahs, c’est préserver notre culture, notre gloire et notre Histoire
Aicha Arji fait partie des artistes peintres marocains qui travaillent sur la base d’une idée, sinon d’un projet. Rien n’est dû au hasard. Chaque couleur comporte une inspiration et chaque forme fait ressortir un état d’âme. Sa peinture est un mélange de styles, où s’allient parfaitement le figuratif, l'abstrait et l'impressionnisme. Grande adepte de l'art berbère, l’artiste qui exprime avec brio sa passion pour les paysages du Maroc profond nous livre ses impressions et nous dévoile un peu plus son univers, riche en couleurs.

Libé : Vous êtes invitée à une exposition collective avec l’ambassade du Maroc au Chili. Qu’estce que cela représente pour vous ?
Aicha Arji :
Tout d’abord, c’est un honneur d'être sélectionnée par son Excellence Mme l’ambassadrice du Maroc au Chili Kenza El Ghali en personne que je remercie infiniment pour sa confiance. Pour fêter la célébration des 60 ans de relations et de diplomatie entre le Chili et le Maroc, l’ambassade du Royaume au Chili organise deux expositions collectives présentielles : Celle de Santiago qui se tient du 21 au 28 mars 2021 sous le thème «Fraternidad con la ecologia» et dont le vernissage est prévu pour le 23 mars à «la sala del congreso de Valparaiso». La 2ème du mois de mai aura lieu dans le nouveau «Centro Cultural Mohammed VI para el Dialogo de civilizaciones» qui sera inauguré au sein de la ville de Coquimbo. Deux expositions collectives auxquelles je vais participer si les frontières ne ferment pas pour des raisons sanitaires. Pour revenir à votre question: Représenter son pays, son Maroc à l’étranger est un devoir de haut niveau, un privilège et un honneur pour tout Marocain qui aime son pays.

Comment êtes-vous venue à l’art pictural ?
Il y a une trentaine d’années, je me suis lancée dans la peinture sur soie, je peignais avec fierté la thématique de la culture amazighe dont je fais entièrement partie. Ensuite, j'ai changé le support de ma peinture en passant de la soie à la peinture à l'huile sur toile. J'ai gardé la même inspiration berbère et j'ai essayé de la développer avec des techniques de la peinture à l'huile. Et ce, grâce aux encouragements de Mr Afif Bennani qui voyait à l’époque en ma touche un meilleur résultat artistique sur ce support. D’ailleurs, c’est un plaisir d’exposer avec un peintre de grande renommée comme lui au Chili durant ces deux expositions avec la présence d'autres artistes marocains.

Comment présenteriez-vous vos œuvres à nos lecteurs ?
Vu ma fascination pour la vie authentique de la campagne, mes toiles ne reflètent que simplicité et un profond attachement à la tradition, à l’art architectural des kasbahs laissées comme héritage par nos ancêtres : des kasbahs faites de pisé en terre crue, des briques de boue avec des toits faits à base de palmiers, des roseaux et feuilles de palmiers ; des matériaux simples, élégants et écologiques. Rendre hommage à ses habitants en les peignant est la moindre des choses que je puisse faire ! Des habitants qui ne cessent de transmettre de génération en génération leur identité et leur culture : Les vraies valeurs de la vie comme l’avait bien décrit l’écrivain et grand collectionneur d'art français Daniel Couturier dans un de ses articles : «Aïcha Arji est une artiste souvent perçue comme l’ambassadrice de la région du Sud-est du Maroc, elle inspire les femmes de sa région pour se vouer aux arts et à la littérature. Fidèle à ses origines, elle se plaît à exporter son art, et sa vision du quotidien berbère authentique dans des expositions diverses au Maroc, en Europe ou aux Etats-Unis. La sensualité de la lumière, l’exubérance des tons, le pittoresque des populations berbères qui vivent loin des villes, l’artiste travaille habilement à leur établissement. A travers sa peinture, elle vient présenter son monde et guide les amateurs d’art avec lumière et clarté dans un univers couleurs ocre et jaune. Loin d’être un ensemble sec et aride, les femmes de l’artiste peintre illustrent toute la richesse de la culture berbère. Leurs habits multicolores épousent parfaitement les paysages terreux, cuivrés et ocreux d’Aïcha Arji. A cela s’ajoutent les tons du ciel, qui sont généralement nocturnes orangées et bien accentuées. La délicatesse de ses traits visibles dans ses peintures laisse voir une grande féminité, une efflorescence même. Voilà bien une artiste à suivre dont les coups de pinceaux nous réservent bien des voyages ».

