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Ahmed Harrouz : Le dessin et l’écriture sont distincts mais se retrouvent dans l’esence de ce qui est communiqué




Ahmed Harrouz : Le dessin et l’écriture sont distincts mais se retrouvent dans l’esence de ce qui est communiqué
 Artiste peintre et 
chercheur, acteur 
social animé d’une 
vision philosophique, Ahmed Harrouz est natif d’Essaouira et
 fervent défenseur de 
la référence culturelle, cultuelle, artistique 
et historique de 
Mogador qui vient 
de lui inspirer son 
premier recueil 
«L’Essence des sens ».  Dans cet entretien, il apporte un éclairage sur son aventure 
poétique qui n’a pas laissé indifférente la composante culturelle 
à Essaouira et ailleurs.
 
Libé : Vous venez de publier votre premier recueil intitulé “L‘Essence des sens». Que  vous inspire le choix du titre ?
 
Ahmed Harrouz : C’est un écrit intime qui a commencé juste par le plaisir de vouloir écrire, sans penser à l’idée d’un livre. Avec le temps, je me suis dit pourquoi ne pas le publier pour le plaisir de communiquer cet écrit à d’autres personnes, entre autres des amis, des artistes, des associatifs, des écrivains. Et c’est avec l’appui d’amis et de l’Association Essaouira-Mogador, que  j’ai pu concrétiser la production du premier livre. «L’essence des sens» se compose  surtout de méditations entre philosophie, spiritualité, art et société, que j’ai pu écrire sous forme de formules plus ou moins poétiques (sans prétendre être un poète). Comme je disais, sur le rythme du zajal marocain que j’aime bien, et qui me permet d’écrire et de communiquer en français en tant que Marocain avec une sensibilité culturelle, artistique et poétique bien spécifique. Pour le choix du titre, il est justifié par une envie de parler de l’essentiel de ce que je ressentais à l’égard des questions et des valeurs méditées. Et c’est ainsi que j’ai choisi d’aller droit à «L’Essence» de tout cela.
 
Quelles sont les thématiques traitées par vos poèmes et que vous avez tenu à mettre en relief à travers votre recueil qui a été chaleureusement accueilli par la composante intellectuelle à Essaouira et ailleurs?
 
Cet écrit, illustré par sept dessins personnels, je l’ai composé en sept dimensions dont j’aime bien l’évocation et la médiation : la Nature, la Relation, la Connaissance, l’Amour, la Paix, l’Art et le Bonheur. Ceci en parlant de l’Essence du Sens de la Nature, etc. pour rester dans l’essentiel que je signifiais par le titre choisi. Ce n’est pas une orientation ou un vecteur mais une signification que j’essaie d’élucider à partir de ma propre vision et de l’expérience humaine concernant ces valeurs que nous partageons avec d’autres humains dans le monde, mais que nous traitons ou chantons avec nos propres harmonies locales. Ceci sans penser à ce que je dois écrire mais plutôt écrire ce que je ressentais directement à partir d’une méditation et d’un rapport à la question ou à la valeur.

Dans chaque poème, on ressent un trait qui nous rappelle votre deuxième vocation d’’artiste peintre. Est-ce qu’on peut dire que vous vous êtes inspiré du pictural pour donner un autre sens aux mots?
 
Effectivement, cet écrit ne se discerne du dessin que par les lettres, les mots et les formules qui le construisent. En fait, cette fois-ci, au lieu de dessiner ce que je ressentais envers la vie, je transcrivais l’image exprimée comme si je dessinais par ces formules. C’est aussi l’habitude de dessiner sans penser ou travailler sans partir d’une idée, mais plutôt écrire comme si on posait sa main sur la toile vide où on dévoilait petit à petit ce qui pourrait être découvert, toujours par souci de ce que je traitais dans mes dessins au réalisme symbolique, comme la nature, la paix, la liberté, l’amour, la beauté entre autres. Le dessin et l’écriture sont distincts mais se retrouvent dans l’essence de ce qui est communiqué.

D’après votre expérience actuelle, pensez-vous  que la poésie a toujours sa place privilégiée parmi les publications littéraires?
 
Je pense que oui, particulièrement quand on voit les œuvres publiées en langue arabe, en poésie classique , en zajal ou  même en français, genres où beaucoup de poètes marocains sont déjà connus. Mais il est peut-être important de développer les volets médiatique, pédagogique et associatif pour expliquer et encourager la lecture, et le gout poétique dès le jeune âge, appuyer la production littéraire, particulièrement chez les jeunes pour ne pas s’enfermer juste sur les anciens de la scène, locale ou nationale..

Fils d’Essaouira engagé depuis plusieurs années dans le mouvement culturel et associatif, est-ce que vous pensez que l’intellectuel joue le rôle qui lui est assigné dans le mouvement de mutations que connaît Mogador?
 
Je pense que certains intellectuels, femmes ou hommes s’intègrent et tentent de mieux jouer leur rôle dans le développement d’Essaouira et la mutation que manifeste notre société marocaine sous l’effet de la mondialisation. Malheureusement, beaucoup d’autres s’enferment encore dans les vieux acquis des années 70 et 80 et continuent de vivre dans le passé, en ne réalisant peut-être pas le vrai rythme de l’évolution nationale et internationale ou alors en prenant une retraite psychologique et en s’enfermant dans les réflexes de leur quotidien, pendant que des gens arrivent maintenant de partout et remettent en question notre conscience et notre efficacité, culturelle, sociale ou politique. Il faut dire aussi que les manies de la complaisance dans les discours ou les sentiments envieux entre milieux ou entre personnes font gâcher beaucoup d’énergie, au lieu d’intégrer réellement le changement et de contribuer à la construction de l’avenir.

Estimez-vous que votre aventure littéraire a été suffisamment accompagnée et soutenue par les différents intervenants, locaux surtout?
 
Franchement non, à part des amis proches ou des écrivains et critiques dans d’autres régions du Maroc, ou même de France ou de Belgique, ou dans les réseaux du Facebook, mais aussi de simples visiteurs d’Essaouira qui ont acquis ce recueil et qui m’ont bien rassuré par leur appréciation et permis aussi de savourer l’effort de cette modeste contribution pour aller de l’avant. Toutefois, je ne m’en soucis pas trop, je savoure déjà ce qui m’est communiqué, et bien sûr je ne demande qu’à communiquer davantage, pour être ( si je puis dire) autant utile dans le débat et l’échange concernant la production littéraire, en insistant toujours, sans complaisance sur la qualité.

Pensez-vous que le pictural constitue toujours un espace d’émergence des talents souiris?
 
Je pense que la cité demeure encore et toujours l’atelier d’art qui accueille et inspire aussi bien les locaux que les artistes étrangers, tout comme je pense toujours que la ville reste cet espace magique d’inspiration dans d’autres domaines de la créativité, artistique et littéraire. Cependant, je pense que les acquis du patrimoine artistique doivent être défendus et mis en valeur, et sans tomber dans le chauvinisme il faut soutenir ces créateurs souiris –jeunes et moins jeunes- parce qu’ils sont les promoteurs de cet atelier commun, pour ne pas sombrer dans le bruit et la consommation touristique, mais plutôt faire de la ville un carrefour des cultures et de dialogue des civilisations, par la recherche et l’échange de vraies originalités artistiques…

Entretien réalisé par Abdelali Khallad
Lundi 19 Mai 2014

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