Quels sont vos thèmes de prédilection ?
La fierté de la diversité culturelle de mon Maroc l’emporte avant tout. Mes thèmes tournent autour de ma culture et de mes origines qui sont très chers à mon coeur. J’essaye de les faire connaître et les préserver à travers la peinture pour en laisser une trace indélébile au fil du temps. J’aime exprimer ma passion pour les paysages du Maroc et surtout ceux de ce qu'on appelle communément le Maroc profond. Kasbahs, peupliers, palmiers, femmes berbères scintillantes avec leurs fabuleux bijoux colorés, c'est une invitation au voyage, une attraction ou juste un rappel à qui ne connaît pas cette partie du Maroc. Parmi mes thèmes de prédilection, je citerai l’hommage aux femmes du Sud-est avec leur manière de s’habiller ; la sauvegarde du patrimoine marocain en général et plus particulièrement le patrimoine amazigh ; le thème « Non à la violence des femmes » lancé à Epernay avec le remarquable encouragement des deux mairies de Reims et d’Epernay en 2018 ; ou encore «La sauvegarde de l’environnement», un thème que j’ai exposé à Guilherand Granges en Ardèche en 2010, sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI. Et le dernier né de mes thèmes : «La sauvegarde des vieilles portes: retracer, remémorer l'esthétique des vieilles portes de nos aïeuls durables dans le temps».

Votre peinture semble beaucoup intéresser les amateurs d’art.
Le fait d’être sollicitée peut-être le prouve (rires…). Généralement, quand un travail est fait avec amour, ça touche le côté sentimental et émotionnel des amateurs d'art et surtout ça provoque un bond nostalgique pour les personnes issues de ma génération. Ces sensations leur donnent envie de renouer avec leurs racines. A chaque fois qu'on partage avec moi ces émotions transmises à travers mes tableaux, je ressens une véritable fierté et j'estime surtout que j'ai effectué une mission réelle de reconnexion des sens et des racines. Peut-être que cela est une réponse à votre question à propos de leur intérêt pour mon art mais nous n'arriverons jamais à déceler toutes les émotions transmises grâce à l'art car cela reste intime.

Comment évaluez-vous votre parcours ?
Mon parcours s'est créé graduellement car je crois qu'il y a toujours eu un appel de l'art au fond de moi-même. Durant ces trente années de peinture, autant sur soie que sur toile, je me suis découverte et j'ai appris en tant qu'auto-didacte à perfectionner mon style et à le rendre personnel mais reconnaissable. J'estime que j’ai eu un parcours lent mais riche en apprentissage et en découverte de soi. La peinture demeure un élément très important dans ma vie, malgré l'importance que représente aussi ma carrière qui absorbe une grande partie de mon temps. Cependant, malgré mon emploi du temps chargé, je ne rate aucun moment de libre pour exprimer mes émotions à travers mes pinceaux et mes mélanges de couleurs. Je suis une véritable passionnée qui prend son temps et qui vise un travail de qualité.

Vous avez été derrière l’appel lancé à l'UNESCO pour la sauvegarde des kasbahs. Que pouvez-vous nous dire à ce sujet ?
C’est toujours un plaisir de peindre, d'arborer et d'illustrer mes origines du Sud-est à travers ses couleurs et son charme permanent. La sauvegarde du patrimoine marocain me tient à cœur et particulièrement la sauvegarde de l’architecture des kasbahs de ma région. Rien que le fait de penser que cette précieuse culture pourra tomber un jour dans l’oubli me fait mal au cœur. Et c’est dans ce sens que mon cri a été lancé comme un cri d’alerte, un SOS, un appel à l’UNESCO pour sauver, restaurer et donner une deuxième vie à ce patrimoine qui part en ruine afin de laisser une forte trace écologique, un vécu de nos ancêtres, aux futures générations. Sauvegarder ces joyaux qui n’ont pas de prix, c’est sauvegarder notre culture, notre richesse, notre mémoire, notre gloire et notre histoire avec un grand ‘’H’’. Je ne cesserai jamais de dire que c’est «une conscience à ne jamais oublier, ni même à ignorer» ! Comme je ne cesserai aussi de remercier l’ambassade du Maroc en France, le consulat général de Paris, le Ministère de la Culture & Communication, le ministère des MRE, les consulats généraux de la région de l’Île-de-France, la Fondation Maison du Maroc, La BP de Paris, l'Association les Roses de l’Atlas ainsi que tous les partenaires médias pour la réalisation et la réussite de l’évènement culturel "Sauvegarde du patrimoine Marocain amazigh". Une exposition Individuelle qui a eu l'honneur d’ouvrir la saison culturelle et artistique 2019-2020 de la FMDM à Paris et qui a pu collectionner trois honorables titres qui ont fait son succès. Une première à la FMDM de Paris.

Quels sont vos projets actuels ?
Actuellement je travaille sur une série de vieilles portes inspirées du Sud-est : la sauvegarde de l'esthétique des vieilles portes berbères. En quelque sorte, c’est un acte artistique qui vise à se remémorer et à retracer le côté artisanal et esthétique des vieilles portes en bois qui se démarquent avec leurs serrures anciennes faites en bois aussi. Des portes artisanales blindées et durables dans le temps. Une manière de sauvegarder un savoir-faire artisanal et ancestral. De vraies œuvres d’art.
Propos receuillis par Mehdi Ouassat

Libé
Lundi 15 Mars 2021

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